‹ Le baron d'Albikrac; comédie en cinq actes, en versChapitre 83 sur 102 · SGANARELLE, D. JUAN · texte numérisé non relu

SGANARELLE, D. JUAN

SCANARELLE.

i ouT- A-l'heure.... Ah I c'est vous 2

Coquin I quand je me bats , tu te sauves des coups i

SGANARELLE

J'étoisallé , Monsieur, ici près, d'où j'arrive. Cet habit est, je crois, de vertu purgative; Le porter, c'est amant qu'avoir pris...

G jij

yg LE FESTIN DE PIERRE,

Iff-onté !

D'un voile honnête , au moins, couvre ta lâcheté.

Sg anarelle.

D'un vaillant homme mort la gloire se publie; Mais j'en fais moins de cas que d'un poltron en vie.

D. Ju A N.

Sais-tu pour qui mon bras vient de s'employer î Sganarelle.

Kon.

Pour un frère d'Elvire.

Sg anarilli.

Un frère ! Tout de bon ?

J'ai regret de nous voir ainsi brouilles ensemble > U paroît honnête homme.

Sganarelle.

Ah! Monsieur, il me scniL>le Qu'en rendant un peu plus de justice à sa soeur...

D. Juan.

Ma passion pour elle est uice en mon coeur , Et les objets nouveaux le rendent si sensible Çu'avec l'cLgagemcnt il est incompatible. D'ail. eurs . ayant pris femme en vingt lieux diffcrcns , Tu sais pour le secret les détours que je prends. A ne ponu éclater toute'; je les engage , Et si l'une en public avoit quelque avantage. Les autres parleroicnt , et tout seroit perdu.

Sganarelle.

Vous pourriçi bien alors, Monsiçur , être pendu.

D. J li A N.

Maraud !

Sganarelle.

Je vous entends, il seroit plus honnête. Pour vous mieux ennoblir , qu'on vous coupât \z tcte ; Mais c'est toujours mourir.

D. Juan, voyant u.î lomieau sur lequel est une statue. Quel ouvrage nouveau Vois-je paroitre ici !

Sganarei. le.

Bon! et c'est le tombeau Où voire Commandeur, qui pour lui le fit faire , Grâce à vous , gît plutôt qu'il n'ctoic nécessaire.

D. Juan.

On n: m'avoit pas dit qu'il fût de ce côté.

Allons le voir.

Sganarelle,

Pourquoi cette civilité ?

laissons-le là , Monsieur; aussi bien il me sembla Que vous ne devez pas être trop bien ensemble. D. Juan.

. C'est pour faire !a paix que je cherche à le voir ; te , s'il est galant homme , il doit nous recevoir. Entrons,

Scan arelle.

Ah I que ce marbre est beau ! Ke lui déplaise j 11 s'est là pour un Jrortlogé fort àson aise.

radmirc cette aveugle et sotte vanité : Un homme en son vivant se sera con;sius

?o LE FESTIN DE PIERRE,

D'un bâtiment fort simple , et le visionnaire

En veut un tout pompeux quand il n'en a que fake î

Sganarîlli.

■ Voyez-vous sa statue , et comme il tient sa main?

Parbleu ! le voilà bien en Empeieur Bomain.

Sganarelle, Il me fait quasi peur. Quels regards il nous jette î C'est pour nous obliger , je pense , à la reitaite. Sans doute qu'à nous voir il prend peu déplaisir,

D. Juan.

Si de venir dîner il avoir le loisir , Je le régalerois. De ma part , Sganarelle i Va l'en prier.

Scan arell e. Lui ?

D. Juan.

Cours.

Sganarelle.

La prière est nouvelle»

Un mort ! vous moquez-vous?

Fais ce que je t'ai dit.

Sganarelle.

Le pauvre homme, Monsieur, a perdu l'appdtie.

D. J u a N, Si tu n'y vas...

Sganarelle.

J'y vais I... Que faut-il que je dise?

C O M É D I E. Sf

D. Juan.

Que je l'attends chez moi.

Sganar£LIe, à part.

Je ris de ma sottise;

( A ta uatue. ) Mais mon maître le veut... Monsieur le Commandeur , D. Juan voudroit bien avoir chez lui l'honneur De vous faire un rdjal. Y viendrez- vous ? ( La statue iaisse la tête , et Sganarelle tombe sur les ^er.oux.)

A l'aide 1

Qu'est-ce? qu'as-tu? dis donc ?

Sganarïlle.

Je suis mort, sans remède.

La statue. . .

D, Juan.

Eh 1 bien , «juoi ? que veux-tu dire ?

Sganarelle.

Hélas i

La statue. . .

Enfin donc , tu ne parleras pas ?

Sganarelle.

Je parle , et je vous dis, Monsieur, que la statue. . .

Encor ?

Sganarïlle»

Sa tête. . .

D. Juan.

£h ! bien \

8i LE FESTIN DE PIERRE,

SGanarelle,

Veis moi s'est abaitue î

Elle m'a fait. . .

Coquin !

SGANARELLE

Si K ne ^'ous dis vrai ,

Vous pouvez lui pailet pour en faire l'essai.

l'cut-être...

D Juan.

Viens, maraud 1 puisqu'il faut que j'en rie > Viens être convaincu ^le ta polttoneric,

( A u nuiue. ) Prends garde... Commandeur , te rendras-tu chci moi ? Je t'attends à dîner.

( La statue baisse encore la léte. ) SGANARELLE.

Vous en tenei , ma foi!

Voilà mes esprits fortb riui ne veulent rien croire. Disputons 1 présent , j'ai gagné !a victoire.

D. Juan, après avoir rêvé un moment.

Allons, sortons d'ici.

SGANARELLE

Sortons, je vous promets, Quand j'en serai dehors , de n'y rentrer jamais.

Fin du troisième Acte.

Page 1