‹ Le baron d'Albikrac; comédie en cinq actes, en versChapitre 98 sur 102 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

D. LOUIS, D. JUAN, SGANARELLE

D. Louis.

E m'ab:;sei=vous point ; et scroit-il possible Que votre co:ur, ce cocue si loiig-tcms inflexible. Si lonjî-tems en aveugle au ciitnc abandonné , Elit rompu les liens dont il fut enchaîné i Qu'un pareil changement me va causer de joie ! Mais, encore une fois, faut-il que je le croie? Et se peut-il qu'enfin le Ciel m'ait accorde Ce qu'avec tant d'ardeur j'ai toujours demandé ? U. Juan.

Oui , Monsieur , ce retour dont j'étois si peu digne , Nous est de ses bontés un témoignage insigne. Je ne suis plus ce fils dont les lâches désirs N'eurent pour seul objet que d'infâmes plaisirs, le Ciel, dont la clémence est pour moi sans sccon.tc , M'a fait voir tout-à-coiip les vains abus du monde ; Tout à-coup de sa voix l'attrait victorieux A pénétré mon ame et dessillé mes yeux v Et je vois pat l'effet dpnt 5.1 grâce est suivie

Avec autant d'horreur les taches de ma vie

Que j'eus d'emportement pour tout ce que mes sens

Trouvoicntà me flatter d'appas éblouissans.

Quand j'ose rappeler l'excès abominable

Des desordres honteux dont je me senscoupable ,

3e frdniis et m'étonne , en m'y voyant courir,

Comme le Ciel a pu si long tems me souffrir".

Comme cent et cent fois il n'a pas sur ma tête

lancé l'afFreux carreau qu'aux méchans il apprête!

L'amour qui tint pour moi son courroux suspendu

M'apprend à ses bontés quel sacritîce cstdû.

11 l'attend et ne veut que ce cœurinfideîe ,

Ce cœur jusqu'à ce jour à ses ordres rébelle.

Enfin , et vos soupirs l'ontsansdouteobtcnu.

De mes égaremens me voilà revenu.

Plus de remise ; il faut qu'aux yeux de tout le monde,

A mes folles erreurs mon repentir réponde ,

Que j'eff^ice , en changeant mes criminels désirs ,

L'empressement fatal que j'eus pour les plaisirs,

E> tâche à réparer , par une ardeur égale ,

Ce que mes passions ont causé de scandale.

C'est à quoi tous mes voeux aujourd'hui sont portes;

Bt je devrai beaucoup, Monsieur , à vos bor.tcs ,

Si dans le changement où ce retour m'engage ,

Vous me daignez choisir q jclque saint peiionnage

Qui , me servant de guide , ait soin de me montrer

A bien suivre la route où je m'en vais entfer.

D. Louis.

Ah ! qu'aisément un fils trouve le cœur d'un per9 rrêt au moindre remords à calmer sa colère I

114 r^E FESTIN DE PIERRE,

Quels que soient les chagrins qucpaivous j'ai reçus, Vousvous en repentez, je ncm'cn souviens plus. Tout vous porte à gagner cette grande victoire , L'intérêt du salut , celui de votre gloire; Combattez , et sur-tout ne vous relâchez pas. Mais, dans cette campagne, où s'adressent vos pas? 3'ai sorti de la ville exprès pour une affaire Où dès hier ma prdsencc dtoit fort nécessaire, r.t j\ii voulu marcher un moment au retour : Mon carrosse m'attend à ce premier diicour; Venez.

D. Juan.

tion , aujourd'hui souffrez-moi l'avantage D'un peu de solitude au prochaio hermitagc. C'est là que retire , loin du monde ctdu bruit , Tour m'offrir mieux an Ciel, je veux passer la nuit. Ma peine y finira. Tout ce qui m'en peut faire Dans ce détachement qui m'est si nécessaire , C'est que pour mes plaisirs je mt suis fait prêter ■Bes sommes que je suis hors d'état d'acquiter. Faute de rendre , il est des gens qui me maudissent , Qui font....

D. Louis.

Oue là-dessus vosscrupules finissent.

Je paîrai tout , mon fils , et prétends de mon bien Vous donner..,.

D. Juan.

Ah ! pour moi , je ne demande rien.

Pourvu que palmes pleurs mes fautes rcparccs...

COMEDIE. iif

D. Louis.

O consolations ! douceurs incspérdcs !

Tous mes vceux sont enfin heureusement remplis ! <3iace aux bontifs du Ciel, j'ai retrouvé mon hls: 1! se rend à la voix qui vers lui le rappelle.... Je cours à votre niere en porter la nouvelle. Adieu, prenez courage; et, si vous persistez, K'attendcz plus que joie et que ptospdrite's.

( Il sort.)

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