DIDIER, CÉLINE
DIDIER, ouvrant avec précaution la porte du fond.) Bienheureuse clé... (Apercevant Céline.) Ciel!
CÉLINE, voulant se sauver. Lui * !
DIDIER. Un mot de grâce !
CÉLINE. Eh quoi. Monsieur, vous osez encore... DIDIER. Vous supplier de m'entendre...
CÉLINE. Mon mari, Monsieur, qu'avez-vous fait de mon mari?
DIDIER. Vous me le demandez, Madame?... Vous intéressez-vous encore à un homme que sa conduite passée rend indigne, je ne dirai pas de votre amour, mais de votre pitié; un homme qui vous a trahie, abandonnée...
CÉLINE. Il me connaissait si peu...
DIDIER. Et sans vous connaître, il vous abandonnait...
CÉLINE, Que de maris font le contraire... DIDIER. Mais ces amours de garnison , ces lettres...
CÉLINE. Tenez, Monsieur, n'ajoutez plus un mot... il est quelque chose de plus affreux que l'inconstance d'un époux , c'est la trahison d'un ami. Oui, tout à l'heure encore, seule ici, me souvenant de son abandon, indignée de son indifférence, oui, je l'avoue, j'avais peine à concevoir l'amour qu'il inspirait à tant de femmes; mais maintenant que non content de l'avoir fait arrêter, vous venez encore insulter à son malheur, eh bien! je crois que je commence à faire comme tout le monde; je l'aime , oui. Monsieur, j'aime mon mari , je pardonne au comte de Varinville. DIDIER, se jetant à ses pieds. Vous l'aimez, vous lui pardonnez... Ah ! je suis trop heureux... "chère Céline.
CÉLINE. Que faites-vous donc?
DIDIER. Oh ! vous ne savez pas quel prix j'attache à ce pardon. CÉLINE. Vous, Monsieur?
DIDIER. Moi, votre époux!
CÉLINE. Encore cette ruse indigne.
DIDIER. Eh ! quoi , ces dix années d'absence ont donc changé mes traits comme elles ont embelli les vôtres?
CÉLINE. Vous êtes le comte de Varinville , et vous livrez à la justice une lettre de cachet portant ce nom ?
DIDIER. Il fallait vous revoir à tout prix, il fallait surtout empêcher le chevalier de profiter des avantages que lui avait donnés ma sottise ; mais cette lettre de cachet qui demain pouvait me faire enfermer moi-même, je ne m'en suis pas dessaisi... la voilà. {Jl tire la lettre de cachet du portefeuille
* Céline, Didier.
de Bou'jival et remet dans sa poche le portefeuille vide.)
CÉLINE. Mais comment se trouve-t-ello entre vos mains?
DIDIER. Parce que ce portefeuille... Mais non, tenez, vous ne pourriez comprendre... Cherchons plutôt dans les souvenirs du passé... J'avais quinze ans, je sortais des pages, quand le baron deCastel- Sarrazin m'annonça que j'allais unir ma destinée à celle d'une jeune fille, d'une enfant qui ce jourlà quittait son couvent pour y rentrer le soir môme. (Geste de Céline.) Mon Dieu ! je sais bien qu'on aurait pu me raconter tout cela... mais peutêtre est-il quelque autre circonstance... CÉLINE. Mon costume, par exemple ?
DIDIER. Ah ! votre costume... une robe de satin blanc, un long voile qui vous enveloppait tout entière, le bouquet, la couronne, et puis une rivière en diamans... Je me souviens qu'à l'église, et pendant qu'on nous unissait, ces diamansoccupaient seuls votre attention. Moi, j'avais quitté lo costume de page et j'avais endossé l'uniforme que, huit jours après, je devais porter à Fontenoy.
CÉLINE, o part. C'est étrange, et je commence à craindre...
DIDIER. Je sais bien que ce ne sont pas là des preuves , mais en cherchant encore...
ENSEMBLE
Air de la ChamOre verte. (Doche.) Ah! cherchons, cherchons bien!
11 doit être un moyen De connaître aujourd'hui Quel est votre ^^^,.^ Lequel est mon DIDIER, prenant la main de Céline.
Ah ! j'ai pressé votre main dans la mienne.
CÉLINE
Oui , c'est cela !
DIDIER
Tenez, comme aujourd'hui.
CÉLINE
Oui , c'est cela !
DIDIER
Je la serrais k peine...
Vous rougissiez !...
CÉLINE, à elle-même.
Si c'était mon mari?
ENSEMBLE
Ah! cherchons, etc.
DIDIER, plus pressant.
Puis un baiser, mais un baiser de flamme !
CÉLINE
Oui, c'est cela!
DIDIER, l'embrassant.
Semblable à celui-ci ..
CÉLINE, très émue.
Oui, c'est cela !
DIDIER
De grâce cucor. Madame,
Souvenez-vous !..■ CÉLINE, le regardant avec expression.
Si c'était mon mari !
ENSEMBLE
Ah! cherchons, etc.
DIDIER, voulant encore l'embrasser. Y ons me reconnaissez, enfin...
CÉLINE. Un instant. Monsieur, tant que je n'aurai pas la preuve.
DIDIER. Mon Dieu ! celte preuve, j'ai bien un moyen de vous la donner, mais il faudrait que quelqu'un pût me seconder.
CÉLINE. Quelqu'un, dites-vous?