‹ Le baron de Castel-SarrazinChapitre 2 sur 29 · LE BARON, LA BARONNE, CÉLINE · texte numérisé non relu

LE BARON, LA BARONNE, CÉLINE

{Au lever du rideau Céline ett debout près de

la fenêtre. La Baronne est assise à droite.

Le Baron se promène avec impatience.)

LE BARON, S arrêtant et tirant sa montre \ C'est inconcevable... déjà cinq heures... décidément, ma chère nièce, vous en serez pour vos frais de toilette. Il ne viendra pas encore aujourd'hui.

LA BARONNE, ô part. Ah! je respire!

CÉLINE, avec un soupir. Il se fait bien attendre.

LE BARON. Je n'en reviens pas... Si c'était un mari comme un autre!., mais un mari qui n'a pas exercé... Ah! s'il avait exercé!..

LA BARONNE, piquée. Plaît-il^ Monsieur?

LE BARON. Je ne fais aucune allusion. Baronne... par la mordieu !.. vous savez bien que je vous rends justice, et que je suis loin de vous confondre avec toutes ces pécores de «province parmi lesquelles nous végétons depuis la mort du

Céline, le Baron, la Baronne.

feu roi... J'apprécie comme il convient vos qualités exceptionnelles, Yolande, vos vertus... vénérables.

LA BARONNE. Ne parlons donc pas de cela^ je vous prie.

CÉLINE, quittant la fenêtre. Allons, mon oncle avait raison... il ne viendra pas... ce qui est peu flatteur pour moi, car enfin, s'il me connaît à peine, à défaut d'amour, ne devrait-il pas avoir au moins de la curiosité?

LA BARONNE, vivement. Je dirai plus... de la mémoire.

LE BARON, surpris. De la mémoire ?

LA BARONNE, O part. Imprudente !

LE BARON. Y pensez-vous, Baronne? Lorsque pour obéir au vœu de son père, et aux volontés suprêmes de défunt votre frère, le jeune comte Didier de Varinville épousa notre nièce Céline... Il y a de cela dix ans, le Comte entrait dans son adolescence.

CÉLINE. Et moi, je n'étais qu'une enfant... mais je me souviens de toutes les circonstances de mon mariage.

Air : Jenny l'ouvrière.

Vous le savez, j'avais huit ans a peine, Quand on me fit sortir de mon couvent ; Et mon mari, beau page de lu reine, Bien jeune ainsi me regardait souvent, Pourquoi cela ? je n'en sais rien encore . Pour la serrer il prit cette main-là?

Pourquoi cela?., mon oncle, je l'ignore, Bien tendreraent il m'embrassa.

De ce baiser je me souviens encore...

Pourquoi, pourquoi cela ?

Dites, pourquoi cela?

LE DARON. Pourquoi? pourquoi?..

LA BARONNE. Il cst Certain que c'est un sot usage que celui de marier de pauvres enfants^ sans savoir s'ils pourront se convenir... c'est vraiment très dangereux.

LE BARON. Je n'admets pas qu'il y ait de dangers en ménage quand un mari a de bons yeux, ot qu'il sait manier une épée... par la mordieu ! {Céline va regarder à la fenêtre.)

LA BARONNE, à part. Il me fait frémir !

Air du Fleuve de la vie.

Si ma tendresse était trompée.

Si pour ma femme un galant soupirait, Pour le punir j'ai mon épée.

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