‹ Le baron de Castel-SarrazinChapitre 8 sur 29 · HORACE, DIDIER · texte numérisé non relu

HORACE, DIDIER

DIDIER, arrivant par le fond, vêtu en chasseur. Comment? personne !... De par la sambleu, seraitce une mystification?

HORACE, à la fenêtre. Il est toujours là... je voudrais pourtant bien m'en aller.

DIDIER, l'apercevant. (Quelqu'un !... un confrère!... ah! ce n'est pas malheureux! Pardon , Monsieur.

HORACE, vivement. Hein?... plall-il?...

DIDIER. Le château de la Bretonnière, s'il vous plaît?

HORACE. Que vois-je?

DIDIER. Se peut-il?

HORACE. Le comte !

DIDIER. Le chevalier!... Comment, c'est vous qui m'avez écrit?

HORACE, Moi!...

DIDIER. Et comment se porte la charmante Madame de Bougival?...

" Uorace, Didier.

HORACE. Merci!... je la crois en bonne sanlé...

DIDIER. J'en suis ravi.

HORACE. J'enrage.

DIDIER. Mais le diable m'emporte si je me serais douté... A notre dernière entrevue, si j'ai bonne mémoire, nous étions assez mal ensemble... Vous souvenez-vous de certaines vétilles?..

HORACE. Oui, des soupçons... des soupçons injustes.

DIDIER. Vous étiez d'unejalousie...

HORACE. Qui n'avait pas le sens commun... Madame de Bougival m'en a donné la preuve.

DIDIER, à part. Pauvre chevalier! [Haut.) Ah \ j'ai vu l'instant où la chose allait prendre un caractère d'hostilité... N'aviez-vous pas été jusqu'à solliciter en ma faveur certaine lettre de cachet?

HORACE. Que j'avais obtenue; elle est là, dans mon portefeuille.

DIDIER. Hem! plaît-il?... Monsieur de Bougival, me direz-vous ce que signifie ce rendez-vous de chasso , où vous m'attendez avec une lettre de cachet /

HORACE. Moi, par exemple!... je sais qu'Artémiso est innocente, et je n'en veux plus àvolre liberté.

DIDIER. Alors , c'est donc véritablement pour chasser que vous me faites venir à ce château de la Bretonnière?

HORACE. Moi, je vous fais venir? (Comme frappé d'une idée.) Ah !

DIDIER. Qu'avez-vous?

HORACE. J'y suis.

DIDIER. Quoi donc?

HORACE. Vous êtes le mari qu'on attend.

DIDIER. Hein? vous dites?...

HORACE, riant. Ah! ah! ah! ce pauvre comte... lui qui , je me le rappelle , fuyait sa femme par haine du mariage.

DIDIER. Si je la fuyais... mais j'espero bien la fuir toujours... une petite niaise qu'on m'a fait épouser à l'âge de huit ans... qui, depuis, n'a pas quitté sa province, dont elle aura pris tous les ridicules...

HORACE. Mais non, pas trop.

DIDIER. Comment?

HORACE. Je l'ai vue... Oh! c'estune histoire des Mille et une Nuits... y éiah à peine arrivé dans ce pavillon, par celte fenêtre, pour des motifs que je vous expliquerai, qu'un vieillard, suivi de son épouse, m'aperçoit, me saule au cou : c'est lui , dit-il, le voilà, il est pris au piège.

DIDIER. Pris au piège !

HOR.vcE. Elalors j'apprends que le vieux est mon oncle, que la vieille est ma tante, et que j'ai épousé leur nièce il y a dix ans.

DIDIER. Il y a dix ans!

HORACE. Enfin que je suis ici chez le baron de Caslel-Sarrazin.

DIDIER. Le baron de Castel... (Se dirigeant vers la porte.) Adieu^ portez-vous bien...

HORACE. Vous me quittez?

DIDIER. Je me sauve !

noRjicE. Où donc allez-vous?

DIDIER. Mes respects au baron.

BORACE. Mais il me prend pour vous.

DIDIER. Ne le détrompez pas... ne le détrompez que lorsque je serai bien loin.

HORACE. Mais votre femme ?

DIDIER. Je vous la confie. {Il sort.)

HORACE. Il me confie sa femme... mais j'en abuserai... j'abuserai de sa confiance...

DIDIER, rentranC. Impossible de fuir, on vient de ce côté.

HORACE. Le baron sans doute.

DIDIER. Ah! cette fenêtre...

HORACE. Il va tomber sur mon meunier.

DIDIER, enjambant la fenêtre. Mais j'y pense... chevalier...

HORACE. Quoi donc?

DIDIER. Pour vous aider à remplir votre personnage... {Il lui tend son portefeuille.)

HORACE. Qu'est-ce que cela?

DIDIER. Mon portefeuille... donnez-moi le vôtre.

HORACE. Excellente idée. {Ils échangent leurs portefeuilles.)

LE BARON, en dehors. Venez donc, Baronne, venez donc...

HORACE. On vient, sauvez- vous!

DIDIER, disparaissant. Bravo ! j'emporte la lettre de cachet.

HORACE, à la fenêtre. Ah ! mon Dieu ! on l'a vu... les gens du château accourent... lemeunirr l'arrête... Ma foi qu'ils s'arrangent...

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