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Le baron Liedts

FRà'VÇ. GOBBABRTS, IMP. 1)1 ROI, SUCCESSEUR D'OU. DBVHOTI, Bruitellc*, 21, rue de la Limite.

Charles- Augustin Liedts naquit à Audenarde le 2 décembre 1802. 11 fît de brillantes études à l'université de Gand, prit part au concours général de 1822 et obtint la palme.

L'année suivante il devenait membre du barreau de sa ville natale. A une instruction solide il joignait l'amour du travail, une gravité naturelle et toutes les autres qualités qui devaient lui faciliter l'accès des hautes positions où il fut successivement appelé.

La Révolution de 1830 trouva en lui un chaud adhérent et un actif auxiliaire. Il était commissaire du gouvernement provisoire près le tri-

bunal de première instance de Gand lorsque, le 3 novembre, le district d'Audenarde l'élut député au Congrès national.

Liedts, alors âgé de vingt-huit ans, était un des plus jeunes membres de l'assemblée. Il accepta les fonctions de secrétaire et les garda jusqu'à l'avènement du Roi; il avait pour collègues J.-B. Nothomb, Ch. Vilain X1III et H. de Brouckere. Se renfermant autant que possible dans les attributions qui lui avaient été confiées par l'assemblée, Liedts n'eut point l'ambition de briller au premier rang des orateurs. On peut même dire qu'il cherchait trop à s'effacer. Au point de vue des opinions, il était un progressiste comme H. de Brouckere, un libéral avancé plutôt qu'un unioniste. 11 présenta, avec MM. Forgeur, Barbanson et Fleussu, un projet de constitution qui, s'éloignant en des points essentiels du projet définitif, ne fut cependant pas sans influence sur les délibérations de l'assemblée (').

En se prononçant, le 19 novembre, pour une

(') Voir ce que nous avons dit de ce projet dans la notice consacrée à Eugène Defacqz et à Joseph Forgeur. Leur plan est inséré dans les Discussions du Congrès national, t. IV, pp. 50 et suiv.

monarchie constitutionnelle représentative sous un chef héréditaire, Liedts s'exprimait en ces termes :

«... Dans l'état actuel de la civilisation européenne, que le pouvoir soit remis entre les mains d'un seul ou de plusieurs, qu'il soit attribué pour un temps ou pour toujours, ce n'est plus dans de vains prestiges ni dans l'éclat de la pourpre queceuxqui gouvernent trouvent leur force, mais dans l'opinion publique : c'est elle qui élève les trônes et qui brise les sceptres, et ce serait une erreur grossière de croire que le luxe et le faste sont encore aujourd'hui inséparables d'une monarchie. — Le peuple, disions-nous, veut avant tout la stabilité de l'ordre social. Et quel autre qu'un chef héréditaire peut nous l'apporter? Loin de finir la révolution, loin d'assurer le repos de la patrie, un pouvoir temporaire ne ferait qu'engager une nouvelle lutte, d'autant plus terrible qu'elle serait périodique, et que le pays deviendrait un champ clos, où les partis se livreraient un combat à mort, chaque fois que l'élection d'un chef devrait avoir lieu. L'histoire de la Pologne nous en fournit malheureusement l'exemple.

— En résumé : un chef héréditaire, aux conditions d'une constitution des plus libérales, tel

est le cri de ma conscience, et le vœu de la majorité des Belges; tel est le principe qui rendra la patrie heureuse au-dedans, la fera respecter au dehors, et raffermira de plus en plus la paix de l'Europe ('). »

Liedts avait voté pour l'exclusion des Nassau, et ce vote était la conséquence de celui qu'il avait émis pour l'indépendance du peuple belge. Il se montra, comme la fraction du Congrès à laquelle il appartenait, partisan du duc de Nemours. Celui-ci ne devint pas roi, et, le trône demeurant vacant, la régence fut déférée au président du Congrès, le baron Surlet de Chokier, jusqu'à l'avènement du prince Léopold de Saxe-Cobourg. M. Liedts vota pour le prince Léopold; mais, d'autre part, il se prononça contre l'adoption du traité préliminaire des dix-huit articles, qui seule cependant pouvait rendre possibles l'acceptation et l'avénement de l'élu. Grâce à la sagesse de la majorité, tous les obstacles furent aplanis et le premier roi des Belges fut inauguré sur la Place Royale à Bruxelles, le 21 juillet 1831. Comme secrétaire du Congrès, Liedts participa à cette imposante solennité ; ce fut lui qui présenta

(') Discussions du Congrès national, t. I er , p. 191

au Roi la plume avec laquelle devait être signé le procès-verbal de la prestation du serment constitutionnel (').

Surlet de Chokier, qui s'était retiré dans son domaine de Gingelom, écrivait un peu plus tard à son « cher et ancien collègue », en lui renvoyant des procès-verbaux du Congrès : «... Si, dans vos prochaines vacances, vous venez à diriger vos courses vers les provinces deNamur et de Liège, si riches en beaux sites et en industrie, je vous prie de vous souvenir qu'un vieux pêcheur célibataire, ci-devant votre président et collègue, habite en province de Lim bourg près de la petite ville de Saint-Trond et qu'il compte bien que vous viendrez le visiter dans sa douce et paisible retraite... »

Pendant la session du Congrès M. Liedts avait quitté le parquet pour entrer dans la magistrature; il avait été nommé (19 janvier 1831) président du tribunal de première instance d'Anvers. Mais il n'abandonna point la carrière parlementaire. Audenarde l'envoya,

(') On s'aperçut, au dernier moment, qu'il manquait une plume, et il fallut envoyer immédiatement un huissier à l'hôtel du Régent. Quand le roi eut signé, il rendit la plume à M. Liedts, qui la conserva soigneusement et la fit encadrer en souvenir de ce jour mémorable.

le 29 août 1831, à la Chambre des Représentants, et ce mandat fut constamment renouvelé jusqu'en 1848. Pendant les trois premières sessions M. Liedts fit partie du bureau en qualité de secrétaire, et, depuis 1835 jusqu'en 1840, il fut l'un des deux questeurs de l'assemblée.

Dans la première session des Chambres, le jeune député d'Audenarde présenta (22 novembre 1831) le rapport sur le projet de réorganisation judiciaire. Quelques mois après ('),il se signalait dans la discussion de la loi qui créait un ordre national; ce n'était point pour l'approuver : il avait des scrupules constitutionnels quant à l'institution d'un ordre civil, et il s'efforça, mais en vain, de faire prévaloir son opinion. 11 n'aurait pu prévoir alors qu'il serait un jour grand cordon de l'ordre de Léopold.

Dans la session de 1834-1835, M. Liedts demanda la révision de la législation de 1822 sur les impôts, surtout en ce qui concernait l'impôt foncier. Mais, en général, jusqu'en 1840, sa participation aux débats parlementaires ne fut ni active ni prépondérante; il se renfermait

(') 2 juillet 1832.

plus volontiers dans les attributions qu'il devait à la confiance de ses collègues. De la gauche il avait passé au centre lorsque le gouvernement l'appela, en 1838, à l'aire partie de la commission d'État qui, sous la présidence de M. d'Huart, ministre des finances, était chargée de la révision des dettes dont la Conférence de Londres voulait surcharger la Belgique. Cette commission se composait de MM. Du Jardin, Isid. Fallon, Liedts et Barthélémy Du Mortier, qui rendit alors des services éminents par des écrits dont l'influence et le retentissement lurent immenses. En résumé, il fut démontré que la part des Belges dans les dettes existant au moment de la dissolution du royaume des Pays-Bas, au lieu de s'élever à 8,400,000 florins de rente, comme le soutenait la Conférence de Londres, ne devait s'élever qu'à une rente de 2,213,000 florins. Quoique cette évaluation n'ait point été admise, la Belgique obtint cependant une réduction notable : elle fut affranchie des arrérages et ne dut payer qu'une rente annuelle de 3,000,000 de florins.

M. Liedts, qui avait voté en 1831 contre le traité des vingt- quatre articles, modifia son opinion en 1839. Il fut un éloquent défenseur du traité de paix définitif. 11 soutint (8 mars)

que la compétence de la Chambre pour l'acceptation du traité était évidente et incontestable; qu'elle pouvait l'adopter sans violer la Constitution, qu'elle le devait même si sa conscience lui criait que la loi de la nécessité le commandait (').

Après l'adoption et la ratification du traité, M. Liedts fut (17 juin 1839) désigné pour faire partie de la commission de liquidation d'Utrecht avec MM. Fallon et Du Jardin.

Quelques jours auparavant (le dl juin), en même temps qu'il était réélu représentant d'Audenarde, les électeurs d'Anvers l'honoraient aussi de leurs suffrages ( 2 ). 11 opta pour Audenarde.

Le ministère présidé par M. De Theux se retira en 1840, et Joseph Lebeau, appelé à constituer un nouveau cabinet, chercha à le rendre homogène.

Dans ce cabinet, libéral, formé le 18 avril, M. Liedts eut le portefeuille de l'intérieur. Ses collègues étaient : M. Lebeau aux affaires étran-

(') Voir Histoire parlementaire delà Belgique, par L. Hymans, t. I er , p. 655.

(*) Déjà, en 1836, il avait été élu conseiller communal à Anvers.

LE BAKON LIEDTS.

gères, M. Rogier aux travaux publics et à l'instruction publique, M. Leclercq à la justice et M. Mercier aux finances. « Tous les ministres, dit un publiciste, appartenaient à l'opinion libérale. M. Liedts, il est vrai, n'appartenait au libéralisme queparsa foi politique; sescroyances religieuses bien connues offraient des garanties aux catholiques ('). »

Il faut ajouter que| jamais M. Liedts ne s'est mêlé avec passion à la lutte des partis. Ses goûts, ses connaissances spéciales, son tempérament même faisaient plutôt de lui un administrateur. Et, dans l'administration, il excellait, il n'avait guère de rival (%

Quand M. Nothomb essaya, après la retraite

(') Voir La Belgique sous le règne de Léopold I er , par J.-J. Tiionissen, 2 e édit., t. III, p. 57.

( 2 ) On doit à (M. Liedts la'création de la Commission de statistique (arrêté royal du lô^mars 1841) et le premier Exposé de la situation du royaume. «Le 18 mars 1841, M. Liedts, ministre de l'Intérieur, a présenté au roi Léopold I er , pour la période finissant à 1840, un Exposé de la situation du royaume d'après les renseignements puisés dans .les rapports sur la^situation administrative des provinces et des communes, prescrits'par les lois du 30 mars et du 30 avril 1836. » (Voir Expose" de la situation du royaume de 1861 o 1875. (Avant-propos.)

de MM. Lebeau et Rogier, de reconstituer ce qu'il appelait la « majorité historique », c'est-àdire la majorité unioniste; quand M. Nothomb devint le chef d'un ministère mixte, M. Liedts crut pouvoir accepter les fonctions de gouverneur du Hainaut (13 avril 1841). Il ne tarda point à se faire aimer par la loyale population wallonne. 11 se conciliait toutes les sympathies par la droiture de son caractère et son affabilité. Lui-même se plaisait dans cette province où il pouvait étudier à loisir les grandes questions économiques et sociales qui étaient sa préoccupation constante.

En 1843, M. Nothomb offrit au gouverneur du Hainaut le portefeuille de la justice. 11 lui écrivait, le 13 avril :

« Le Roi me charge de vous rendre comple de la situation et de faire un appel à votre dévouement.

« Vous connaissez les événements qui ont amené l'intérim de la justice et celui de la guerre.

« Un troisième intérim existe depuis le 30 mars, celui des affaires étrangères, par suite de la démission donnée par le comte de Briey pour un dissentiment intérieur, démission qui est restée secrète, mais qui n'en a pas moins été maintenue.

« Hier, 12, après la clôture de la session, mes deux collègues restants, MM. Smits et Desmaizières et moi avons également envoyé nos démissions au Roi pour donner à Sa Majesté une entière liberté d'action.

« Ce matin, mes deux collègues ont exprimé le désir que leurs démissions seules fussent acceptées, ajoutant qu'ils me verraient avec plaisir venir au ministère dans une combinaison nouvelle.

« Le Roi voudrait composer le ministère suivant :

« Justice : vous;

« Affaires Étrangères : général Goblet;

« Finances : Mercier. — Ils acceptent;

« Travaux publics : Dechamps. — Il acceptera;

« Guerre : le colonel Dupont, qui ne refusera pas.

« Intérieur : moi.

« Je désire vivement qu'à la réception de ce billet vous puissiez vous rendre ici. Le secret le plus absolu est indispensable, et le secret n'est possible qu'en procédant avec une extrême promptitude. »

M. Liedts, naguère collègue de MM. Lebeau et Rogier, eut des scrupules ; peut-être aussi pré-

férait-il le gouvernement du Hainaut. Il déclina l'offre de M. Nothomb, et le portefeuille de la justice fut confié à M. d'Anethan, alors avocat général près la Cour d'appel de Bruxelles.

De son côté, M. Liedts voyait grandir son influence. Il fut élu président de la Chambre, le 17 novembre 1813, et ces éminentes fonctions, il devait les conserver pendant cinq sessions consécutives, c'est-à-dire jusqu'à sa retraite du Parlement.

En 1845, une nouvelle tentative avait été faite près de M. Liedts pour qu'il consentît à entrer au ministère avec M.d'Huart. « M. d'Huart, disait une lettre confidentielle du 17 juin, a considéré la circonstance comme assez grave pour ne vouloir pas prendre sur lui la responsabilité d'un refus. — Le Roi vous fera le même appel qu'à lui ; il s'adresse à vos sentiments de dévouement^ et, à votre intelligence d'homme politique. Sa Majesté vous laissera le choix entre plusieurs portefeuilles. — Aux termes où nous en sommes, votre acceptation reconstitue le cabinet etjotre refus remet tout en question et peut entraîner les plus graves conséquences. — La retraite de M. Nothomb est aussi irrévocable que si elle'était^insérée au Moniteur. »

La démission de M. Nothomb fut en effet

acceptée le 19 juin; mais M. Liedts déclina encore une fois l'offre qui lui était adressée. Il ne consentit à entrer ni définitivement ni temporairement dans le ministère qui se reconstituait laborieusement et qui fut enfin complété, le 30 juillet, sous la présidence de M. Van de Weyer.

Quelques jours après, le 12 août, M. Liedts était nommé gouverneur du Brabant, malgré ses instances pour rester dans le Hainaut.

Deux ans s'écoulèrent. Les unionistes d'abord, les catholiques ensuite perdirent successivement le pouvoir, et un cabinet libéral se forma, le 12août 1847,sous la présidence deM.Rogier. M. Liedts, nommé ministre d'Llat, demeura président de la Chambre des représentants. Il dirigea, en cette qualité, les mémorables séances qui suivirent la révolution française de février 1848 (').

(') Les deux lettres suivantes se rattachent à cette époque :

o Laeken, le 12 mars, au soir.

« Mon cher Président,

« Je crois qu'il est extrêmement désirable que je puisse vous voir demain malin avant que vous alliez à la section

On se trouvait en présence d'une réforme électorale et d'une réforme parlementaire.

centrale. Je sais que vous êtes matinal ; pourrais-je vous proposer de venir à 9 heures, moins un quart ? Je serais enchanté de causer un peu avec vous.

« Léopold. »

« Bruxelles, le 2 avril 1848.

« Monsieur le Président,

« Les nouvelles que je reçois de Paris me font vivement désirer que la section centrale s'occupe immédiatement du crédit relatif à mon département.

« Toute l'Europe se met sur pied de guerre et tous les objets nécessaires aux armées vont doubler de prix.

« La France vient de faire une commande de 30,000 chevaux. L'Allemagne ne laissant plus sortir un seul cheval, c'est sur notre pays que les marchands vont s'abattre.

« Enfin j'apprends de source certaine que des ordres sont donnés pour augmenter l'armée française de 300,000 hommes. Il est important, essentiel que notre armée soit prompteraent mise en état de faire face aux événements qui peuvent surgir et je vous prie en grâce de hâter autant que possible l'examen du crédit de neuf millions qui vous est soumis.

« Agréez, Monsieur le Président, l'expression de mes sentiments de haute considération.

« B od Chazal. »

Le H avril 1848, devançant la loi sur les incompatibilités, M. le baron Nothomb, ministre plénipotentiaire de Belgique en Prusse, écrivait de Berlin à M. Liedts : « Ayez la bonté, si ce n'est fait, de faire insérer, en tête du Moniteur, le texte de ma lettre de démission. — Vous devez être fier d'être président d'une Chambre belge. Je suis accablé de félicitations, de compliments, que je refuse, en disant : « Je vois tomber « tant de grandes choses qu'il faut se refuser de « tout mouvement d'orgueil. »M. Nothomb trouvait, au surplus, le projet sur les incompatibilités trop absolu. « On arrivera, disait-il, à « subalterner » les Chambres et à consacrer la suprématie de l'administration, double résultat fort peu libéral. » Il aurait voulu l'exclusion des fonctionnaires inférieurs et l'admission des .fonctionnaires élevés avec limitation par chambre et par corps. La réforme fut radicale ('). M. Liedts vota la loi et donna sa démission de représentant.

(') « Elle est exagérée, écrivait M. E. Van den Pecreboom. Il fallait fortifier le Parlement, en l'épurant; on l'a énervé, en lui enlevant des éléments indispensables à sa bonne constitution. » (Du régime représentatif en Belgique, (1841-1848) par E. Van den Peeuedoom (Bruxelles, 1856, t. II, p. 298).

Dans Jes premiers jours de septembre 1848, M. Liedts fut chargé d'une mission secrète à La Haye. Il n était revêtu d'aucun caractère officiel; il paraissait faire un simple voyage d'agrément et n'avoir d'autre but, dans ses communications avec les hommes d'État hollandais, que d'entretenir les cordiales relations qu'il avait déjà nouées avec eux. En réalité, il devait sonder attentivement leurs dispositions et s'assurer si le cabinet de Bruxelles pouvait persister dans l'espoir qu'il avait conçu d'obtenir certains avantages en faveur de l'industrie gantoise pour l'exportation de ses tissus de coton aux Indes orientales. M. Liedts eut un curieux entretien avec le ministre des affaires étrangères, M. le baron de Bentinck, rappelé récemment de Bruxelles où il représentait le roi Guillaume II. M. de Bentinck logeait à Vflôtel de Turenne, et travaillait le jour au ministère. «... — Je n'ai pas, dit M. de Bentinck, loué de maison parce que notre ministère n'est qu'un ministère de transition. Aussitôt que la révision de la loi fondamentale sera achevée, ce qui aura lieu sous peu, j'espère, comme plusieurs de mes collègues, que le roi daignera accepter notre démission et qu'il me permettra de reprendre mon poste à Bruxelles. — Si tels sont vos vœux,

repartit M. Liedts, vous devriez en habile diplomate faire précéder votre retour parmi nous par l'annonce de quelque acte, qui, tout en resserrant les liens entre les deux pays, assure chez nous la continuation du travail, et prévienne toute commotion politique. — J'y ai souvent songé; ce serait un moyen de me faire bien venir chez vous : mais, croyez-moi, Monsieur Liedts, nous ne sommes pas en situation de rien faire. La refonte de nos institutions fondamentales est un acte d'une telle importance, elle nous occupe si exclusivement, nous avons pour l'accomplir tant de difficultés à vaincre, que ce serait folie à nous, ministres d'un jour, de nous créer des difficultés nouvelles; et c'en eût été une énorme, si nous avions accordé à l'industrie gantoise le privilège qu'on réclamait pour elle, il y a quelques mois. — Sans doute, la réforme de la constitution a. une grande importance, mais ce qui n'est pas moins important, c'est que, vous et nous, nous traversions heureusement la tempête qui continue à nous menacer. » L'entretien se prolongea sans aboutir à un résultat satisfaisant. « Ni convention à titre gratuit ni autre » , tel fut le dernier mot de M. de Bentinck. M. Liedts connaissait assez intimement, de-

puis 1839, M. Baud, ancien gouverneur général des Indes orientales et ministre des colonies sous l'administration précédente. Il l'interrogea sur les dispositions du ministère. « Ce que vous ignorez peut-être, répondit M. Baud, c'est que le pays, et le roi surtout, voient le salut des Pays-Bas dans le monopole de la mère-patrie avec les colonies. On est tellement jaloux de ce privilège que la moindre dérogation qu'on voudrait y faire exciterait des clameurs d'un bout du pays à l'autre — Mais si la Belgique offrait des compensations... — Tout cela ne suffirait pas , le monopole avec Java est une espèce d'arche sainte à laquelle aucun ministère n'osera toucher d'ici à fort longtemps ( l ). » Trois ans après,M.Liedts retournait à La Haye. Il était adjoint au général Willmar, ministre accrédité, pour négocier le renouvellement des stipulations commerciales existant entre les deux pays. Les lettres, que nous allons citer, démontreront surabondammentles services que M. Liedts rendit en cette occasion. M. d'Hoffschmidt, ministre des affaires étrangères, écri-

(') Voir, dans la collection des Fondateurs delà monarchie belge, Noies historiques et biographiques, d'après des documents inédits, I" série, pp. 96-104.

vait, le 25 août 1851, aux deux plénipotentiaires belges :

« Permettez-moi de venir, par lettre particulière, appeler toute votre attention sur la nécessité de terminer le plus tôt possible l'importante négociation dont vous êtes chargés.

Le gouvernement n'a certes qu'à s'applaudir du talent, du zèle et de la persévérance que vous déployez en présence des revirements et des tergiversations de vos adversaires ; mais, comme vous le savez, il est des circonstances particulières qui nous forcent à en finir. D'un autre côté, j'ai fort peu d'espoir d'obtenir plus que nous n'avons obtenu jusqu'à présent. Je remarque, au contraire, que plus nous prolongeons la discussion et plus ces messieurs reculent. Notre opinion est donc qu'il faut accepter et parapher.

« J'espère que la conférence d'aujourd'hui sera décisive. »

Le 20 septembre, les plénipotentiaires purent enfin annoncer l'heureuse clôture de la négociation confiée à leur dévouement et à leur habileté. Le 24, le ministre des affaires étrangères leur écrit :

« La difficile négociation que le gouvernement du Roi avait confiée à votre patriotisme et

à vos lumières vient, après avoir traversé bien des obstacles, d'aboutir à un résultat.

« Le traité de 1846 ne tombera pas, nos relations commerciales avec les Pays-Bas ne demeureront point sans sauvegarde. Le nouvel arrangement qui vient de sortir de vos travaux non-seulement maintiendra, mais, tout autorise à l'augurer, accroîtra l'activité des échanges entre les deux pays. Tout acte de cette espèce soulève des critiques et il en sera ainsi aussi longtemps qu'en matière de traités il ne sera pas possible d'obtenir des concessions sans en faire. Mais, pour tout homme de bonne foi, pour tout homme surtout qui se rendra un compte approfondi de la situation qui a formé le point de départ de la négociation, le traité du 20 septembre remplira et dépassera ce que nous pouvions légitimement nous promettre.

« Ce jugement, Messieurs, est, en particulier, celui du gouvernement du Roi et c'est une vive satisfaction pour moi d'avoir à vous en faire part.

« Il ne m'est pas moins agréable de vous adresser les remercîments que mérite le service important que vous venez de rendre au

pays.

« Je vais rendre compte au Roi des princi-

pales dispositions de l'arrangement que vous venez de signer et ne laisserai pas ignorer à Sa Majesté la très-large part qui revient à vos habiles et persévérants efforts dans le résultat qui a été définitivement obtenu. »

Après l'échange des ratifications, le ministre des affaires étrangères réitéra à M. Liedts les remercîments du gouvernement pour la part importante qui lui revenait, disait-il, dans un acte touchant de si près aux grands intérêts du pays :

« Ce n'est pas sans un vif sentiment de satisfaction que j'ai reçu la nouvelle officielle de l'échange des ratifications du traité du 20 septembre. Les relations commerciales entre les deux pays réglées et garanties pour un nouveau terme de cinq années, c'est sans doute un fait d'un très-haut intérêt pour la Belgique et la Hollande, mais le traité du 20 septembre a encore un autre mérite : c'est un lien puissant entre les deux pays, c'est un gage efficace de leurs bons rapports; c'est, en un mot, un acte politique non moins qu'un acte commercial, et, sous son double aspect, les deux gouvernements ne peuvent que se féliciter de le voir maintenant à l'abri de toute vicissitude. »

Déjà M. Liedts était chargé d'une autre négociation, plus difficile, plus délicate. Il s'agissait

de renouveler le traité de commerce avec la France qui expirait le 10 août 1852. Or le cabinet des Tuileries exigeait la suppression de la contrefaçon littéraire et refusait d'accorder, en échange de cet avantage, des réductions de tarif. Démissionnaires après les élections du 8 juin, les ministres belges demandèrent que le traité de 184S fût prorogé jusqu'au 1 er janvier 1 853 afin que la situation passât intacte aux mains de leurs successeurs. Lé cabinet des Tuileries répondit qu'il ne pouvait être question de proroger d'un seul jour le traité de 1845 à moins que la Belgique ne consentît à signer immédiatement une convention destinée à garantir la propriété littéraire entre les deux peuples. Les négociations furent reprises et aboutirent à la convention signée, le 22 août, par M. Firmin Rogier, ministre de Belgique à Paris, et par M. Liedts. Cette convention attestait dans son préambule le rétablissement des bons rapports entre les deux gouvernements et accordait à la Belgique quelques faveurs douanières en échange du profit que la France allait retirer de l'abolition de la contrefaçon (').

(') Voir La Belgique sous le règne de Léopold I", par Thonissen, t. III, p. 282.

La convention du 22 août amena la retraite irrévocable de M. Frère-Orban, ministre des finances. Cet homme d'État ne croyait pas pouvoir donner son assentiment à l'arrangement qui était approuvé par ses collègues. Il eut pour successeur intérimaire M. Liedts, le négociateur de la convention. « Ne vous effrayez pas trop, je vous prie, lui écrivait M. Rogier (17 septembre 1852) », il ne s'agit que d'une mission temporaire, d'où vous sortirez quand vous voudrez. Mais dans la petite session qui va s'ouvrir il sera nécessairement beaucoup question de l'affaire française et du rôle que nos négociateurs y ont pris. Nul ne sera plus à même que vous de donner des explications authentiques ; cela est tellement vrai qu'il eût été indispensable de vous nommer commissaire royal s'il n'eût pas été possible de vous assigner une autre position plus officielle encore. C'est ce que le Roi vient de me faire observer... La session sera purement et simplement diplomatico- française, et c'est votre affaire. »>

Pendant une courte absence de M. Liedts, l'arrêté qui lui confiait le portefeuille des finances était signé et envoyé au Moniteur.

On lit dans une autre lettre :

« Je sors de chez vous, et je regrette bien de ne pas vous avoir trouvé. Je vous portais, de la part du Roi, un arrêté que S. M. vient de signer pour vous donner l'intérim des finances.

« Le Roi a signé cet arrêté sans vous avoir' ni vu ni consulté, parce que M. Rogier lui a dit que vous aviez paru comprendre la nécessité de la chose et que vous aviez hier au soir accepté aux 4/5.

« Il ne s'agit que d'une bonne quinzaine de jours, c'est-à-dire la durée de la petite session extraordinaire. M. Rogier avait de grands scrupules à envoyer l'arrêté à l'impression sans avoir votre assentiment positif. Le Roi a cru pouvoir lever ses scrupules en lui disant que l'intérim pour si peu de temps ou la nomination de commissaire royal était, au point de vue de votre liberté et de vos répugnances ministérielles, une seule et même chose. Vous serez de toute manière pendant cette petite session et nécessairement, constamment en cause, et sur la brèche. Il a fallu ces considérations toutes particulières pour passer outre cette fois, après tant d'occasions antérieures où vos objections ont toujours été respectées. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'un retard de vingt-quatre heures pourrait détruire l'effet de

la mesure, en donnant une chance de priorité au décret français sur la démission et le remplacement du ministre des finances. »

Le \9 septembre, le Roi lui-même s'adresse dans les termes suivants à l'homme d'Etat dont le concours était si vivement désiré:

« Laeken, le 19 septembre 1852.

« Mon cher Ministre,

« Je connais et je respecte votre répugnance d'être Ministre et vous pouvez compter sur moi que votre liberté vous sera rendue immédiatement après la petite session qu'on fera bien courte. En acceptant pour quelques semaines un ministère, vous rendrez un bien grand service au pays, car je crois que la solution des difficultés ministérielles devait justement être comme elle est. Je dois ajouter mes remercîments bien sincères pour la manière distinguée dont vous avez emporté la convention du 22 août; arrive que voudra, cette convention reste un grand avantage.

« Croyez-moi toujours animé pour vous des sentiments les plus affectueux.

« Léopold. »

Six semaines après, M. Rogier quittait le pouvoir à la suite d'un incident parlementaire trèsimprévu. Un arrêté royal avait convoqué les Chambres pour le 27 septembre. « Le chef du cabinet, dit un historien parlementaire, voulut, dès le premier jour, compter ses forces et, en l'absence d'un discours du Trône qui lui permît de réclamer un vote de confiance à propos d'une adresse, il posa la question de confiance sur l'élection de M. Verhaegen à la présidence. — Mesure imprudente, car elle mettait le ministère à la merci d'un scrutin secret, qui donnait a toutes les rancunes le moyen de se produire sans affronter la responsabilité d'un vote public. Le résultat fut ce qu'il devait être ('). » M. Rogier s'étant retiré du pouvoir, M. H. de Brouckere devint, le 31 octobre, le chef d'une administration nouvelle dans laquelle M. Lied ts conserva le portefeuille des finances.

Ce ministère de transition se signala par des actes importants: il conclut avec la France un nouveau traité de commerce; il accrut la force de l'armée nationale; il présida au mariage de l'héritier du Trône.

(') Histoire populaire du règne de Léopold I' L. Hymans, p. 289.

par

I,E BARON L1EDTS.

On lira encore avec intérêt la lettre par laquelle le roi Léopold I er témoignait à M. de Brouckere et aux ministres qui l'avaient secondé sa satisfaction et sa gratitude.

" Vienne, le 17 mai 1853.

« Mon cher Ministre,

« Vous avez obtenu avec le Cabinet un triomphe qui doit vous rendre bien heureux et qui est pour moi la source de la plus grande satisfaction ('). Vous avez gagné une bataille parlementaire qui contribuera essentiellement à la sécurité de l'indépendance de la Belgique et qui a produit une immense et bien salutaire impression à l'étranger.

« Depuis 1848, la Belgique n'a posé aucun acte qui lui fasse plus d'honneur et qui soit mieux apprécié par l'étranger. Je m'empresse de vous communiquer un événement qui, je crois, donnera une sincère satisfaction au pays et au Cabinet. J'ai demandé la main de l'Archiduchesse Marie à S. M. l'Empereur d'Autriche

(') La Chambre avait porté l'effectif de l'armée de quatrevingt mille à cent mille hommes et voté à l'unanimité un budget de la guerre de 32 .millions.

pour mon fils le Duc de Brabant et j'ai vu avec plaisir que cette demande a été accueillie de la manière la plus affectueuse et la plus bienveillante par l'Empereur et toute la famille Impériale.

« Le mariage pourrait avoir lieu, Dieu aidant, vers la fin du mois d'août. Veuillez remercier vos collègues en mon nom; le cabinet connaît l'affection que je lui porte et qu'il a si bien justifiée, et vous personnellement, vous avez dirigé cette importante affaire avec le plus grand zèle et talent, Veuillez croire que je l'apprécie avec les sentiments les plus sincèrement affectueux.

u Léopold. »

M. Liedts, qui s'était activement associé aux efforts de ses collègues pour faire résoudre ce qu'on appelait la "question de l'armée, défendit également avec succès le traité définitif conclu avec la France, le 27 février 1 854 . Selon le témoignage d'un publiciste, il rallia au projet du gouvernement la majorité dans les deux Chambres (').

(') Le ministère, qui avait pour chef M. H. de Brouckere, était, comme on l'a dit, une combinaison de transaction et

Lorsque le ministère se retira volontairement, le 30 mars 1855, M. Liedts reprit les fonctions de gouverneur du Brabant.

Il aurait voulu désormais se consacrer exclusivement aux intérêts de la province, et c'est pourquoi il refusa en 4856 la présidence du conseil d'administration du Crédit communal et industriel. Le Roi lui avait écrit le 4 juin :

« Mon cher Ministre, «Je regrette d'apprendre que vous n'acceptez

de transition. « La négociation commerciale reprise avec la France ne tarda pas à aboutir. Le gage de la réconciliation fui la loi du 20 décembre 1852 sur les offenses commises par les voies de publicité envers les souverains étrangers. Cette loi, qui fut l'objet d'une forte opposition, modifiait, dans un sens restrictif, le régime de la presse, mais sans lui enlever aucune garantie essentielle, sans excéder la limite des nécessités internationales. Si c'était néanmoins une concession aux exigences d'un État étranger, les lois militaires des 8 et 9 juin 1853 eurent une signification toute contraire. Elles portèrent à 100,000 hommes la force de l'armée, à 32 millions le budget de la guerre... » Histoire parlementaire depuis 1850, par E. Banning, dans la Patria belgica, t. II, p. 496.

pas la présidence du conseil d'administration de la Société du crédit communal et industriel, et je viens vous exprimer mon vif désir de vous voir changer de résolution.

« Laprudenceque vous avez l'habitude d'apporter dans vos actes est pour moi, comme pour le pays, un sûr garant de la sagesse qui présidera à la direction de la Société.

« Si, contre toute attente, le cumul de ces fonctions, qui n'ont rien d'incompatible avec celles de gouverneur de province, altère votre santé, rien ne s'opposera à ce que vous vous démettiez de la présidence et conserviez simplement vos fonctions de gouverneur.

« Je saisis celte occasion de vous renouveler l'assurance des sentiments affectueux que je vous porte.

« Léopold. »

M. Liedts, qui ne s'était point rendu à ce désir si honorable pour lui, finit cependant par accepter plusieurs postes honorifiques. II était déjà président du Conseil supérieur d'hygiène publique créé en 1849; il consentit à présider aussi le Conseil supérieur de commerce et d'industrie ainsi que le Comité consultatif institué en I85'8 pour éltici-

LE BAUON LIEDTS.

der les questions de législation et d'administration générale ( T ). De toutes parts on recherchait ses conseils habiles et prudents. Sa sagesse et son expérience faisaient de lui un médiateur P).

(', Les délibérations de ce petit conseil d'État attiraient M. Liedts; il y avait pour collègues deux jurisconsultes éminents, MM. Faideret Tielemans.

(*) A la fin de la séance de la Chambre des Représentants du 8 avril 1859, un conflit avait surgi entre M. Rogier, redevenu ministre de l'Intérieur depuis 1857, et M. Verhaegen, redevenu président de la Chambre. Le ministre ayant demandé la parole, au moment où Ton passait au vote, le président invoquant le règlement la lui avait refusée. Alors M. Rogier opposa au règlement l'article 88 delà Constitution qui permet aux ministres de se présenter au sein des Chambres et décide que la parole doit leur être accordée lorsqu'ils la demandent.

Après un vif débat, auquel prirent part MM. de Theux, Dolez, Devaux, Orts, Vervoort, etc., l'incident fut renvoyé au lendemain.

Le lendemain matin, M. Liedts recevait deux lettres :

« Mon cher Liedts,

.. Je viens demander un conseil à votre amitié et à votre vieille expérience.

« Un incident grave a surgi hier entre le ministère et le président; l' Indépendance du matin en rend compte. — La

LE BARON LTEDTS.

Comme gouverneur du Brabant, M. Lîedts ne s'était pas seulement concilié les plus vives

discussion de cet incident continue aujourd'hui et je suis décidé à y prendre part.

.. Dois-je quitter le fauteuil alors qu'il s'agit de soutenir les droits de la présidence ? Je l'aimerais mieux; je serais plus

à l'aise.

« Mes vice-présidents ayant pris part à la discussion, je devrais prier le doyen d'âge de me remplacer.

« Un mot, S. V. P., et tout à vous.

» VERHAEGEN.

■ 9 avril. »

n Bruxelles, le 9 avril 1859.

«Mon cher Lîedts,

« Les journaux de ce matin vous auront fait connaître l'incident qui s'est produit hier à la fin de la séance de la Chambre. En votre double qualité d'ancien président et d'ancien ministre, vous vous trouvez dans une position parfaitement équilibrée pour vous prononcer dans la question, et il me serait bien agréable de connaître ce matin même de quelle manière vous l'envisagez.

« La portée de l'article 88 de la Constitution me parait, quant à moi, hors de toute contestation.

« .le vous verrai avec plaisir ce matin avant onze heures.

« Votre dévoué,

« Cil. ROGIER. »

Dans la séance du 9 avril, M. Verhaegcn ne descendit

sympathies, il avait su acquérir une influence dont il y a peu d'exemples. Plus d'une manifestation de gratitude vint d'ailleurs récompenser les services de l'éminent administrateur (').

pas du fauteuil pour rappeler assez longuement les précédents de l'incident qui était en discussion. Après les explications du président, la Chambre entendit successivement M. Dumortier, le ministre de l'Intérieur (M. Rogier), le ministre des Finances (M. Frère-Orban) et M. de Theux.

('] La commune de Schaerbeek donna en 1859 le nom de Liedts à sa place principale. Il faut citer l'extrait ciaprès du registre aux délibérations du conseil communal de Schaerbeek (séance du 5 août 1 859) •.

» M. De Greef, prenant la parole pour justifier sa proposition, dit entre autres : « Indépendamment de ces hautes " fonctions, de ces dignités trop élevées pour être analysées « au sein du conseil communal, nous ne devons pas oublier « que M. Liedts administre depuis quatorze ans la province « de Brabant et nous pouvons publiquement reconnaître les « services qu'il a rendus en cette qualité aux communes et « à leurs administrations.

« C'est à ce point de vue qu'un conseil communal peut « exprimer notre gratitude et notre reconnaissance à « l'homme éminent qui dirige les intérêts de la province,

c'est-à-dire les intérêts des nombreuses et belles com- « munes qui la composent.

•< L'administration inaugurée par l'honorable Gouver-

LK BARON LIEDTS.

Homme d'État, ancien ministre, M. Liedts aimait le progrès, il était un actif auxiliaire de la réforme commerciale; il était à la fois économiste et philanthrope; en même temps qu'il cherchait à dégrever les matières premières, à rendre le transit libre.

il organisait avec quelques amis le premier Congrès de bienfaisance. La présidence lui en avait été offerte; mais encore une fois il crut devoir décliner ce témoignage de déférence.

Comme président du Conseil supérieur de commerce et d'industrie, M. Liedts s'efforçait de seconder la haute et patriotique sollicitude de l'héritier du trône. On lira avec un vif intérêt la lettre suivante :

» neur, les réformes utiles, les améliorations, et la simplifi- « cation introduites dans les rouages administratifs, l'ordre « et l'harmonie qui régnent dans tous les services, lui ont • conquis les ardentes sympathies des communes qui >i n'ignorent point que M. Liedts s'est identifié avec leurs >■ besoins, que son grand souci est de satisfaire à leurs inlé- " rets qu'il défend avec un zèle éclairé et une constante •' sollicitude. « ii La proposition est adoptée à l'unanimité. » La commune de Gosselies (Hainaut) a également donné le nom de Liedts à l'une de ses rues.

« Mon cher monsieur Liedts,

« Je vous adresse, ci-joint, un exemplaire de mon dernier discours au Sénat (').

<« Le Conseil supérieur de commerce et d'industrie dont vous êtes le président sera amené à se prononcer sur nos vues.

« J'espère qu'il en conseillera l'adoption au gouvernement et je n'ai guère besoin de dire ici que je compte sur votre patriotique concours pour arriver à ce résultat.

« Je désire : 1° la création de maisons belges à l'étranger; 2° l'érection d'un plus grand nombre de consulats belges rétribués; 3° l'établissement de comptoirs belges d'après le système américain pratiqué dans l'île Formose ; 4° enfin toute la facilité possible pour le port et le commerce d'Anvers.

« Il me semble qae le Conseil, s'il approuve le but de mes efforts, devra indiquer au gouvernement les meilleurs moyens de réaliser ce que je propose.

« Sur ce, Monsieur le gouverneur, et en attendant le plaisir de causer avec vous de ces impor-

(') Sur la Compagnie d'Ostende. (Séance du Sénal du 17 février 1860.)

tantes questions, je vous réitère ici l'assurance de mes sentiments de haute estime et de parfaite considération.

« Votre dévoué,

« LÉOPOLD, DUC DE BrABANT.

« Ce 19 février 1860. Bruxelles ('). »

A son retour d'Espagne, en 1862, Son Altesse Royale écrivait au président du Conseil supérieur de commerce et d'industrie :

« Bruxelles, le 21 mai 1862.

« Mon cher monsieur Liedts,

« Je crois que la Société générale et tous

ceux qui en Belgique s'occupent d'affaires feraient bien de consacrer quelque attention au marché espagnol, bien plus en vue de l'avenir que du présent. Il existe en Espagne de trèsgrandes richesses minérales; mais pour le moment leur exploitation est très-difficile. Les

(') Dix-huit années après (juillet 1878), S. M. Léopold H, s'adressant à la ville de Verviers, disait :

« La prospérité d'une nation comme la nôtre dépend de son esprit d'entreprise ; et cet esprit est un facteur important de son développement industriel et commercial. »

voies de communication, les moyens de transport et les bras manquent.

« J'ai fait pendant mon voyage dans la Péninsule beaucoup de connaissances; vous savez que si je puis, au moyen de mes relations, être utile au pays ou à mes compatriotes, c'est toujours avec plaisir que je ferai tout mon possible pour les aider à marcher en avant et à prospérer de toute façon. »

Nous allions oublier la mémorable négociation à laquelle M. Liedls fut également associé comme plénipotentiaire : le renouvellement du traité de commerce avec la France. L'historien parlementaire, que nous avons déjà cité, s'exprime en ces termes : « Par le traité qu'elle conclut avec l'Angleterre, le 23 janvier 4860, la France répudia le régime restrictif qui pesait depuis si longtemps sur ses destinées industrielles et réforma complètement son tarif de douanes.

Nous avions nous-mêmes à renouveler nos relations commerciales avec nos voisins du midi. Le programme du gouvernement lui était tracé par la situation même. Saisir l'occasion d'un traité à conclure avec la France pour faire subir à notre tarif une révision complète ; parla conclusion d'un pareil acte fatpe-participer le pays aux avantages darîWJès' ftrig^is

-Z. ^Hfe.

LE BARON LIEtlTS,

venaient d'être mis en possession et aux ressources que leur industrie doit trouver sur un marché de 37,500,000 habitants, telle était la marche rationnelle à suivre. La réforme économique était dans les vœux du pays, du ministère et de la Chambre. Notre diplomatie entra en pourparlers avec le gouvernement impérial. Après six mois de longues négociations, fut signé le traité du 1 er mai 1861 ('). »

La première conférence pour les négociations commerciales entre la France et la Belgique eut lieu le 11 décembre 1860, la quarantedeuxième et dernière, le 1 er mai 1861 f). La négociation fut extrêmement laborieuse; elle nécessita des études considérables et un travail

(') Histoire populaire du règne de Ldopokl I", par L. II yiUANS, p. 385.

(*) La conférence se composait .

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