‹ Le baron LiedtsChapitre 3 sur 11 · BELGIQUE · texte numérisé non relu

BELGIQUE

Plénipotentiaires.

MM. Finnin Bogier, ministre plénipotentiaire de S. M. le Roi des Belges ; Charles Liedts, ministre d'État de Belgique.

Commissaires.

MM. le B" n Boyens, conseiller de légation de S. M le Boi des Belges :

Van der Straeten, inspecteur au ministère des Finances de Belgique.

Secrétaire de la Conférence.

M. Charles Gavard, attaché au ministère des affaires étrangères, à Paris.

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traité à l'approbation de la législature, le ministre des affaires étrangères (M. le baron de Vrière) disait : « Nous ne vous présentons pas le nouveau traité comme une œuvre douanière sans imperfections ou comme une transaction fiscale sans charges, mais nous avons la conscience de n'avoir rien épargné pour sauvegarder les intérêts du pays, et nous espérons qu'il nous sera tenu compte des difficultés de notre tâche et de la valeur des résultats obtenus.

Nous partageons les faveurs accordées par la France aux produits britanniques ('). »

Le traité du 1 er mai 1861 inaugurait une politique commerciale en même temps progressive et sage.

Bientôt le roiLéopold I er devait, comme témoignage de haute satisfaction, conférer le titre de baron à l'homme d'État qui avait été associé à la plupart des actes les plus notables de son règne. De son côté, l'empereur Napoléon III envoya à M. Liedts, « comme témoignage d'estime personnelle », deux magnifiques vases de la manufacture de Sèvres.

M. Liedts se trouvait encore à Paris lorsque

(') Voir le remarquable Exposé des motifs déposé à la Chambre des Représentants, le 2 mai 1861, p. 33.

le décès du comte Ferdinand de Meeus laissa vacantes les hautes fonctions de gouverneur de la Société générale pour favoriser l'industrie nationale. La nomination, d'après les statuts en vigueur, appartenait au Roi. M. Liedts fut désigné spontanément par Sa Majesté ellemême comme candidat à la succession de M. de Meeus. Le caractère intègre et droit de M. Liedts, son esprit éclairé, calme et studieux avaient conquis toute la confiance de Léopold 1 er , qui était un des principaux actionnaires de la Société générale. Le cabinet ne fit aucune difficulté de se rendre aux désirs du Roi ; il y trouva l'occasion de reconnaître les éminents services de M. Liedts dans les laborieuses négociations qui venaient de se terminer heureusement par la conclusion du traité du 1 er mai. Un arrêté royal du 4 juin 18GI appela en conséquence M. Liedts aux fonctions de gouverneur de la Société générale (').

Le gouverneur de cette puissante association financière n'est pas omnipotent. Six directeurs

(') Il avait administre pendant seize ans la plus importante province du royaume. Comme témoignage de satisfaction et de gratitude, le Conseil provincial du Brabant lui offrit son buste en marbre, dont l'exécution avait été confiée à G. Geefs.

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LE BA110N LIEDTS.

forment avec lui la direction ; mais le gouverneur a la haute surveillance sur toutes les opérations de la Société; il préside les réunions de la direction, du conseil général et de l'assemblée générale. Sous la présidence de M. Liedts, la Société générale a su accroître encore et son importance et la confiance qu'elle n'a cessé de posséder. Grâce à la franche et complète publicité donnée à ses opérations par les rapports de l'administration, le crédit de la Société resta inébranlable, même dans les années les plus difficiles, comme 1862 et 1863 En 186S,les opérations de banque proprement dites reçoivent une plus grande extension; on institue les comptes de dépôt avec chèques et les dépôts volontaires des titres et valeurs ('); la Société générale participe à des entreprises de construction de chemins de fer et fonde la Société belge de chemins de fer. En 1866, de nouvelles facilités sont données aux actionnaires de la Société générale. En 1867, la Compagnie immobilière, à laquelle Bruxelles doit de si grandes transferts Le développement des dépôts fut rapide et remarquable. D'après le bilan arrêté au 31 décembre 4 877, les comptes courants de dépôts en numéraire s'élevaient à 25,456,385 francs; les dépôts de titres et valeurs à fr. 40,782,978-28.

LE BAKON LIEDTS.

mations, passe sous le patronage de la Société et échappe ainsi à l'éventualité d'une liquidation. L'année suivante, on adopte en principe le système des banques patronnées, système qui est inauguré par la création de la Banque d'Anvers. Pendant la guerre franco-allemande, les statuts de la Société générale sont révisés; un arrêté royal du 3 décembre 4871 approuve les nouveaux statuts et la Société est prorogée dans sa durée pour une nouvelle période de trente ans. Désormais, le gouverneur, les directeurs, etc., sont nommés par l'assemblée générale des actionnaires.

M. Liedts est alors maintenu dans ses fonctions pour un terme de six ans. On constate, à cette époque, que le crédit et la prospérité de la Société générale ont été croissant d'année en année. En 1872, les bénéfices réalisés furent les plus élevés que la Société eût atteints depuis sa fondation. En 1873, sont créées les banques patronnées de Verviers, de Hasselt et de Courlrai; l'année suivante, celles de Namur, de Louvain et de Malines.

La crise industrielle qui sévit en 1875 et 1876 laisse encore intacte la haute position de la Société générale. Quand M. Liedts devint gouverneur, en 1861, la cote des actions

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était de 2,450 francs; elles dépassent aujourd'hui 4,000.

Le mandat de M. Liedts expirait le 31 décembre 1877. Quoiqu'il aspirât au repos, il ne voulut pas quitter son poste pendant la crise industrielle. Il dut cependant faire un grand effort après la perte de la compagne de sa vie ('). Il prit enfin l'irrévocable résolution de renoncer à toutes fonctions, et il la fit connaître à la direction de la Société générale. Le rapport qui fut présenté à l'assemblée des actionnaires s'exprimait en ces termes : « M. le

(') M mc Rose de Haen qu'il avait épousée à Anvers, le 8 mai 1838.

S. M. le Roi Léopold II adressa à M. Liedts la leltre suivante :

« Mon cher Baron,

« Je viensd'apprendre la grande perte que vous avez faite. La Reine et moi nous prenons Lien part à votre affliction. Vous savez depuis des années quelle est la sincérité de mes sentiments pour vous et vous ne doutez pas de notre vive sympathie dans cette cruelle circonstance. Je prie Dieu qu'il vous accorde la force et le courage dont vous avez besoin pour supporter une si douloureuse épreuve. Croyez-moi toujours, cher Ministre, votre très-affectionné, dévoué et affligé

<> Léopold. »

baron Liedts, qui consacrait depuis seize ans tous ses soins, tout son dévouement à la gestion de vos intérêls,avait, par sa lettre du 9 octobre dernier, informé la direction que l'état de sa santé ne lui permettait pas d'accepter le renouvellement de son mandat. L'assemblée a exprimé à M. Liedts les regrets que lui faisait éprouver sa retraite et lui a donné, par un vote unanime, un témoignage de gratitude pour les services qu'il a rendus à la Société générale dans l'exercice de ses importantes fonctions ('). »

Amateur passionné de la botanique, M. Liedts voulait finir ses jours à la campagne, non loin d'Audenarde, sa ville natale.

Mais à peine avait-il renoncé à la vie active qu'il tomba malade, et le mal fit des progrès rapides. Le 21 mars 1878, le baron Liedts, entouré de ses enfants, mourait à Bruxelles.

11 était ministre d'Etat, décoré de la Croix de fer, grand cordon de l'ordre de Léopold, chevalier de première classe de l'ordre de l'Aigle rouge de Prusse, grand-croix de l'ordre du Lion

(') Jusqu'en 1874 M. Liedts était resté membre et président du Comité delégislation. L'année précédente, le ministre de l'Intérieur (M. Delcour) l'avait prié, au nom du gouvernement, de ne pas renoncer à ces fonctions et de conserver aussi la présidence du Conseil supérieur d'hygiène.

néerlandais, grand cordon de la Couronne de fer d'Autriche, grand officier de la Légion d'honneur, etc. Il avait rempli les plus hautes fonctions de l'État et s'était signalé par des services éminents. Toutefois il ne voulut pas laisser rappeler ce qui devait lui valoir un légitime hommage de la part de ceux qui avaient pu apprécier sa ferme intelligence et son patriotique dévouement; selon le vœu qu'il avait exprimé, aucun discours ne fut prononcé sur sa tombe.

Tant de modestie est rare. Mais pourquoi laisserions-nous perdre le souvenir des services rendus au pays? Ces services sont en réalité le patrimoine de la généralwjrfttri a succédé a celle de 1830. „" « "-\

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