‹ Le barreau canadien au Conseil privé [microforme]Chapitre 4 sur 4 · FN TE · texte numérisé non relu

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J'ai cité à dessein la curieuse lettre transcrite plus haut ; elle semble indiquer le véritable point de départ dans nos relations avec le Barreau anglais. Kn effet a compter de cette époque les recueils de jurisprudence et des décisions judiciaires publiés tant à l'étranger qu'au pays ‘ournissent des renseignements plus précis. Divers appels dans des causes importantes telles que celles de Durocher, Beaubien et Guy, de Rogerson, Reed, Cuvillier et Aylwin datent même des années 1828, 1830 et 1832; mais ils paraissent avoir été plaidés par des avocats de Londres. À partir de 1560, l'intervention de notre Barreau dans les affaires du Conseil Privé se dessine et s’accentue de plus en plus.

En 1862 M. Loranger, C. R. plaide dans la cause de Trigge et Lavallée ; la même année, R. McKay, Ecr. avocat, va soutenir les droits de son client dans la cause de Grant et Ætna Insurance Company. En 1864 dans le procès retentissant de Brown et Gugy, Gugy plaide sa propre cause et la gagne. En 1867 M. C. G. Holt, avocat et Conseil de la Reine, à Québec, défend les intérêts de la Banque du Haut Canada contre un nommé Bradshaw. Puis nous voyons la liste se grossir d'année en année, En 1869 ce sont MM. H. W. Austin et W. H. Kerr dans l’affaires Ryland et Delisle ; en 1873 M. R. Roy in re Leclerc et Beaudry, et l'Hon. À. À. Dorion et E, Barnard in re Herse et Dufaux ; plus tard encore, MM. Ritchie et B. Devlin in re Coote et Regina. .

Inutile de poursuivre cette énumération en détail dont les intéressés penvent se rendre compte en compulsant les rapports des décisions des tribunaux, Laissant de coté la statistique, je constate que plus nous approchons de l’époque contemporaine, plus nous sortons de l'obscurité qui enveloppe l'hissoire du Barreau canadien. Presque tous les vétérans de la profession, qui ont joué un rôle important au var eau Où dans les évènements publics avant laconfédération, ont tour à tour traversé le; mers, soit pour allier surveiller, soit pour plaider eux-mêmes les causes de leurs clients devant l’auguste tribunal du comité judiciaire de Sa Majesté. Ces hommes éminents ont jeté là la note de leur savoir, de

jeur érudition et de leurs talents. Ils y ont commencé à préparer l'opinion sinon désintéressée, du moins sympathique du peuple anglais instruit sur nos institutions judiciäires,

Nous sortions alors d’une époque tourmentée ; les événements de 1837 avaient semé en Angleterre des préjugés violents contre nous. Les procès retentissants de nos cours de justice contre les prisonniers politiques, les recours en grâce adressés au souverain: tout contribuait à donner un aliment aux passions politiques du temps.

La présence des principales illustrations du Barreau canadien à Londres dans ces temps difficiles, leur contact avec les membres les plus influents des classes libérales d’Angleterre depuis cette période, ont plus fait pour resserrer les liens brisés du passé que tous les appels à la paix et à la conciliation et plus que toutes les instructions plus ou moins bienveillantes données de temps à autre par le buretu colonial à nos gouverneurs.

Voilà l'œuvre accomplie par ces ainés, ces doyens de l’ordre des avocats.

Enfin, à mesure que nous déroulons les feuillets de la chronique, nos yeux rencontrent des noms connus de la génération actuelle. Presque toutes les sommités du banc et de notre magistrature, ont figuré au parquet de la salle d’audiences de Whitehall ou de Windsor. Tous ces continuateurs des belles traditions du Barreau ont suivi la route tracée par leurs illustres devanciers : ils ont apporté là-bas un rayon de plus à l'édifice de gloire et d'honneur de notre profession.

Par leurs travaux, ils ont ajouté quelques pierres au monument impérissable qui s'élève sur les larges assises d’une institution qui représente l’idéal de la justice et de ’autorité souveraine.

Si de ces sommets nous descendons dans nos rangs, nous leur trou ons de dignes émules dans les habitués du prétoire. La chaîne serait longue à énumérer des noms qui, dans ces ‘dernières années, ont été inscrits sur le calendrier judiciaire du comité de Sa Majesté. Pour ne citer au hasard que

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les plus importants, ceux de messieurs Kerr, Doutre, Laflamme, des Honorables messieurs Blake, Mowat, Abbott, Langelier, de messieurs Girouard, F. X. Archambault, Pagnuelo, Joseph Duhamel, Geoffrion, occupent une place importante dans cette brillante galerie d'avocats.

Mais les figures qui se présentent le plus fréquemment dans nos souvenirs sont celles de Messivurs Ba: ard et Rouer Roy. Ce dernier est aujourd’hui le Bâtonnier de l’ordre des

‘avocats de notre district; l’autre est un des doyens de la

profession. Tous deux sont de savants conseils de la Reine ; ils peuvent être considérés à Bon droit dans la chronique du Palais comme les deux frères jumeaux de notre docte corps, tant ils se sont identifiés dans l’histoire des grandes luttes municipales de notre ville avec les contribuables. L'Honorable Alexandre Lacoste, Sénateur et ancien Ba-

‘tonnier, est aussi une personnalité bien connue, Monsieur

Lacoste ne compte plus ses voyages en Angleterre. C’est

de tous les avocats qui pratiquent au Barreau de notre Pro- ‘vince celui qui plaide le plus grand nombre de causes célè-

bres au Conseil Privé. Il s’est acquis là-bas comme ici une réputation des plus enviables.

Combien d’autres parmi les plus jeunes ont commencé à marquer les premières étapes de leur carrière avec des succès aussi légitimes que ceux de leurs ainés. Déjà mes amis Doherty, McMaster, Lareau, Pnilippe Roy, Joseph, Branchaud, etc. ont fait insinuer leurs titres et leurs parchemins au livre d’or du Conseil'Privé ; ils ont parcouru avec moi les mêmes redoutables sentiers ; ils ont franchi les venues mystérieuses qui conduisent jusqu'au pied du trône de l’arbitre suprême des nos destinées-légales. Ces jeunes confrères ont toute l’âpreté des travailleurs obstinés ; je ne suis pas étonné, étant un des leurs, qu'ils songent à se tailler uno solide réputation dans le champ vaste et ardu de la renommée,

C'est là une légitime ambition ; le succès viendra avec la peine, Plus j'avance dans la carrière, ressentant moi-même les satisfactions du devoir et les responsabilités de la tâche,

plus j'attache d'importance 4 constater les louables efforts de mes confrères. Je ne sache pas d'œuvre aussi utile que celle d'écrire à loisir sur le grand livre de la profession une simple page rappelant quelque souvenir: mémorable ou une action puissante pour l'honneur du Barreau et de nos institutions judiciaires. Or le couronnement de cette œuvre, n'est-ce pas l’ensemble des luttes accomplies et des triomphes obte. nus au Conseil Privé par la nombreuse pléiade que je viens de nommer et de la phalange qui se prépare à recueillir ce noble héritage ? |

Voilà un dossier fort inconfplet. Si ma plume s’en détache à regret, du moins cette modeste ébauche ne sera pas faite en pure perte. Un jour peut-être, il surgira du sein des classes libérales un homme qui, à l'instar d'un Cormenin ou d'un Sainte-Beuve, recueillant tous deux des lauriers différents dans d’autres carrières, réunira les fragments épars de la statistique judiciaire et suspendra des tableaux plus sérieux, des toiles plus vivantes, dans la galerie des hommes

distingués de notre profession. Ce jour-là, je l'espère, le livre aux allures plus puissantes remplacera la chronique et le croquis sans couleur,

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