‹ Le barreau moderne français et étrangerChapitre 58 sur 75 · LE BARREAU ÉTRANGER · texte numérisé non relu

LE BARREAU ÉTRANGER

souvent anéanti le barreau dans un si grand nombre de contrées.

A l'origine, on vit se former auprès de la cour des Plaids communs, aux environs de Westminster, des collèges de légistes, lesquels prirent le nom, qu'ils possèdent encore aujourd'hui, de Inns of court, hôtels des cours. Us ne voulurent accepter ni charte d'incorporation, ni octroi de privilèges, comme les corps ou compagnies de métiers qui s'établirent à la même époque. Ils se réglementèrent eux-mêmes, se déclarèrent indépendants, mais soumis aux lois du pays et à la juridiction disciplinaire d'un tribunal de famille composé de juges de droit commun. Quatre collèges de cette espèce, indépendants l'un de l'autre, mais ayant au fond le même caractère et le même but, Lincoln's Inn, le Temple moyen, le Temple intérieur et Gray's Inn, devinrent le berceau du barreau en Angleterre, et, chose remarquable, ils subsistent dans leur constitution primitive. Ces quatre coinpagnies juridiques ont suppléé aux écoles de droit, qui manquent à vrai dire dans ce pays, bien qu'elles ne soient pas, à proprement parler, des écoles. Ce sont des sociétés d'avocats, dans lesquelles, avant de jouir des prérogatives de l'ordre, on doit suivre un stage plus ou moins prolongé. De là l'obligation d'assister un certain nombre de fois, par année judiciaire, aux.dtiiers dans le réfectoire commun. On constatait la pré-

sence des étudiants en leur faisant signer une feuille déposée au réfectoire avant le benedicite. Ainsi naquît l'habitude, pour les lecteurs delà compagnie (Readers), de choisir le local du réfectoire et l'heure* pirécédant le dîner pour leur enseignement. La nappe oalevëe, les convives causaient ; le sujet de ces conversations devait être le droit. En 1863, les quatre compagnies ont rédigé d'accord un règlement commua» Cionq chaires ont été établies, Fune de droit constîtutkïmiel et d'histoire, une autre de jurisprudence et d'équité ; une troisième de droit civil romain et de droit international ; une quatrième de théorie de k propriëtéj el des droits réels ; la dernière enfiu, de droiè commun d'Angleterre. Deux membres du conseil de chaque collège élus pour deux ans forment \e councd of légal éducation, qui dirige et surveille les études. Depuis cette réforme, lorsque l'étudiant a assisté au réfectoire pendant trois années judiciaires,, il peut sa préâeûter, pour être appelé comme avocat, à la barre, ecdled ta thebar. Il doit être muni de certificats des deux professeurs ou avoir passé utn examen public. Sur la présentation d'^ùn ancien, les nom et qualités du postulant sont affichés dans la grande salle de chaque hôtel. Pendant la quinzaine cpi sépare l'affîehe de rappel à la barre, tout membre de la compagnie, peut soumettre aux anciens les Faisons pour lesqueUes^ il cmït devoir s'opposer à.k.réeq)ti)dn dueâiutidai. Si

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aQeime obj^on ne s^élève, l'appel a lieu ; l'admis^ sion est prononcée par le conseil de chaque collège, et le récipiendaire peut désormais exercer devant les cours supérieures à Westminster, et tous les tribunanx de T Angleterre.

Après quatorze ou quinze ans d'inscription au tableau, si l'avocat est parvenu à quelque célébrité, il se voit élevé à la dignité de maître du banc de sa compagnie (Benchery mast&r of the Bench). Le banc d*un hôtel des cours, hm of court, ou collège, est son conseil de discipline. Le nombre des membres est illimité, il varie de vingt à cinquante. Ce conseil se recrute lui-même souverainement par la voie de l'élection. Aucune fonction judiciaire n'y donne accès de plein droit. Cependant il est d'usage d'y admettre les avocats conseillers de la reine, Tattomey général, le solliciter général et les recorders ou juges municipaux. Les maîtres du banc se réunissent périodiquement en séances appelées parlements ou pensions, dans lesquelles ils discutent toutes les questions relatives au bon ordre de la compagnie et aux intérêts de la profession. Ils représentent la compagnie dans ]e& cérémonies et dans ses rapports avec l'administration, la justice et la couronne ; conseil de dfeoipline, ils accordent ou refusent sans appel rentrée de leur compagnie, sévissent contre les coupables par la réluîmande privée ou publique, la siispansioi> «t la

radiation. Dans ce dernier cas seulement^ leur déci~ sion est sujette à l'appel, qui peut être porté par voie de requête devant les juges d'Angleterre réunis en tribunal de famille.

Telle est Torganisation du barreau anglais (1). Cette organisation n'est point l'œuvre du législateur ; elle est celle du barreau lui-même, qui s'est soustrait avec une admirable fermeté à la main du pouvoir, et a mieux aimé, par exemple, n'être point élevé à l'état de personne morale apte à posséder des biens, des immeubles, que de tenir cette qualité, comme les corporations, de la faveur de la loi ou du gouvernement. U a ainsi sauvegardé son indépendance au grand profit de la liberté individuelle, ou, selon l'expression d'Augustin Thierry « de la défense perpétuelle de l'individualité du citoyen contre les agressions injustes de la force privée ou publique. »

Et comme, en ce pays, les antiques usages, dans ce

(1) Voyc* Le barreau d'Angleterre, 1868, par Helbronner, ainsi que rétude de M. Alphonse Esquiros sur le barreau et les cours de justice en Angleterre, dans la Revue des Deux-Mondeê du i" février 1868.

En i872, le conseil supérieur des Inns a publié un règlement qui contient Torganisation du barreau et qu'il oppose aux régie-» mentations législatives dont Tordre des avocats a été plusieurs fois menacé. — Voyez l'étude de M. Gustave Sallantin sur les conditions d'admission au barreau, et Tinstitution des Inns of court, dans le BnUêiin de la soeUtè de législation comparée de 1878, t. 7, p. 195.

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qu'ils ont d'inoffensif, se mêlent à toute chose, l'avocat anglais porte à l'audience une perruque de crin blanc poudrée à la Louis XY. Ce fut CharlesII, paraîtil, qui emprunta cette coiffure à Versailles, et bientôt la ville imita la cour ; le barreau en fit autant. « Quand la mode capricieuse eut proscrit les perruques, dit M. Helbronner, personne au palais n'osa les quitter, il y avait prescription, »

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