Le Bas-Canada entre le moyen-âge et l'âge moderne [microforme]
Conférence donnée à la Salle Victoria, sous le patronage de l’Institut-Canadien de Québec, et au bénéfice de la Saint- Vincent de Paul, le 10 mars 1880, par M. l'abbé APOLLINAIRE GINGRAS, membre du Cercle Catholique de Québec.
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,
Nous avons déjà, l’hiver dernier, décliné l’honneur de risquer une conférence dans les salles de l’Institut-Ganadien de Québec. Pour quelles raisons ? Soyons franc, et confessons tout de suite que nous n’espérions pas pouvoir intéresser suffisamment l'auditoire que nous aurions eu à entretenir. L’Insti. tut-Oanadien a commis l’imprudence de nous inviter de nouveau cet hiver ; c'était évidemment nous faire trop d'honneur, et nous nous hâtons d’en témoigner à l’Institut notre meilleure gratitude. Cette fois, on nous demandait une conférence au
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Profit des Pauvres ; Messieurs, quand On est abordé qu nom des pauvres, il faut s’exécuter, coûte que coûte, —n’eût-on qu’un ve
Donc, nous sollicitons forcément, vilége de guifiant, et nou
Avant d'entrer en matière, laissez-nous, messieurs, s’il vous plait, vous avouer une chose qui Pourrait bien vous faire peur : nous Vous arrivons
de deux endroits très noirs : nous VOUS arrivons de la grande forêt de l'honorable M. J plus noire encore du moyen-âge |
auditoire jar un exorde insinuant.
Le Bas-Canada entre le moyen-âge et l’âge moderne : voilà notre sujet.
Une seule chose, mais un il nous semble avoir à vous parler d’un sujet digne
de fixer l'attention d’un auditoire sérieux comme l’est assurément l’auditoire d’élite Qui nous honore
Hyena peut-être uTS, avec qui nous tre de suite en com préciations, Mais nous OUS adressant l'invitation VOUS, on nous a laissé le » très-sincère - dans nos
e chose nous encourage :
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humbles manières de voir. (Applaudissements.) Du reste, malgré notre costume sacerdotal, nous n’avons pas la prétention de poser ici précisément comme un représentant du clergé ; nous ne prétendons, bien sûr, avoir d'autre autorité que celle d’un causeur amical qui suit de loin, du regard, comme tout autre, la marche de la civilisation, et qui rend compte, tant bien que mal, de ses impressions.
Tous, messieurs, nous avons lu un peu l’histoire, et, à ce premier coup d'œil d'ensemble, un phénomène nous a frappés : nous avons vu les sociétés du moyen-âge, graviter lentement autour de la papauté
comme des planètes à l’état de formation ; il y avait .
progrès vers un idéal dont elles se rapprochaient évidemment.
Aujourd’hui, l'aspect du monde a changé : les sociétés, comme des astres lancés en dehors de leur orbite, semblent courir à d’inévitables abîmes.
Il nous est impossible de nier un semblable phénomène, comme il nous est impossible de rester indifférents devant ce spectacle de l’histoire.
Le Canada catholique, soustrait plus que tout autre pays, à l'influence des idées modernes, nous semble tenir une espèce de milieu entre l’âge moderne et le moyen-âge.
Eh bien, dans cette situation, solennellement
délicate quand il s’agit d’un pays, qui de nous, mes-
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sieurs, ne s'est pas demandé vingt fois dans sa vie quel sera l'avenir du Canada ? L'avenir de sa patrie ! —vous le savez mieux que moi,—c’est le rêve des grandes âmes, c’est l’ardente préoccupation des cœurs élevés ! Ce râve a donc été le vôtre, messieurs, et en venant ce soir nous demander devant vous quelles sont les causes qui ont jeté à côté de leur chemin les sociétés modernes, nous croyons, sinon répondre pleinement à votre anxiété patriotique, du moins aller au-devant de l’une de vos plus graves préoccupations.
Ces causes nous semhlent se résumer toutes dans une différence essentielle qui sépare le moyen-âge de l’âge moderne.
Au moyen-âge, il y avait union intime entre l'Eglise et l'Etat. On gouvernait, on légiférait avec un droit chrétien sur lequel veillait l'interprétation infaillible du St Siége.
Ce droit chrétien-catholique, que l'Eglise imprégnait de son souffle, protégeait à son tour l'Eglise. Les gouvernements étaient forts, parce qu’ils s’appuyaient sur Dieu, et sur l’Eglise de Dieu. (Applaudissements.)
Depuis 1789, on a fait éclater, entre l’Eglise et l'Etat, un divorce contre nature, plus funeste encore à l'Etat qu’à l'Eglise qui n° peut périr. Les gouvernements se sont lassés du joug de l’Eglise, et les peuples, conséquence facile à prévoir, se sont lassés du joug des gouvernements.
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Les gouvernements ont cessé de protéger l'Eglise : voilà, messieurs, la grande cause qui a jeté les nations à côté de leur chemin ! Ça été, de la part des gouvernements chrétiens, une lâcheté solennelle, punie par de solennels châtiments. |
Nous vous le demandons, messieurs: les vérités suivantes, comme de vieilles monnaies couvertes de rouille, ne se sont-elles pas obscurcies dans les meilleures intelligencos ? La société civile doit poursuivre deux buts : la société civile, sans doute, doit
. travailler au bonheur temporel des peuples ; mais
la société civile doit surtout travailler à faire fleurir le Royaume de Dieu au milieu des peuples. (Applaudissements.)
Aux sociétés civiles aussi comme sociétés, s’adresse ce mot de l'Evangile : «Cherchez avant tout le Royaume de Dieu, et le reste—l’ordre, la paix, la prospérité—vous sera donné comme par surcroît. » C'est encore dans ce sens que la tradition catho. lique a interprété cet autre mot de la Bible : « Les rois seront les protecteurs de la religion véritable, les reines seront les nourrices de la véritable Eglise. » (Isaïe, 69). Les rois et les reines—c’est-à-dire les gouvernements—ne peuvent donc pas se croiser les bras, et laisser la véritable religion se débattre comme elle le pourra au milieu de toutes les religions fausses.
En d’autres termes :—soumis à l'Eglise dans les matières religieuses et dans les matières mixtes, l’état doit être le bras droit de l'Eglise. (Applaudis-
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‘serménts.} Il doit [ui étrê uni et l'aider. S'itirefu:e de
l'aider, il est traître ; s’il sten‘sépare; il languit lui
‘même, meurt, et tombe en:pourriture., L’ Encyclique,
“Quantd Curd de 1864 dit ceci : « La puissance royale
Ex:
n'a pas été donnée uniquement pour le gouverne-
“ment :du monde, mais surlout pour le soutien de
- l'Eglise. »
L’union de l’Eglise et de l'Etat est uns vérité
révélée que tout catholique doit croire. « Jésus-Christ : «a fait des nations chrétiennes comme l'aristocratie
“spirituelie du genre humain : ou elles seront chré- «tiennes comme nations, ou elles périroat,—Gens “enim el reynum, quod non servierit tibi, peribit. » « (Isaïe.) Et partout où elles vivent aujourd’hui, tant « bien que mal, elles le doivent, sans le savoir, à ce « qui reste du catholicisme dans leur sein. »
Voyez l'Angleterre, parexemple, l’Angleterre;nous
le disons avec plaisir sous les voûtes de ‘cette Salle ‘Victoria qui nous rappelle le nom respecté de notre
Très Gracieuse Souveraine, (applaudissemenis) l’Angleterre, dont nous sommes fiers d’être les sujets sans cesser d’être les fs de la France, {applaud. prolongés) eh bien! pourquoi l'Angleterre trace-t-
elle, à travers les autres peuples du globe, un si
glorieux silion ? A quoi le doit-elle avant tout? Ah! messieurs, c’est que l’Angieterre a été catholique autrefois ! C’est que l’ Angleterre a encore dans ses veines un sang qu’elle ignore, mais qui lui.conserve un reste de vigueur, le sang des doctrines sociales du christianisme ! C’est qu’il y a; dans les
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os de ses institutions, une moël{ qu’elle ignore mais qui fait sa force, la motl@des doctrines catholiques ! Voilà ce qui, plusencore queses merveilleux instincts anti-radicaux, explique chez elle ce: séculaire respect de l’ordre et de la loi, cette horreur innée: de Ja nouveauté et des révolutions, (Applaudissements.)
Oui, nous le répétons avec conviction : «partout où ‘es nations vivent encore un peu aujourd’hui, elles le doivent, sans le savoir, à ce peu de catholicisme qui reste dans leur sein ! Etsi ce peu de catholicisme Œui les soutient encore venait à disparaître, comme le disait si bien un écrivain de nos jours, ces mêmes nations disparaîtraient elles-mêmes plus inévitable ment que les grandes monarchies de l'Orient. Pour-
. quoi ? parce que les exigences de fiérié que le catho-
lisisme a développées dans les masses depuis quelles
4pauvres ont été évangélisés, survivent à l'extinction de la foi et transportent à l'anarchie les forces que
labrutissement païen laissait autrefois à l'autorité!»
En un mot, messieurs, Jésus-Christ doit régner sur les sociétés comme sur les individus. ! Il nya pas que les hommes qui lui aient été donnés en héritage, mais les nations, les sociétés et les gouvernements. : |
Les nations modernes ont rejeté la royauts sociale
du Christ, et c’est là, en germe, la cause radicale de
leurs aberrations d'aujourd'hui. | Le contraire avait lieu au moyen-âge.
Pour mettre en relief cette vérité, nouscomparons
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la société au moyen-âge et la société moderne à deux édifices. La société. au moyen-âge nous apparaît couverte de mousse et de poussière, mais solide. La société moderne nous apparaît couverte d’un brillant vernis, mais elle chancelle à tous les vents.
Maintenant, quelle est la cause de ce double phénomène ? Enlevons la mousse et le vernis, interrogeons la charpente des deux édifices ; c’est là, dans la charpente évidemment, que réside tout entier le secret. ic 14
Nous commençons par examiner l'édifice inoderne.
Tout l'édifice moderne repose sur les principes de 89, la déclaration des droits de l’homme. De ces principes de 89, sont sorties les libertés modernes : la liberté de la presse, la liberté de la tribune, la liberté d'association, la liberté d'opinion, la liberté de conscience, la liberté des cultes;—-etautreserreurs, comme le principe de non-intervention, le suffrage universel, l’égalité- civile, la souveraineté absolue du peuple, la séparation de l’ Eglise et de l'Etat sous l’aphorisme condamné, « l'Eglise libre dans ÎEtat libre. » Voilà.à peu près toute la base de l'édifice moderne. Allons nous dire que chacune &@e ces erreurs est comme une pierre de ces fragiles fondations ? Non, nous dirons plutôt que chacune de ces erreurs est comme un baril de poudre toujours prêt à faire sauter l'édifice. (Applaudissements.)
Nous nous demandons s1 une construction appuyée sur de pareiliés bases peut être sûre et solide.
Las
rne à | Nous sommes catholiques. et nous pouvons faire de \ppa- | suite le raisonnement suivant : si Roms désapprouve slide: 1 “un: genre de construction sociale appuyé sur de d'un pareilles bases, l'édifice moderne ne peut pas être rents. “+ solide ni sûr. Il s’agit donc de voir ce que Rome en ph “E pense. | arro— Pour abréger, nous ne ferons que signaler, avec dans ‘toute l’honnèteté possible, la condamnation authener le tique de chacune de ces erreurs. Ainsi, nous ne . discuterons pas les libertés modernes au point de vue ns philosophique, rationnel ; nous avons pour cela deux
raisons. D’abord, la discussion à ce point de vue,
pes de : «| malgré sa nature extracrdinairement intéressante, 54" ” nous entraînerait trop loin, etle cadre d’une simple a conférence éclaterait nécessairement sous d'aussi nel longs développements ; ensuite, queile pauvre autorité berté nous aurions devant un semblable auditoire si, au ins lieu de nous contenter d'éclairer notre sujet des seules Prige lumières de l’infaillible doctrine romaine, nous nous due ï hasardions à nous apnuyer sur des arguments que see a. l’on serait peut-être t&.ité de prendre pour de simples > Etat manières de voir à nous personnelles ! Voici donc, difice plutôt, le sentiment de Rome.
bn En 1789, la Déclaration des droits de l'homme est + S placée en tête de la Constitution Française ; six mois 008 après, Pie VI la condamne dans son allocution consisy prêt toriale de 1790. En 1791, Pie VI la condamne encore
dans une lettre adressée aux habitants d'Avignon. Te En 1830, une nouvelle révolntion remet en honneur li #4 les principes de 89 ; aussitôt Grégoire XVI: lance
ed 19
‘son Encyclique Wirari vos qui fulmine de nouveau les principes de 89, que l’on veut remettre à la mode. Vers 1860, l'abbé Godard, professeur @é
grand séminaire, l’une des bonnes plumes d’une
école trop célèbre, veut prouver que les Papes n’ont jamais eu l’intention de condamner les principes de 89 ; ilécrit un livre, où il essaie de concilier les fameux principes avec l’esprit de l'Evangile: le livre du bon théologien est mis à l’index. Voilà, messieurs, et nous en passons peut-être des meilleures, quelques-unes des condamnations qui nous
disent ce que tout catholique sérieux doit penser de
la « Déclaration des droits de l’homme,» et des principes de 89. Passons maintenant aux libert$s modernes, et autres erreurs issues de la Déclaration et des fameux principes.
Liberté de la Presse: Pie VI l’a condamnée dans une lettre à l’Evêque de Troyes, liberté d’opinion, liberté de conscience, ces deux erreurs ont été condamnées en 1791 par Pie VI dans une lettre au Cardinal de LaRochefoucauld, et, en 1864, par Pie IX dans le Syllabus.
Liberté des cultes, condamnée par le Sylabus
encore. D’après le Sylabus «à notre époque, il est encore utile que la Religion catholique soit consi- -dérée comme l'unique religion de l'Etat, à l’exclu-
sion de tous les autres cultes. »
‘Le suffrage universel, comme partie intégrante de :
la déclaration des droits de l’homme, a été con-
» damné en même temps que la Déclaration. :Le suf-
de
nouveau frage universel:a été condamné aussi par le Syllabus::: tre à la qui déclare que « tous les citoyens n’ont:pas le droit: seur dé dæ concourir directement ou par leurs représentants: ss d’une à la formation dela loi » es n’ont
Egalité civile. Le Sylabus condamne comme une CI] erreur sociale, l'opinion de ceux qui prétendent que cilier les | tous les ;citoyens.sont: aptes à toutes les: dignités;.
icipes de
gile: le | places, emplois publics.
Voilà, | * À in : ML. | Avec cette libéralité de principes, messieurs, on ui nous | arrive à des choses drôles comme celle ci. « Cher M: enser de | 1e M'nistre, il m’est impossible d'accepter, pour le
2 : mm? au ic P cpu La et des J, moment, l'emploi que vous m’offrez ; je viens'd’être
libert$s codamné à cinq ans de pénitencier. Je dois donc: patin ajourner à cinq ans le plaisir d'accepter la charge : de confiance dont la -patrie veut bien m’ honorer» ée dans (re opinion, Le principe de non—intervention a &t6 condamné té con- par Pie IX dans son allocution Novos et antè de 1860. au Car- | Pas de religion dans la politique, autre erreur Pie IX x condamnée par le Syllabus. Messieurs, quelle que soit l'hypothèse à laquelle desnécessités locales puissent Syllabus nous réduire dans la, pratique, la thèse: est: là; il . le, ilest n’est pas permis de l'oublier. La doctrine catholique : tconsi: | dhseigne que Jésus-Christ. est. venu: restaurer: l’'exclu- | l’homme, la famille, la cité, la nation. { Instaurare omnia in Chnisto:» Il ne dépend. plus :de nous: de ante de bannir :; religion des. gouvernements pour la: té con- : confinerdans la famille, ouentreles quatremurailles..
Le suf- d’une église. ; Pie IX a déclaré ‘formellement::que:.
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les lois de l’ordre civil doivént dériver—declinare— des maximes de l'Evangile. Il a ajouté que les législatures nationales devaient prendre l'Evangile: dans le sens expliqué par l’église catholique. (Applaudissements.)
Or, quand il s’agira de décider si telle ou telle loi civile ne blesse pas la morale évangélique, si tel ou tel bill n’est pas un empiètement sur les droits sacrés de l’Eglise, qui pourra interpréter le sens de l’Evangile, les hommes d'Etat, ou les hommes qui représentent l’Eglise? De là, en principe du moins, : l'intervention obligée, sinon toujours agréable, du clergé dans la politique générale des nations. Par clergé, nous n’entendons pas précisément chaque prêtre en particulier, mais l’épiscopat, laissant à la discrétion humano-divine de ce dernier de décider quand et comment le clergé devra intervenir.
Nous avons fini, messieurs, de rappeler à votre mémoire les principales erreurs sur lesquelles repose tout l’échafaudage des sociétés modernes.
Nous voulons rester fidèle à notre promesse, et nous abstenir de discuter ces erreurs au point de vue rationnel. Pour plusieurs de ces erreurs, de prime abord, on peut être surpris. Il n’y a rien en cela! d'étonnant ; nous respirons forcément l’air de notre siècle, et nous en sommes tous plus ou moins imprégnés. Le moyen d’habiter une pharmacie sans que son habit exhale un peu cette odeur particulière aux pharmacies ? La grande pharmacie, où ily a plus
clinare—
que les Evangile:
holique.
telle loi si tel ou ts sacrés ’'Evani repré- Moins, able, du is. Par chaque nt à la décider
à votre repose
se, et oint de e prime n cela' e notre impréns que ère aux à plus
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de poisons que de remèdes véritables, c'est l'âge
moderne.
‘’ Enjetant un simple coup d’œil sur deux ou trois
des plus séduisantes, nous espérons faire voir que toutes ces fausses doctrines condamnées par Rome n’ont pas autant de bons. sens qu’on serait parfois tenté de leur en prêter au premier abord.
Suffrage universel, utopie, messieurs, et nous pourrions dire, criante injustice envers ceux qui n’ont pas intérêt à ce que la société soit à tout moment bouleversée par la Révolution. Non, chaque citoyen, naturellement, n’a pas un égal droit au :8ouvernement de la chose publique.
Avec le suffrage universel, on arrive à la démoeratie absolue, c’est-à-dire au despotisme de la foule, le pire detous, parce qu’il est sans limites, et surtout, sans responsabilité réelle, même vis-à-vis de l’opinion. Si l’on veut que la nation, comme source secondaire du pouvoir après Dieu, participe au gouvernement, que l’on prenne du moirs la nation comme l'Eglise l’a prise au moyen-âge, et comme la nature l’a crée tous les jours, organisée par farnilles, . par supériorités sociales, par traditions religieuses ; le vote, alors, ne sera plus un simple pointage stupi-
. uement numérique, comme il tend à le devenir au- :
jourd’hui.
Egalité devant la Loi, —autre erreur sociale. A part les immuuités ecclésiastiques voulues par Dieu, il y a des priviléges de noblesse et d’aristocratie qui
résultent de la grande loi de la solidariié. L” Angleterre le comprend bien, et l’ Angleterre serait:bien:: effra yée, si le souffle révolutionnaire faisait crouler , soudainement comme un chateau de cartes la partie aristocratique de ses institutions.
Prenons enfin la liberté d'opinion, manifestée par :: la presse et la.-trihune.
Qui: ne:s’aperçoit aujourd’hui, après: un: siècle d’essai seulement, que toutes ces libertés aboutissent: fatalement, non pas au progrès de la lumière," mais: à l'anarchie des idées, finalement à la révolution? Et cependant, de fait, la société moderné:n’a pas: encore, un seul jour, osé mettre franchemenis ent. pratique. ces; libertés qui lui semblent si belles. Nous défions n'importe quel gouvernement ; d’açr. corder la liberté de la, presse sans limites. Non-. seulement cela, nous restreignons notre défi, et nous disons aux gouvernements modernes : nous promet: tons de ne prêcher aucune. opinion nouvelle, nous ne vous demandons pas d’autre liberté que celle-ci : dans ces,.bibliothèques-superbes, que vous regardez vous-mêmes comme les dépôts les plus respectables de l’esprit.humain, on y soutient, dans tel-ou tel. volume, tel ou tel système économique ou politique: eh bien, donnez-nous seulement le droit .de .le prêcher dans la presse et du haut de la tribune.
Aucun gouvernement n’osera le faire, il n’y a pas de police qui puisse résister à un pareil régime: libéral loyalement appliqué !
pal à. dors
Et voyez pourtant, messieurs : malgré les restric tions que l’on impose, la société est devenue un véritable volcan toujours prêt à faire irruption. C’est que tout ce système de libertés modernes n’est rien autre chose, de fait, qu'une véritable conspiration des poudres sous les pieds de la société ! Oh! comme ils avaient le flair merveilleusement sûr, ces vieux Papes qui dès 1790 comparaient toutes ces funestes libertés à la licence homicide que l'oif aCcorderait au premier venu de débiter toutes so:tes de poisons ! :
Par ce coup d'œil d'ensemble jeté sur la société moderne, il est facile de constater que la tendance générale de ceste société est d'extraire la religion de la politique, à peu près comme l’on ferait sortir l’eau d'une éponge en la comprimant. Séparation de l’Eglise et de l'Etat, voilà l’aberration radicale des sociétés depuis 1789, voilà quel a été le grand Caractère distinctif de la société dite moderne.
Ca été absolument le contraire au moyen âge, et voilà pourquoi nous disons: la société au moyenâge offrait aux peuples de l'avenir beaucoup .plus de garanties de sécurité que n'a l'air d'en offrir la société moderne. (Applaudissements) :
On parle de la vapeur, de la photographie, du télégraphe électrique, de mille progrès plus ou moins brillants, —sans oublier le chocolat de Minier. —Ces progrès, messieurs, seraient éclos indépen-