‹ Le bas-relief romain à représentations historiques;Chapitre 12 sur 33 · PI. XLIV-XLV · texte numérisé non relu

PI. XLIV-XLV

Cagnat, l'Armée lianuiine (/'Af'ri(iiii\ Leroux, in-t", p. '^'^2.

LA périodp: de perfection 157

au total (10 livres. Mieux qu'aucuue description, la colonne nous mettra la chose sous les veux (fig. 8). Les légionnaires sont revêtus de la cuirasse et du cinguJum ; le baudrier soutient la lourde épée; le casque est attaché sur l'épavde droite par une courroie, le pesant bouclier quadrangulaire ou scutum rejeté en arrière, tandis que sur Tépaule gauche, au bout d'un bâton, est suspendu tout le bagage, vaisselle, filets, larges

Fk;. 9. — Daces prisonniers.

gibecières, sacs recouverts de peau : n'est-ce pas là les fameux mulets de Marins et ne comprend-on pas aussitôt la justesse de cette expression passée en proverbe. Mais il faut s'arrêter : tout serait à mentionner. Du moins ces exemples, et ce que j'ai dit plus haut des costumes qui caractérisent en propre les différents corps de troupes romaines ou barbares, suffisent à montrer à quel })oint cet art vit d'exactitude : c'en est l'intérêt, et, quelle que soit la valeur esthétique des sculptures, c'en est le prix, qui est considérable.

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Ce n'ost ])as tout : roxactitiulo est plus grande encore. Ces masses que nous avons vues agissantes se composent d'unités; ces foules, de personnages distincts : il faut distinguer les personnages entre eux. La différence des costumes ne mettait une différence qu'entre des gr()ui)es; ce qui fait la différence des individus, c'est celle des physionomies. Chaque visage est fortement marqué du caractère ethnique ; le type romain et le type dace s'opposent avec résolution ; le premier nous est bien connu par d'autres représentations, et nous pouvons juger de la fidélité du rendu; le second, énergique et farouche, est également caractéristique: nez long et fort, visage osseux, œil enfoncé et protégé par d'épais sourcils, mâchoire inférieure saillante, barbe inculte, épaisse chevelure ramenée en avant sur le front et jusque sur les yeux, tombant en arrière sur le cou et encadrant le visage, on nous assure que ces traits se sont aujourd'hui encore conservés dans leur pureté et que les paysans de la Roumanie actuelle rappellent d'une manière étonnante leurs ancêtres de la colonne Trajane'. Mais la vérité du type, ce n'est point encore la vérité particulière qu'il nous faut ; à ce caractère de la race se joint, pour préciser le personnage, l'individualité de la physionomie : les têtes sont des portraits. Non pas toutes assurément. Comment prétendre que les 2.500 figures sculptées sur les reliefs soient 2.500 figures ressemblantes? Et s'imagine-t-on un artiste menant à bonne fin un travail aussi colossal ? Le résultat de ce travail répondraitil même à l'effort qu'il aurait coûté? Il est des figures qui se répètent et qui devaient se répéter, celles que ne caractérise aucune action particulière. Inversement, dès (pie Tune d'elles a un geste, un mouvement, une attitude qui la distingue, et qu'elle méritait par là de n'être pas confondue dans la foule obscure, presque toujours elle a reçu des traits personnels, et le modèle a posé sous les yeux de l'artiste.

Tel légionnaire avec sa face ronde et rasée, son cou épais, sa physionomie bonasse, son ensend)le lourd et trapu, a été copié d'après quelque paysan de la campagne ou (|uel([ue lionuue du quartier de Subin-i-e ou du ^'(■'lab^(> -'. Quant aux Barbares, ce ([ui

' Frœhner, Introduction, p. vi.

- IM. XIII, XVI, XVIII, XIX de Cichorius, par exemple. — A les voir, on a la même impression (pie devant ces tètes populaires sculptées sur uu si grand nombre de sarcophages: on y reconnaît aussi le même art. habile à fixer un visage dans sa vulgarité expressive.

semble leur donner k tous un air de famille, c'est la singulière coupe, presque uniforme, de leurs cheveux. Regardons-y de près; à l'intérieur de cette ressemblance générale se produisent les différences individuelles, et les expressions apparaissent, non point monotones comme le seraient nécessairement les épreuves tirées d'un même moule, mais variées avec les proportions

Fio. 10. — Trajaii et ses officiers.

changeantes des parties de chaque visage. Certaines même sont franchement laides, et un prisonnier, vrai paysan du Danube s'il en fut, hirsute, « le regard de travers, nez tortu, grosse lèvre, » confine à la caricature (fig. 9)'. Si les Daces sont généralement représentés barbus et les Romains le menton rasé, ce n'est pas une formule faite à l'avance, adoptée une fois pour toutes, afin de se dispenser d'observer; c'est que tel était

1 Fl. XXX et XXXI.

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bien Tiisago des deux })eii[)les. L;i où rcxactitude demande que la rèyle lléchisse, elle lléchii : de jeunes daces sont imberbes', coninie certains légionnaires portent toute leur barbe. A i)lus forte raison, les officiers de l'armée romaine, dans cette représentation liistorique, seront-ils traités comme des personnages historiques, c'est-à-dire avec la plus grande ressemblance (fig. 10). A part Hadrien, le cousin de Trajan, bien reconnaissable à plusieurs reprises dans l'escorte impériale-, les autres, évidemment, ne peuvent être identifiés : ils sont anonymes pour nous ; mais ils ne l'étaient pas pour les contemporains ; nous-mêmes aujourd'hui, nous affirmons que ces visages n'ont rien de conventionnel ; il y a en eux un accent qui les tralîit, une diversité qui rellète l'originalité de la nature ellemême. Enfin était-il possible de représenter l'empereur avec une physionomie qui ne fût pas la sienne ? Or quel personnage revient plus fréquemment sur les bas-reliefs de la colonne? Presque une centaine de fois sur les vingt-trois spirales, plus de quatre fois donc par spirale, sa haute figure apparaît. Lui toujours, lui partout. Il concentre toute l'attention, attire tous les regards ; il est l'âme de la représentation, et à juste titre, car il a été l'âme de la campagne ; nul n'a plus fait, ordonné, exécuté par lui-même ; dans les marches il est à la tête de ses troupes, à pied comme un légionnaire-'^; pour traverser une rivière, il s'assied au gouvernail du navire et le dirige^; il a tous les soucis du commandement, et il veut partager toutes les fatigues du soldat. Qu'il soit donc à l'honneur comme il a été à la peine. Multiplier son image, c'est lui rendre un hommage légitime, et c'est aussi se conformer à l'histoire. Mais, avec cette image tant de fois répétée, qui ne voit la place importante prise du mêm? coup par le portrait sur le monument tout entier^?

Faut-il parler de la vérité familière, vive, anecdotique de certains épisodes? Un esclave est renversé sur le dos par sa nude que le bruit des trompettes a effrayée'', et la pose du

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