‹ Le beau voyageChapitre 34 sur 75 · CHARDIN · texte numérisé non relu

CHARDIN

On les a posés là; puis on s'en est allé.

Un bruit de jupe calme est sorti par la porte;

La poussière est retombée blanche, bleue et morte,

Et près d'eux à portée d'haleine, s'est installé

On ne sait quel ennui maternel. Les rideaux

Sont tirés. Les pêches d'automne refroidissent

Sur le marbre. Les bruits de la rue font trembler l'eau

Du verre. L'ombre s'étale au fond de la soucoupe lisse.

II n'y a nulle anxiété ; — et tout est doux

A caresser comme le poil des lièvres roux...

Tout s'harmonise au bruit de la souris qui Irolle.

L'étui s'étire et bâille auprès de la pelote...

lO

l4<3 LE BEAU VOYAGE.

Il est déjà tard, mais il est encore trop tôt...

On ne soulèvera jamais les grands rideaux...

Bientôt Noël paillettera l'obscurité

Où s'endorment les vieilles choses fatiguées...

La pipe blanche écoute chanter la théière

Qui chante les grands quais, les ports et les musiques,

Et le magot fleuri la suit, sur l'étagère...

Tout aime et souffre de ne mourir que là.

L'ombre des meubles pleure l'ombre des grands bois.

Le panier se souvient des fleurs qu'il a portées,

Le vase se souvient des fenêtres ouvertes,

La boîte ouvre à regret son cœur évaporé,

Où le soir vient poser ses deux ailes inertes...

Une petite émotion, tout à coup, circule

Dans la chanlbre sur toutes les choses, comme si

Avant de s'endormir dans ce qui doit être leur nuit,

Elles avaient senti passer le crépuscule.

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