VILLES D'EAUX
La dame veuve, l'enfant poitrinaire et le poète anglais
Chaque année se rencontrent sur la terrasse de l'hôtel.
Ils se balancent dans leurs fauteuils paillassons, et leurs plaids
Foncés. — Tous les jours ils font le tour habituel
Sur le chemin du Belvédère à l'église protestante.
Ils marchent dans la lumière pâle des ombrelles...
Terrasses î terrasses ! d'où l'on a la vue cicatrisante,
La vue, coin d'infini sur n'importe où, où se balance
L'éternel géranium rose sur fond bleu...
Ils sont venus voir, — tout est là... Alors ils sont heureux
10^ L E B E A U ^ O V A G lî ,
Parce qu'ils voient toute la journée... Terrasses,
Qui tendez vos coudes à leurs grâces
Penchées, où de jeunes femmes frissonnent aux balust
Dans les après-dîners de musiques de luxe
D'où semble exprès jaillir l'étoile qui chatoie,
Que vous leur avez fait doux le chapelet des heures!
L'arrière-saison venue, alors ils prennent l'indicateur.
Et toute la terre se met à frémir dans leurs doigts.
Depuis le plus petit village inconnu où ne passe pas
L'express, jusqu'aux grandes villes de lumières.
Toute la terre est là, dans leurs mains, qui frissonne.
Il y a de beaux noms, pareils aux paysans,
Des haltes, des marchés, des villages dormants
Où personne jamais n'est entré et où l'automne
Doit être délicieux. . . Toute la terre entre leurs longs doi o;^!?'
Puis quand ils sont partis alors l'hôtel se clôt.
Tl hiverne, devant la grande chose qui mugit
Et qu'ils étaient venus voir parce que c'était beau..
Et les salons fermés se remémorent leur magie.
Dans les armoires tous les objets se racontent
Les histoires d'amour qu'ils ont vues, les romans
Ébauchés et disparus... l'Italienne blonde et le vicoi
(( Leurs pieds se touchaient sous la table )), dit la c^
(( Ils valsaient ». dit le piano... Longues tristesses!^
Ils se racontent leurs splendeurs aux mille bruits