‹ Le BéguinChapitre 4 sur 89 · JE TE VOIS MIEUX · texte numérisé non relu

JE TE VOIS MIEUX

pas vue! pas serrée dans mes bras! Enfin, je suis là, près de toi, tout contre... j'ai tes yeux... Ah ! je suis bien heureux!

YVONNE. — Et ton oncle?

PAUL. — 11 est mort! Je t'adore!

YVONNE. — Et il t'a laissé...

PAUL. — Son buste!...

YVONNE. — Pauvre petit !

Elle l'embrasse.

PAUL. — Mais ne parlons pae de choses tristes' Raconte-moi... dis-moi... car tu dois avoir un tae de choses à me dire...

Yvo.vNE. — Mais non, je t'ai tout raconté dans mes lettres.

PAUL. — Tu m'aimes?

YVONNE. — Mais oui, je t'aime, tu le sais bien.

■ PAUL. ■ — Encore?

YVON.VE. — Je t'aime, je t'aime, je t'aime, là !

PAUL. — C'est que, vois-tu, j'ai passé un mois terrible dans cetta Bretagne.

YVONNE. — Demain matin, tu ne t'en souviendras plus.

l'AUL. — Et toutes les nuits je rêvais que tu me trompais.

YVONNE. — "Tu rêvais des bêtises.

PAUL. — 1- Mais l'ne dépêche arrivait, le songe était oublié et je me s^entais tout de suite moins seul et plus près de toi!

YVONNE. -^ Amoureux, va!

PAUL. — Et tss lettres!... Car c'était surtout tes lettres qui me faisaient plaisir !

YVONNE. — • Elles étaient gentilles?

tACL, — Oui, mais si courtes'

YVONNE. - — Oh ! écoute, mon <;Jiéri, tu n'es pas juste... le plus souvent elles étaient de quatre pagies^

PAUL. — Tu as raison. Et c'est en les lisant que je me suis a.]>crçu que j'étais réellement épris de toi.

YVONNE. — Oui, je devine. D'abord tu faisais sauter l'enveloppe, nerveusement: puis immédiatement, d'un coup d'oeil rapide, tu comptais le nombre do pages et regardais les derniers mots, comiiie ces gens qui, avant d'acheter un volum'S, commencent par parcourir les dernières lignes pour voir si ça finira bien. Puis tu lisais., mais si vite! si vite! Tu 1,1 recommençais, et lentement aJors tu en prenais connaissance. Puis dans ia poche. Une heure s'écoulait... et cette fois tu't'arrêtais sur chaque phrase, te posant des questions folles, te demandant : « Estelle sincère? pense-t-elle vraiment tout ce qii'elle m'écrit?... » A'oilà, mon Paul, comment tu les lisais, mes lettres... Ose dire qve ça n'est pas vrai.

PAUL. — Oui... mais comment sais-tu tout cela?

YVONNE. — Mais je te sais par cœur.

PAUL — Je voudrais te savoir de la même façon.

YVONNE. --- Est-re que je te cache quelque chose?

PAUL. — Oh ! tu es si compliquée !

YVONNE. — Moi, compliquée?

PAUL. — Toi, je te connais... C'est ton cerveau que je connais pas.

YVON.N'E. — Mon cerveau... mon cer-

veau... qu'est-oe qu'il a encore fait, mon cerveau?... Tiens, mon chéri, tu es adorabkuient bête!.,.. JMais ce n'est pas tout cela, tu as trouvé un bleu chez toi?

PAUL. — Oui, c'est pour cela que je nio suie mis en habit.

YVON.N'E. — Tu vas les voir tous ce soir... Thérèse.

p.vuL. — Elle va bien ?

YvoNME. — Oui, très bien, Thérèse, Marsey, de Clermont, sa maîtres&e et Kaudet

PAUL — Comment, Naudet aussi !

Yvo.\*NE. — ' Mais oui. Tu n'es pas jaloux de Naudet, je suppose. Je te présenterai. Cela n'a aucune importance. D'ailleurs, je crois qu'il se doute de tout... ce qui tait que lorsqu'il te connaîtra, ça lui sera beaucoup plus facile pour faire celui qui ne se doute de rien. Marsey est très aimaJ>le, de Clermont aussi... bref... Ah! j'oubliais, il y aura encore Henri Didier... uu ami de Thérèse...

PAUL — Vieux, jeune?

YVONNE. — Jeune assez beau garçon.

Le questionnaire est terminé?

PAUL ■ — Non. Oh. as-tu été il y a trois jours? Ah! réponds tout de suite, ne cherche pas...

YVON.^JE. — Il y a trois jours!... ma foi!... Pourquoi me demandes-tu cela, d'abord ?

PAUL — Pour savoir.

YVONNE. ^ Alors, sonne.

PAUL. — Et lorsque j'aurai sonné?...

YVONNE. — Tu sauras...

PAUL, il sonne. — Voilà. Que va-t-il arriver?

YVONNE. — Il va. arriver que Fanny va te le dire, car je te jure que tu me couperais le poignet, que je ne m'en souviendrais pas.

PAUL. — Ah! Fanny!

YVONNE. — Quoi, Fanny?

PAUL. — Quand elle avouera quelque chose, celle-là!

YVONNE. — Es-tu bête!

PAUL. — Ce n'est pas pour rien que tu l'as depuis huit r>ns.

YVONNE. — Ça, je peux l'affirmer, qu'elle est discrète. Pour t'en donner une idée : un jour que je m'étais sauvée et que je lui avais défendu de dire où j'allais... elle refusa deux mille francs, tu entende, deux mille francs pour dire oiî j'étais...

PAUL. — C'est la bonne à tout taire

SCBNE III

Les MÊMES, FANNY

FANNY. — Madame?

PAUL. — Tiens... tiens... regarde-la, ta Fanny. Sans savoir la question que lu vas lui poser... elle prépare déjà une réponse bien évasive, bien quelconque!...

FANNY. — Oh! monsieur.'..

PAUL. — Oh! monsieur!... Comme elle a bien dit cela !

YVONNE. — Veux-tu la laisser tranquille !

PAUL. — D'ailleurs, nous avons un petit compte à régkr... mais ce sera pour tout à l'heure.

YVONNE. — Fanny... M. Renaud veut savoir ce que j'ai fait mercredi soir?...

FAKN'Y. — Mercredi soir, madame?

PAUL. — Oui, mercredi sûir, mercredi soir, le troisième jour "de la semaine ; lundi, mardi, mercredi ! Quand vous vous creuserez pendant deux heures.

FANNY. — Madame a été au théâtre.

PAUL. — Avec?... Elle ne te perd ;ia?

des yeux.

FANNY. — Avec M™" Gérard.

YVONNE. — Oui, mais ce qu'elle ne sait pas... c'est que Thérèse, se sentant souffrante, m'a quittée après le preirier acte et que Naudet est venu me rejoindre au second.

PAUL. — Parfait... mais qui s'est présenté dans la loge pendant le temps que tu CG restée seule?

YVONNE. — SI. Didier qui venait pour

tl:.:-.

PAUL. — Il est blond, ce M. Didier?

YVONNE. — Oui, pourquoi?

PAUL. — Alons, on ne m'a pas menti et tu ne me mens pas. On t'a vue et on me l'a raconté il y a à peine deux heures.

YVONNE. — Déjà! C'est un de tes amis, au moins

PAUL. — Mortel. Sur ce, ma chère Fanny, laissez-moi vous faire tous mes compliments. Vous qui êtes l'adresse même, vous qui savez sur le bout des doigts ce qu'il faut dire et surtout ce qu'il ne faut pas dire ; vous qui êtes incapable de commettre la plus petite bêtise, vous qui ne remettez à madam.e que les lettres que madame peut décacheter devant moi, car vous connaissez toutes les écritures, grâce à vous, j'ai eu deux minutes de ioie dès mon arrivée en Breta-

lO

I c Béguin

gne!... J'avais six chemises de soie ici! paul. — Sur ce, ma chère Fanny,

tu entends, Yvonne, six! vous pouvez vous retirer.

YVONNE. — Oui, six... Mon Dieu que ce doit être ^ave! Et puis? Fanny sort.

Page 1