‹ Le BéguinChapitre 83 sur 89 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

BELLENCONTRE, ANDREE

Un silence.

BELLENCONTRE. — Andrée?

ANDRÉE. Plaît-il.

BELLENCONTRE. — Ecoute un peu.

ANDRÉE. J'écoute.

BELLENCONTRE. — Approche.

ANDRÉE, trèn gentimevt. — Qu'est-ce qu'il y a?

BELLENCONTRE. — 'Voudrais-tu m'expliquer pourquoi tu es sans cesse de mauvaise humeur?

ANDRÉE. — Co^mmeitt?

BELLENCONTRE. — Je voudrais çue tu me dises pourquoi tu prends ce petit an hargneux pour me répondre.

AhTDRÉE. — C'est sérieux?

BELLENCONTRE. — Très sérieux. Depuis quelques jours, tu m.e chagrines beaucotip.

L'Age d'Aimer

ANDRÉE. — J« VOUS chagrine, moi]

BELLENXONTKE. BcauCOUp.

ANDRÉE. — Vous voulez eiicore vous

moqui-T

repartie! Ton pétition autoritaire! C'est plus fort que toi.

ANT.I.É.E. — Oh! Gusta.ve, vous m'ennuyez !

ANDRÉE. — Alobs, c'est vrai que vols MAniKi uealcoIP?

BELLENCONTEE. — Du tout. BELLENCONTRE. — Je VOUS ennuic?

ANDRÉE, très gentille. — Je vous pré- andrée. — Oui, tu m'ennuies.

'yiens que vous perdez votre temps. bellencontre. — Ça va bien, ça va.

BELLENCONTEE. — Ça y est! Te voilà même très bieu.

L'Age d'Aimer

AUDREE. — Qu'est-ce qui va bien ?

BELLENCO.VTRE. — Rien.

ANDRÉE. — Vous savez, il faut en avoir de la patience avec vous.

BELLENCONTRE. — C'est entendu. Je suis égoïste, insupporta-ble, violent, maussade et niv5cliant.

.\NDîÉE, gentiment. — Ça non... voua êtes très bon.

BELLENCONTRE. — Dis-Dioi tout de suite que je suit bête.

ANDPÉE. — Cela, jamais... car vous n'i^^norez pas, mon chéri, qu'il n'y a que vous qui ayez le droit de me le dire.

BELLENCONTRE. — Après Un mois délicieux passé en Touraine chez Geneviève, je t« fais faire un voyage rnei-veilleux ^ Je te montre les bords du Rhin... que tu ne soupçonnais même pas!... Et pour mo récompenser, tu me parl«; comme à un chien!... Alore, que veu.x-tu que je te dise : ça ne me fait pas plaisir.

ANDRÉE. — Qu'est-ce que vous avez, voyons 1

BELLENCONTRE. — Tu ne te rends plus compte de rien, c'est désespérant. Jadis, tu étais gentille au possible. Tu ne prononçais jamais un mot plus haut que l'autre ! Tu étais timide, réservée, d'humeur égale... aujourd'hui, tu te révoltes, et tu veux tout ca.sser... Alors, tu m'avoueras que j'ai le droit d'être un peu surpris. Non, non, ne te défends pas...

ANDKÉr - - Je ne me défends pas... Je suis stupéfaite !

BELLENCONTRE. — NaturellcTOent ! Ah !

mon Dieu ! Mon Dieu !

ANDRÉE, les [firmes aux yeur . — Oh!

Ecoutez, mon chéri, vous m'énervez, vous savez

BELLENCONTRE. C'cst Cela, tU VaS

pleurer... C'est ta dernière ressource! Je préférerais de beaucoup que tu me dises, une fois pour toutes, oc qui se passe dans cette petite caboche.

ANDRÉE. — Quoi?

BELLENCONTRE.

passe... dans... cette...

ANDRÉE. — Mais il inrm chéri.

BELLENCONTRE. — Enfin, m'aimes-tu?

ANUiiÉE. — - Mais oui. je vous .iim<?.

BELLENCONTRE. — Aloi-s, sapristi, dis-le moi !

ANDRÉE. — Eh bien ! je vous le dis.

DELLENCONTRE. — La vérité est que tu lis beaucoup trop de romans depuis quelque temps.

Ce...

petite, ne se passe rien

qui... se caboche .

ANDRÉE. - — C'est vous qui m'avez dit que la lecture me ferait du bien... moi je n'y songeais pas.

BELLENCONTRE. — Je t'ai dit cela un jour que je n'avais pas envie de parler. Ce n'est pas une raison j>our te bourrer la tête du matin au soir. Quand je pense que tu m'as raconté avant-hier que tu aurais voulu vivre avec un mousquetaire.

ANrRÉE. — C'est vrai.

BELLENCONTRE. ^ Je ne puis pourtant pas me coiffer d'un chapeau à plumes pour t'être a.gréabie.

ANDRÉE. — Je ne vous l'ai jamais demandé.

BELLENCONTRE. — C'est fort heureux.

Si je t'écoutais, ma parole d honneur, jo ne sais pas où j'irais et ce que je deviendrais. Non, pour parler franc, je sens très bien que tu te détacbcG de moi... Si, si, je suis très intelligent, tu as pu t'en rendre compte depuis que tu me connais, et j'ai des yeux qui voient clair... Eîi bien ! que veux-tu, ça me fait de la ijeine.

ANDRÉE. — Mais mon petit loup.

BELLENCONTRE. — Il €st Certain que jp m'emporte souvent, que je te bouscule à tout bout de champ et que j'ai tort neuf fois sur dix... mais enfin, tout cela ne m'empêche pas de t'a.imer beaucoup... car je t'aime beaucoup!... -Je ne te le dis jamais en public, ayant horreur de cela, et je ne te le dis jamais qviand nous sommes seuls... parce que... néanmoins, je te suis très attaché... Je me croyais incapable d'un .imour suivi et je m'aperçois que la petite poupée que tu es, a transformé le rros bonhomme que je suis en un tout petit garçon. Et je t'aime! Cela ne s'explique pas et pourtant cela est. Je t'aime voilà !

ANDRÉE. . — Vous ne m'avez jamais parlé ainsi et jamais vous ne m'avez dit d'aussi jolies phrases, vous savez.

BELLENCONTRE. — Je pourrais t'en dire bien d'autres, va, si je voulais!... Quand je veux m'en donner la peine.

Un silence.

ANDRÉE. — Gustave!

BELLENCONTRE. boudevr. — Quoi?

ANDRÉE. — Alors c'est vrai que vous m'aim.ez beaucoup?

BELLENCONTRE, de même. - — Il me semble.

ANDRÉE. — Alors... embrassez-moi.

L'Age d'Aimer

BELLENCONTKE. — BaU ! Pourquoi

faire?

ANDBÉE. — Pour me faire jïlaisir. • BELLENCONTRE. — Est-ce bien sincère,

au moins ?

ANDRÉE. — Mais oui, c'est sincère.

BELLENCONTRE. — AlorS... {Et (iprès

l'avoir embruxsée.) C'est vrai que je l'aime, ce petit oiseau-là! Mousquetaire!...

ANDRÉE. — Vous êtes jaloux?

La porte s'ouvre et Longecourt entre.

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