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SCENE XI

MAURICE, GENEVIEViL

MAURICE. — Ah! enfin!

GENEVIÈVE. — Ah! tu es là!

MAURICE. — Qu'est-ce que tu as, ma chérie? Tu as l'air bouleversé? Parle, je t'en prie!

GENEVIÈVE. — Je reviens de...

MAURICE. — De chez Hélène?

GENEVIÈVE. — Oui... de chez Hélène.

MAURICE. — Annette m'a dit, en effet, que tu y étais allée... Eh bien?

GENEVIÈVE. — Eh bien... elle est désemparée.

MA.URICE. — I! y a trois jours, je l'ai rencontrée... elle était gaie, souriante... Que lui arriv«t-il ?

GENEVIÈVE. — Il y a trois jours, elle espérait encore... aujourd'hui tout s'écroule et c'est l'effondi-ement.

MAURICE. — A cause de son amant?

GENEVIÈVE. — Oui, à cause de son amant! Crois-tu! Un homme a fait cela!

Il a fait de cet être qui ne demandait qu'à vivre, qu'à aimer et qu'à pardonner, une pauvre chose lamentable.

MAURICE. — Oh!

GENEVIÈVE. — Aussi loreque je l'ai vue, lorsque j'ai entendu ses cris de douleur, il m'a semblé que je ressentais tout ce qu'elle ressentait.

MAUKIOE. — Geneviève, voyons ! C'est ton amie, je -comprends que cela te peine, mais enfin...

GENEVIÈVE. — Comprends donc! Avoir donné son cœur et sa chair et sa vie. Avoir donné tout ce qu'il y a de bon en soi, pour devenir plus tard l'amie qu'on garde par pitié... Ah! non! tout mais pas cela !

MAURICE. — Mais enfin, que lui a-t-il fait encore? Des misères, sans doute.

GENEVIÈVE, s'échauffaiit de pliix en plus. — Des misères! Ah! le joli mot, et comme on devine que ce n'est pas ta maîtresse qui souffre ! Des misères ! Il l'a martyrisée, torturée, déchirée, et tu appelles cela des misères ! Depuis des mois et des mois elle ne fait que languir, il n'y a plus dans sou âme la place pour une souffrance nouvelle... elle en meurt... Et tu appelles cela des misères.

MAURICE. — Elle en meurt?

GENEVIÈVE. — Oui. C'est insensé, n'est-ce pas? et ce n'est pas croyable.

124 L'Age d'Aimer

Mourir d'amour! leutement, bêtement, Geneviève. — Tu répondrais ce que

stupidement... et cela à cause d'un vous répondez tous : c C'est la vie! » homme! Vraiment, il y en a-t-il un qui Maurice. — Mais non!

en vaille la peine! Geneviève. — . Mais si... Et quand

MAURICE, — Qu'est-ce que tu as ?

MAURICE. — Elle se consolera, elle est vous avez dit : » C'est la vie », la femme

jeune encore. n'a qu'à se taire et qu'à sécher ses lar-

GEi.'«:viÈVE. — Et si elle ne l'était pas, mes. Vous venez, on vous fuit, on se

que dirais-tu alors! défend, on vous craint, se souvenant du

MAURICE. — Je dirais... je dirais. passé déjà gros de douleurs, mais voua

L'Age d'Aimer

GENEVIÈVE

GOMPRENDS-TU MAINTENANT?

est propre la vie! Elle est belle! On mander pourquoi? Ç est Hélène qm ouf

vous%rend, on vous laisse ! bonsoir ma fre et j'ai l'air, a m eutendre d e le fi^^

petite' ami;, je m'en vais aimer ail- pée comme elle ! car son amant la t.om^

leurs, et tant pis si tu m'aimes : c'est pée a.u bout de huit mois a peine! Elle

13^ yie! l'a su et s est tue.

MAURICE. — Pourquoi n'a-t-ellt rien iit?

GENEVIÈVE. — Parce quelle était lâche et pa.roe qu'elle l'adorait! Parce que ces amours-là, ce? amours d'un jour, ne com|)taieut pas pour elle ! Maie aujourd'hui, ce n'est plus un caprice... une femme est entrée dans sa vie, et cette femme-là, il l'aime! II ne peut s'en défendre, elle quitte tout pour lui et tout à l'heure encore, ils se sont rencontrés.

C'est fini! Ne pouvant plus lutter, Hélène a tout avoué : et "ses nuits sans sommeil et tout ce qu'elle a souffert et tous ses déchirements! car elle était l'amie de cette petite! "V^oilà ce qu'ils ont fait, entends-tu? voilà ce qvi'ils ont fait! Et lui, qui jadis devinait tout eu elle, n'a jamais soupçonné les maux qui la minaient.

Quant l'amant ne lit plus dans les yeux de sa maîtresse, l'amour est mort en lui, et c'est la. fin des fins ! Ooraprends-tu maintenant ? Gonipreude-tu ?

M,vuHiCE. — Geneviève ! Geneviève !

GENEVIÈVE. — Oui, tu as compris, j'ai déchiré lé voile ! Tu- as compris tout ce que j'ai souffert et tout ce que j'ai pleui'é... tu as compris, enfin^ l'es heures que j'ai vécues! j^ai hurlé ma douleur! Je n'en puis plus ! c'ostr fini.

MAUBiCE. — Geneviève, je t'en prie, écoute-moi.

GENEVIÈVE. — Non, laisse-moi, laissemoi...

M.WRICE. — Geneviève, voyons...

GENEVIÈVE. — Ne me dis plus rien...

ne te défends pas, c'est fini, fini.

MAURICE. — Je t'en supplie. Geneviève, écoute-moi.

<.\'NEvii:\'F.. — Non, laisee-moi... c'est fini... c'est fini...

MAURICE. — Ma chérie...

GENEVIÈVE. — Toutes m€s hiessures viennent de î^e rouvrir, et c'est toi... c'est toii.. qui les as fait saigner.

MAURICE. — Oui, je t'ai trompée...

j© t'ai trompée... et cependant, j^; t'a^ dore !

GENEVIÈVE. — Non, non, va-t'en, vat'en... ne me dis plus rien.

MAURICE. — Je veux que tu m'entendes... ne pleure pas.

GENEVIÈVE. — C'est sur moi que je pleure... je me suis jugée, je n'ai prononcé que contre- moi... je me croyais assez forte pour taire toutes mes douleurs...

MAURICE. — Ecoute, écoute... si je suis retourné chez Colett*...

GENEVIÈVE, — Va-t'en... va-t'en... je me sens capable de toutes les^l'ifbt-t.éê.

MAURICE. — J'y suis retourné, c'est, vrai... mais je te jure qu'il n'existe plus rien entre nous. Si je ne t'aimais pas, je te le dirais... si je voulais te quitter^ je te lo dirais... j'ai eu avec Colette un^ explication sincère, loyale, définitive, et tout est fini entre nous, je te le jure. Je t'aime, tu m'entends, je t'aime. Rien ne pourra me séparer dé toi.

GENEVIÈVE, — Je te supplie d^'^ partir!

MAURICE. — Je te supplie de m'aimer!... je te supplie surtout de me croire, car je ne suis plus le même. En une minute ta pauvre figure meurtrie a fait de" moi un autre honmie ; je t'aime, je te lo jure, pardonne-moi... garde-moi... tout nous rapproche... puisque nous pleurons tous les deux.

Un silence.

GENEVIÈVE. — Reste donc... puisque j'ai encore assez de larmes pour pleurer! Et tu me feras souffrir encore... et je reprendrai courage... tu seras bon... tu sei'as cruel... Tu te rapprocheras de moi comme en ce moment pour me faire croire... puis tu me rendras à mes ]5eines... qu'est-oe que tu veux... C'est la vie !

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