‹ Le Béranger des écolesChapitre 22 sur 89 · LE VIEUX DRAPEAU · texte numérisé non relu

LE VIEUX DRAPEAU

Air : Elle ahne à rire, elle aime à boire.

De mes vieux compagnons de gloire Je viens de me voir entouré ; Nos souvenirs m'ont enivré, Le vin m'a rendu la mémoire.

Fier de mes exploits et des leurs, J'ai mon drapeau dans ma chaumière.

Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs?

Il est caché sous Fhumble paille Où je dors pauvre et mutilé, Lui qui, sur de vaincre, a volé Vingt ans de bataille en bataille !

Chargé de lauriers et de Heurs, Il brilla sur l'Europe entière.

Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs?

Ce drapeau payait à la France Tout le sang qu'il nous a coûté; Sur le sein de la Liberté Nos fils jouaient avec sa lance.

Qu'il prouve encore aux oppresseurs Combien la gloire est roturière.

Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs ?

Son aigle est resté dans la poudre, Fatigué de lointains exploits.

Rendons-lui le coq des Gaulois; Il sut aussi lancer la foudre.

La France, oubliant ses douleurs, Le rebénira, libre et fière.

Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs?

Las d'errer avec la Victoire, Des lois il deviendra l'appui.

Chaque soldat fat, grâce à lui.

Citoyen aux bords de la Loire.

Seul il peut voiler nos malheurs; Déployons-le sur la frontière.

Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs?

Mais il est là près de mes armes;

Un instant osons l'entrevoir.

Viens, mon drapeau! viens, mon espoir!

C'est à toi d'essuyer mes larmes.

D'un guerrier qui verse des pleurs

Le ciel entendra la prière.

Oui, je secouerai la poussière

Qui ternit tes nobles couleurs !

Page 1