LE VIEUX DRAPEAU
Air : Elle ahne à rire, elle aime à boire.
De mes vieux compagnons de gloire Je viens de me voir entouré ; Nos souvenirs m'ont enivré, Le vin m'a rendu la mémoire.
Fier de mes exploits et des leurs, J'ai mon drapeau dans ma chaumière.
Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs?
Il est caché sous Fhumble paille Où je dors pauvre et mutilé, Lui qui, sur de vaincre, a volé Vingt ans de bataille en bataille !
Chargé de lauriers et de Heurs, Il brilla sur l'Europe entière.
Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs?
Ce drapeau payait à la France Tout le sang qu'il nous a coûté; Sur le sein de la Liberté Nos fils jouaient avec sa lance.
Qu'il prouve encore aux oppresseurs Combien la gloire est roturière.
Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs ?
Son aigle est resté dans la poudre, Fatigué de lointains exploits.
Rendons-lui le coq des Gaulois; Il sut aussi lancer la foudre.
La France, oubliant ses douleurs, Le rebénira, libre et fière.
Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs?
Las d'errer avec la Victoire, Des lois il deviendra l'appui.
Chaque soldat fat, grâce à lui.
Citoyen aux bords de la Loire.
Seul il peut voiler nos malheurs; Déployons-le sur la frontière.
Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs?
Mais il est là près de mes armes;
Un instant osons l'entrevoir.
Viens, mon drapeau! viens, mon espoir!
C'est à toi d'essuyer mes larmes.
D'un guerrier qui verse des pleurs
Le ciel entendra la prière.
Oui, je secouerai la poussière
Qui ternit tes nobles couleurs !