‹ Le Béranger des écolesChapitre 36 sur 89 · LA BONNE VIEILLE · texte numérisé non relu

LA BONNE VIEILLE

Air de Wilhem, ou Muse des bois et des accords champêtres ,

Vous vieillirez, ô ma belle maîtresse!

Vous vieillirez, et je ne serai plus.

Pour moi le temps semble, dans sa vitesse, Compter deux fois les jours que j'ai perdus. Survivez-moi; mais que l'âge pénible Vous trouve encor fidèle à mes leçons; Et bonne vieille, au coin d'un feu paisible, De votre ami répétez les chansons.

Lorsque les yeux chercheront sous vos rides Les traits charmants qui m'auront inspiré. Des doux récils les jeunes gens avides Diront : Quel fut cet ami tant pleuré? De mon amour peignez, s'il est possible, L'ardeur, l'ivresse, et même les soupçons; Et, bonne vieille, au coin d'un feu paisible. De votre ami répétez les chansons.

On vous dira : Savait-il être aimable?

Et sans rougir vous direz : Je l'aimais. D'un trait méchant se montra-t-il capable? Avec orgueil vous répondrez : Jamais.

Ah! dites bien qu'amoureux et sensible, D'un luth joyeux il attendrit les sons; Et bonne vieille, au coin d'un feu paisible, De votre ami répétez les chansons.

36 BÉRAXGER

Vous que j'appris à pleurer sur la France, Dites surtout aux fils des nouveaux preux Que j'ai chanté la gloire et l'espérance Pour consoler mon pays malheureux.

Rappelez-leur que l'aquilon terrible De nos lauriers a détruit vingt moissons; Et bonne vieille, au coin d'un feu paisible, De votre ami répétez les chansons.

Objet chéri, quand mon renom futile De vos vieux ans charmera les douleurs; A mon portrait quand votre main débile, Chaque printemps, suspendra quelques fleurs, Levez les yeux vers ce monde invisible Où pour toujours nous nous réunissons; Et bonne vieille, au coin d'un feu paisible, De votre ami répétez les chansons.

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