‹ Le Béranger des écolesChapitre 50 sur 89 · LA PAT YRE FEMME · texte numérisé non relu

LA PAT YRE FEMME

Air de mon Habit, ou d'Aristippe.

11 neige, il nei^ie, et là, devant l'église,

Une vieille prie ù genoux.

Sous ses haillons où s'engouffre la bise,

C'est du pain qu'elle attend de nous.

Seule, à tâtons, au parvis Notre-Dame,

Elle vient, hiver comme été.

Elle est aveugle, hélas! la pauvre femme.

Ahl faisons-lui la charité.

Savez-vous bien ce que fat cette vieille

Au teint hâve, aux yeux amaigris?

D'un grand spectacle autrefois la merveille.

Ses chants ravissaient tout Paris.

Dans ses banquets, que de muses fidèles

Au vin de sa prospérité!

Tous les palais ont leurs nids d'hirondelles.

Ah! faisons-lui charité.

Revers affreux! un jour la maladie

Éteint ses yeux, brise sa voix :

Et, bientôt seule et pauvre, elle mendie

Oij depuis vingt ans je la vois.

Aucune main n'eut mieux l'art de répandre

Plus d'or, avec plus de bonté, Que cette main qu'elle hésite à nous tendre :

Ah! faisons-lui la charité!

Le froid redouble, ô douleur! 6 misère!

Tous ses membres sont engourdis.

Ses doigts ont peine à tenir le rosaire

Qui l'eût fait sourire jadis.

Sous tant de maux, si son cœur tendre encore

Peut se nourrir de piété, Pour qu'il ait foi dans le ciel qu'elle implore,

Ah! faisons-lui la charité!

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