‹ Le Béranger des écolesChapitre 53 sur 89 · AVRIL · texte numérisé non relu

AVRIL

Air : Muse des bois et des accords champêtres.

Un mal cuisant déchire ma poitrine,

Ma faible voix s'éteint dans les douleurs;

Et tout renaît, et bientôt l'aubépine

Verra l'abeille accourir à ses fleurs.

Dieu d'un sourire a béni la nature;

Dans leur splendeur les cieux vont éclater.

Reviens, ma voix, faible, mais douce et pure

Il est encor de beaux jours à chanter.

*Td BÉRANGER

Mon Esculape a renversé mon verre; Plus de gaieté! mon front se rembrunit; Mais vient l'Amour et le mois qu'il préfère : Déjà l'oiseau butine pour son nid.

Des voluptés le torrent va s'épandre Sur l'univers qui semblait végéter.

Reviens, ma voix, faible, mais toujours tendre Il est encor des plaisirs à chanter.

Pour mon pays que de chansons encore!

D'un lâche oubli vengeons les trois couleurs: De nouveaux noms la France se décore; A l'aigle éteint nous redevons des pleurs. Que de périls la tribune orageuse Offre aux vertus qui l'osent affronter!

Reviens, ma voix, faible, mais courageuse : Il est encor des gloires à chanter.

Puis j'entrevois la liberté bannie ;

Elle revient : despotes, à genoux!

Pour rétouffer, en vain la tyrannie

Fait signe au Nord de déborder sur nous.

L"ours effrayé regagne sa tanière,

Loin du soleil quil voulait disputer.

Reviens, ma voix, faible, mais libre et fière

Il est encor un triomphe à chanter.

Que dis-je, hélas! oui, la terre s'éveille. Belle et parée, au souffle du printemps.

Mais dans nos cœurs le courage sommeille; Chargé de fers, chacun se dit : J'attends! La Grèce expire, et l'Europe est tremblante; Seuls, nos pleurs seuls osent se révolter. Reviens, ma voix, faible, mais consolante : Il est encor des martyrs à chanter.

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