‹ Le Béranger des écolesChapitre 58 sur 89 · EMILE DEBRAUX (1) CHANSON-PROSPECTUS · texte numérisé non relu

EMILE DEBRAUX (1) CHANSON-PROSPECTUS

POUR LES ŒUVRES DE CE CHANSONNIER Air : Dis-moi, soldat, dis-moi, t'en souviens-tu ?

Le pauvre Emile a passé comme une ombre, Ombre joyeuse et chère aux bons vivants. Ses gais refrains vous égalent en nombre, Fleurs d'acacia qu'éparpillent les vents.

(1) Emile Debraux est mort au commencement de 1831, à l'âge de trente-trois ans. Peu de chansonnier ont pu se vanter d'une popularité égale à la sienne, qui, certes, était bien méritée.

Debraux, dix ans, régaa sur la goguette, Mit l'orgue en train et les chœuis des faubourgs, Et roulant, roi, de guinguette en guinguette, Du pauvre peuple il chanta les amours.

Toujours enfant, gai jusqu'à faire envie, En étourdi vers le plaisir poussé; Pouffant de rire à voir couler sa vie Comme le vin d'un tonneau défoncé; Sifflant le sot sous les croix qu'il découvre, Ou sur son char le grand mal affermi; Sans s'informer par où l'on monte au Louvre, Du pauvre peuple il est resté l'ami.

Mais, dites-vous, il avait donc des rentes ? Eh ! non, messieurs, il logeait au grenier. Le temps, au bruit des fêtes enivrantes, Râpait, râpait l'habit du chansonnier.

Venait l'hiver : le bois manquait à Tâtre; La vitre, au nord, étincelait de fleurs: Il grelottait; mais sa Muse folâtre Du pauvre peuple allait sécher les pleurs.

De l'œil des rois on a compté les larmes;

Les yeux du peuple en ont trop pour cela :

La France alors pleurait l'éclat des armes

Et les grandeurs dont le cours l'ébranla.

Ta voix, Emile» évoquant notre histoire,

Du cabaret ennoblit les échos ;

C'était l'asile où se cachait la gloire :

Le pauvre peuple aime tant les héros ! '

Bien jeune, hélas! il descend dans la fosse : Je l'ai conduit où, vieux, j'irai demain; Chantant au loin, des buveurs à voix fausse Aux noirs pensers m'arrachaient en chemin. C'étaient ses chants que disait leur ivresse, Chants que leurs fils sauront bien rajeunir De son passage est-il un roi qui laisse Au pauvre peuple un si doux souvenir?

De sa famille allégez l'indigence :

Riches et grands, achetez ce recueil; A tant d'esprit passez la négligence :

Ah! du talent, le besoin est l'écueil.

Ne soyez pas ingrats pour nos musettes; Songez aux maux que nous adoucissons.

Pour s'en tenir au lot que vous lui faites, Le pauvre peuple a besoin de chansons.

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