‹ Le Béranger des famillesChapitre 104 sur 127 · JEANNE LA ROUSSE · texte numérisé non relu

JEANNE LA ROUSSE

ou LA FEMME DU BRACONNIER

Air : Soir .:t matin sur la fougère.

l'n enfant dort à sa mamelle; Elle en porte un autre à son dos.

L'aîné, qu'elle traîne après elle, Gèle pieds nus dans ses sabots.

Hélas! des gardes qu'il courrouce Au loin, le père est prisonnier.

248 LE BË RANGER

Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse; On a surpris le braconnier.

Je l'ai vue heureuse et parée ; Elle cousait, chantait, lisait; Du magister fille adorée, Par son bon cœur elle plaisait.

J'ai pressé sa main blanche et douce En dansant sous le marronnier.

Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse; On a surpris le braconnier.

Un fermier riche et de son âge , Qu'elle espérait, voir son époux, La quitta parce qu'au village On riait de ses cheveux roux ; Puis deux . puis trois : chacun repousse Jeanne, qui n'a pas un denier.

Di»u, veillez sur Jeanne la Rousse; On a surpris le braconnier.

liais un vaurien dit : « Rousse ou blonde, Moi, pour femme je te choisis ; En vain les gardes font la ronde, J'ai bon repaire et trois fusils.

Faut-il bénir mon lit de mousse, Du château payons l'aumônier. »

Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse; On a surpris le braconnier.

Doux besoin d'être épouse et mère Fit céder Jeanne, qui , trois fois,

Depuis, dans une joie amère, Accoucha seule au fond des bois.

Pauvres enfants! chacun d'eux pousse, Frais comme un bouton printanier.

Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse; On a surpris le braconnier.

Quel miracle un bon cœur opère!

Jeanne, fidèle à ses devoirs, Sourit encor : car de leur père Ses fils auront les cheveux noirs.

Elle sourit, car sa voix douce Rend l'espoir à son prisonnier.

Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse; On a surpris le braconnier.

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