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LES QUATRE AGES HISTORIQUES

Air : A soixante ans il ne faut pas remettre.

Société, vieux et sombre édifice,

Ta chute, hélas! menace nos abris.

Tu vas crouler : point de flambeau qui puisse

Guider la foudre à travers tes débris!

Où courons-nous? Quel sage, en proie au doute,

N'a sur son front vingt fois passé la main ?

C'est aux soleils d'être sûrs de leur route;

Dieu leur a dit : Voila votre chemin.

Mais le passé nous dévoile un mystère.

Au bonheur, oui, l'homme a droit d'aspirer : Par ses labeurs plus il étend la terre, Plus son cerveau grandit pour l'enserrer. En nation il vogue, nef immense, Semer, bâtir aux rivages du temps :

Où l'une échoue une autre recommence; Dieu nous a dit : Peuples, je vous attends.

Au premier âge, âge de la famille, L'homme eut pour lois ses grossiers appétits; Groupes épa'rs, sous des toits de charmille, Mâle et femelle abritaient leurs petits. Ligués bientôt, les fils , tribu croissante, Ont, dans un camp , bravé tigres et loups : C'est au berceau la cité vagissante ; Dieu dit : Mortels, j'aurai pitié de vous.

Au second âge on chante la patrie, Arbre fécond , mais qui croît dans le sang. Tout peuple armé semble avoir sa furie Qui foule aux pieds le vaincu gémissant. A l'esclavage, eh quoi! l'on s'accoutume! Il corrompt tout ; les tyrans se font dieux. Mais dans le ciel une lampe s'allume ; Dieu dit alors : Humains, levez les yeux.

L'âge suivant, sur tant de mœurs contraires, Religieux, élève un seul autel.

Sois libre, esclave; hommes, vous êtes frères Gomme ses rois le pauvre est immortel.

Sciences, lois, arts, commerce, industrie, Tout naît pour tous; les flots sont maîtrisés; La presse abat les murs de la patrie, Et Dieu nous dit : Peuples, fraternisez.

Humanité, règne ! Voici ton âge, Que nie en vain la voix des vieux échos. Déjà les vents au bord le plus sauvage De ta pensée ont semé quelques mots.

Pais au travail ! Paix au sol qu'il féconde ! Que par l'amour les hommes soient unis : Plus près des cieux qu'ils replacent le monde ; Que Dieu nous dise : Enfants, je vous bénis.

Du genre humain saluons la famille!

Mais qu'ai -je dit? Pourquoi ce chant d'amour? Aux feux des camps le glaive encor scintille; Dans l'ombre à peine on voit poindre le jour. Des nations aujourd'hui la première, France, ouvre-leur un plus large destin. Pour éveiller le monde à ta lumière, Dieu t'a dit : Brille, étoile du matin.

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