‹ Le Béranger des famillesChapitre 39 sur 127 · BRENNUS · texte numérisé non relu

BRENNUS

ou

LA VIGNE PLANTEE DANS LES GAULES ' Air nouveau de Wilhe.m, ou de Pierre le Grand.

Breimus disait aux bons Gaulois :

Célébrez un triomphe insigne!

Les champs de Rome ont payé mes exploits,

Et j'en rapporte un cep de vigne.

Grâce à la vigne, unissons pour toujours ) L'honneur, les arts, la gloire et les amours. I

grand. L'idée d'entretenir la haine entre deux nations a toujours été loin du cœur de celui qui, à l'évacuation de notre territoire, lut le premier à appeler tous les peuples à une sainte-alliance. * Les anciens historiens rapportent que le désir d'avoir du vin ne contribua pas peu à l'invasion que les Gaulois firent en Italie. C'est là, sans doute, un conte, comme tant d'autres que nous a laissés l'antiquité, et particulièrement sur cette même invasion, tels que les oies du Capitole, la balance de Brennus, l'action de Camille, etc.; mais ce sujet dut plaire à l'auteur, qui y vit un cadre pour l'éloge de son pays, où, sans prendre le ton emphatique dont il a toujours eu l'horreur, il pouvait rendre plein.justice à un peuple que ceux qui le gouvernaient alors semblaient vouloir dégrader à ses propres yeux, tandis que les peuples rivaux se vengeaient de vingt ans d'humiliations par un débordement d'injures contre une nation qui n'a jamais mérité ses malheurs. Note de Béranger.)

Privés de son jus tout-puissant , Nous avons vaincu pour en boire.

Sur nos coteaux que le pampre naissant

Serve à couronner la Victoire.

Grâce à la vi.^ne, unissons pour toujours L'honneur, les arts, la gloire et les amours.

\^n jour, par ce raisin vermeil, Des peuples vous serez l'envie.

Dans son nectar plein des feux du soleil

Tous les arts puiseront la vie.

Grâce à la vigne, unissons pour toujours L'honneur, les arts, la gloire et les amours.

Quittant nos bords favorisés, Mille vaisseaux iront sur l'onde, Chargés de vins et de fleurs pavoises

Porter la joie autour du monde.

Grâce à la vigne, unissons pour toujours L'honneur, les arts , la gloire et les amours.

Femmes, nos maîtres absolus, Vous qui préparez nos armures, Que sa liqueur soit un baume de plus

Versé par vous sur nos blessures.

Grâce à la vigne, unissons pour toujours L*bonneur, les arts, la gloire et les amours.

Soyons unis, et nos voisins Apprendront qu'en des jours d'alarmes Le faible appui que l'on donne aux raisins Peut vaincre à défaut d'autres armes.

Grâce à la vigne , unissons pour toujours L'honneur, les arts , la gloire et les amours.

Bacchus, d'embellir ses destins

Un peuple hospitalier te prie.

Fais qu'un proscrit, assis à nos festins,

Oublie un moment sa patrie.

Grâce à la vigne, unissons pour toujours L'honneur, les arts, la gloire et les amours.

Brennus alors bénit les cieux ,

Creuse la terre avec sa lance , Plante la vigne, et les Gaulois, joyeux,

Dans l'avenir ont vu la France.

Giâce à la vigne, unissons pour toujours )

L'honneur, les arts, la gloire et les amours.^

Bis.

LE BOX VIEILLARD

Air : Contentons-nous dune simple bouteille.

Joyeux enfants , vous que Bacchus rassemble,

Par vos chansons vous m'attirez ici.

Je suis bien vieux, mais en vain ma voix tremble,

Acrueillez-moi, j'aime à chanter aussi.

Du temps passé j'apporte des nouvelles;

l'ai bu jadis avec le bon Panard l.

1 Panard est un des noms que les chansonniers ont dû répéter le plus souvent. Le premier peut-être il a soumis la chanson à une correction étudiée et à une grande richesse de rimes. Il a

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Amis du vin, de la gloire et des belles, Daignez sourire aux chansons d'un vieillard.

De me fêter, eh quoi ! chacun s'empresse ! A ma santé coule un vin généreux.

Ce doux accueil enhardit ma vieillesse : Je crains toujours d'attrister des heureux. Que les Plaisirs vous couvrent de leurs ailes : Avec le temps vous compterez plus tard. Amis du vin , de la gloire et des belles , Daignez sourire aux chansons d'un vieillard.

Dans nos discords j'ai fait plus d'un naufrage, Sans fuir jamais la France et son doux ciel. Au peu de vin que m"a laissé l'orage L'orgueil blessé ne mêle point de fiel.

commencé à rendre ce genre difficile pour les simples amateurs. C'est cependant plutôt un coupletteur habile qu'un vrai poète. Panard se meut dans un cercle d'idées très étroit, et il ne fit jamais de la chanson ni un petit drame ni un tableau. Gallet, moins connu, moins cité, lui est peut-être supérieur sous ce rapport.

Les Mémoires de Marmontel contiennent différents passages sur Panard qui le font aimer, et donnent lieu de croire que, grâce à une douce indifférence, ce chansonnier dut vivre heureux. N ' de Bëranger . )

Voici un extrait curieux du livre IV des Mémoires de Marmontel que cite Béranger. (Note de V Éditeur.)

« Ce vaurien (Gallet) était un original assez curieux à connaître.

v C'était un marchand épicier de la rue des Lombards, qui, plus assidu au théâtre de la Foire qu'à sa boutique, s'était <]ij;i ruiné lorsque je le connus. Il était hydropique, et n'en buvait pas moins et n'en était pas inoins joyeux : aussi peu soucieux de la mort que soigneux de la vie, et tel qu'enfin dans la misère, dans la captivité, sur un lit de douleur, et presque à l'agonie, il ne cessa de faire un jeu de tout cela.

« Après sa banqueroute, réfugié au Temple, lieu de franchise alors pour les débiteurs insolvables, comme il y recevait tous les jours des mémoires de créanciers : « Me voilà, disait- il, logé au

DES FAMILLES. 9ô

J'ai chanté même, aux vendanges nouvelles, Sur des coteaux dont j'eus longtemps ma part. Amis du vin, de la gloire et des belles, Daignez sourire aux chansons d'un vieillard.

Vieux compagnons des guerriers d'un autre âge, Comme Nestor je ne vous parle pas.

De tous les jours où brilla mon courage J'achèterais un jour de vos combats.

Je l'avouerai , vos palmes immortelles M'ont rendu cher un nouvel étendard.

Amis du vin, de la gloire et des belles, Daignez sourire aux chansons d'un vieillard.

Sur vos vertus quel avenir se fonde !

Enfants, buvons à mes derniers amours.

* Temple des mémoires. » Quand son hydropisie fut sur le point de l'étouffer, le vicaire du Temple étant venu lui administrer l'extrême-onction .* « Ah! monsieur l'abbé, lui dit-il, vous venez « me graisser les bottes; cela est inutile, car je m'en vais par « eau.» Le même jour il écrivit à son ami Collé, et, en lui souhaitant la bonne année par des couplets sur l'air : Accompagne de plusieurs autres, il terminait ainsi sa dernière gaieté :

De ces couplets soyez content :

Je vous en ferais bien autant Et plus qu'on ne compte d'apôtres; Mais, cher Collé, voici l'instant Ou certain fossoyeur m'attend.

Accompagné de plusieurs autres.

« Le bonhomme Panard, aussi insouciant que son ami, aussi oublieux du passé et négligent de l'avenir, avait plutôt dans son infortune la tranquillité d'un enfant que l'indifférence d'un philosophe. Le soin de se nourrir, de se loger, de se vêtir, ne le regardait point : c'était l'affaire de ses amis, et il en avait d'assez bons pour mériter cette confiance. Dans les mœurs comme dans l'esprit, il tenait beau oup du naturel simple et naïf de La Fontaine. Jamais l'extérieur n'annonça moins de délicatesse ; il en avait pourtant dans la pensée et dans l'expression, o

La liberté va rajeunir le monde !

Sur mon tombeau brilleront d'heureux jours. D'un beau printemps aimables hirondelles, Jai, pour vous voir, différé mon départ. Amis du vin, de la gloire et des belles, Daignez sourire aux chansons d'un vieillard.

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