‹ Le BergsonismeChapitre 104 sur 171 · I. L'Énergie Spirituelle, p · texte numérisé non relu

I. L'Énergie Spirituelle, p

LA LOGIQUE DE L'ILLUSION

arrêté*, et que les lois d'association de ces images, ressemblerait à un monde matériel où régnerait la seule causalité efficiente : le monde de* associationnistes anglais nous parait une réplique intérieure du monde de Démocrite. Les images c'est l'abstraction du tout fait, la coupe de l'état statique sur le devenir, abstraction et coupe utiles, poteaux indicateurs de notre action taillés dans notre passé. « L'image aux contours arrêtés dessine ce qui a été. Une intelligence qui n'opérerait que sur de* images de ce genre ne pourrait que recommencer son passé tel quel, ou en prendre le* éléments figés pour les recomposer dan* un autre ordre, par un travail de mosaïque. Mais à une intelligence flexible, capable d'utiliser *on expérience passée en la recourbant selon le* lignes du présent, il faut, à côté de l'image, une représentation d ordre différent, toujours capable de se réaliser en images, mai* toujours distincte d'elles. Le schéma n'est pas autre chose ^. «

La finalité apparente, elle non plus, n'est pas autre chose. Quand la finalité nous appeiraît comme une adaptation à une fin préexistante, c est que nous transportons au domaine de la réalité une catégorie de 1 action intellectuelle, pour laquelle agir c'est se fixer un but et atteindre ce but. Il n'y a pas de travail mécanique, d'emploi d'outils, sans cette finalité. Mais si nous nous transportons au contraire là où le travail humain n'est plus un travail mécanique, là où il continue et imite le travail même de la nature, c'est-à-dire dans la production de l'œuvre d'art, nous ne rencontrons plu* de finalité de ce genre. L'idée d'une locomotive préexiste entièrement, dans l'esprit de l'ingénieur, à la locomotive construite et s'y adapte trait pour trait. Mais l'idée d'une œuvre d'art ne préexiste jamais à son exécution. Elle se réalise en suivant un schème dynamique (ou plutôt selon un dynamisme schématique, le mot schème évoquant du tout fait dan* l'espace) et en *e déposant dan* une durée dont les moments sont imprévisibles. Le plan lui-même, le plan d'abord répond à cette définition. Racine écrivait »e» pièces *ur un plan en prose minutieux et tracé scène par scène, discours par discours, réplique par réplique. Mai* ce plan n était pas plus contenu dan* un plan préconçu que la pièce en ver* n était donnée dan* le plan en prose. Le travail du poète, s'accompli*sant dans la durée, était simplement divisé selon la durée. Si maint»» nant nous nous transportons non plus au point de vue de l'œuvre qui se fait, mais au point de l'œuvre faite, nous voyons que, comme

Page 1