Introduction à la Métaphysique, in R. M. M., p
LA LOGIQUE DU VRAI
faite, comme une somme qui s'explicite. Malgré des répétitions inévittibles c'est là une division commode, et fondée d'ailleurs sur une réalité. Descartes alla de même, pour exposer sa propre philosophie, de l'ordre de l'esprit qui découvre à l'ordre de la chose découverte, du Discours de la Méthode (qu'il projetait d'abord d'appeler Histoire de mon esprit) et des Méditations à ces Principes de Philosophie (qu'il nomme d'abord dans sa correspondance son Cursus Philosophicus). Nous passerons donc au Cursus Philosophicus bergsonien. Et d'abord les directions logiques plus ou moins spontanées que nous avons reconnues s'ordonneront en une méthode philosophique, conçue non plus comme une direction du philosophe, mais comme une direction de la philosophie.
On a vu au xix*^ siècle la philosophie fort occupée à marquer les traits qui la distinguent de la science, à fonder durablement le droit écrit de son mur mitoyen. M. Bergson remarque qu'on n'aperçoit rien de tel chez les grands philosophes. Us ont appliqué leur réflexion et leur étude à toutes les matières qui constituaient de leur temps le domaine du savoir, sans se demeinder s'ils devaient revêtir pour les traiter la blouse du savant ou le bonnet du métaphysicien. Cette division des domaines a d ailleurs coïncidé avec un affaiblissement de la culture scientifique des philosophes et un affadissement de la philosophie. M. Bergson estime qu'elle diminue et dégrade également la science et la philosophie : en enfermant la science dans le domaine du relatif, en lui interdisant par principe de toucher à l'absolu, et d'autre part en faisant de la philosophie le domaine du probable, en déclarant son objet incapable de certitude proprement dite, elle leur fait également injure.
C}uand on y regarde de près, cette délimitation de principe est tout artificielle. En psychologie comme en physique, science et philosophie se continuent 1 une dans l'autre, se vérifient l'une par l'autre. On ne saurait exiger qu'un savant soit un philosophe, mais un philosophe doit être un savant, sinon en acte du moins en puissance. Il doit être capable de tout apprendre ; à tout moment il peut se trouver en face d'un problème purement scientifique, que la science ne s'est pas encore posé, et qu'il résoudra pour son propyre compte. On est pnilosophe non par le domaine où est cantonnée la recherche, mais par une capacité singulière de méthode, d'attention et de clairvoyance, un mélange de géométrie et de finesse, qu'on peut presque indifféremment appliquer à toutes les questions. On est philosophe aussi
le
ar une certaine façon de deviner, de palper, de former et de formuler es problèmes. Car on ne trouve pas les problèmes philosophiques tout posés, ou bien ils risquent d'être de ces faux problèmes qui courent comme des feux-follets sur la lande philosophique. « Un problème, disait M. Bergson dans un cours, n'est tout à fait posé que quand il est résolu. »
Est-ce à dire que M. Bergson renonce à distinguer la science et la philosophie ? Non. Lui-même écrit : « La science est l'auxiliaire de l'action... La règle de la science est celle qui a été posée par Bacon : obéir pour commander. Le philosophe n'obéit ni ne commande ; il cherche à sympathiser^. »
Mais ce ne sont pas là, entre la science et la philosophie, des différences de domaine. L'une et l'autre n'en ont qu'un, le même, et qui s'appelle l'expérience. La science, au moment où elle aborde l'expérience, l'infléchit dans le sens de l'action, elle est une façon de palper la matière, de lui obéir en se modeleint sur elle et de lui commander en l'utilisant. La philosophie s'efforce de demeurer expérience pure, expérience immédiate ou sympathie. Cette expérience coïncidera à peu près, s'il s'agit de la matière, avec celle de la science : il serait impossible par exemple de distinguer dans le problème de l'énergie une partie scientifique et une partie philosophique. Mais s'il s'agit de la vie les deux expériences divergeront, puisque l'expérience scientifique suivra la direction qui conduit et dégrade la vie dans le sens de la matière, tandis que l'expérience philosophique suivra la direction créatrice de la vie, ce qui la fait être et non ce qui la fait ne plus être.
La conception contre laquelle s'élève M. Bergson est donc celle qui attribue à la science positive l'étude de tout le réel, et qui réserve à la philosophie seulement les questions de principe. La philosophie recevrait une connaissance digérée et ordonnée d'une certaine façon, selon certaines nécessités, et cette connaissance elle la frapperait en bloc de relativité et de phénoménisme, ou bien dont elle en prolongerait les lignes par une construction métaphysique. Mais la science « porte en elle, sous forme de logique naturdle, un géométrisme latent qui se dégage au fur et k mesure qu'elle pénètre davantage dans l'intimité de la matière inerte * >:. et on a pu reconnaître dans l'atomisme grec.