‹ Le BergsonismeChapitre 140 sur 171 · Évolution Créatria, p · texte numérisé non relu

Évolution Créatria, p

Or la réussite de la philosophie de l'évolution au XIX® siècle, sous sa forme dialectique avec Hegel, sous sa forme physique et physiologique avec Spencer, est un fait philosophique au même titre que la réussite de la Critique. Entendons réussite non seulement au sens de succès, mais au sens de fécondité. L'hégélianisme a apporté son oxygène dans l'atmosphère que respire l'histoire, l'évolutionnisme anglais dans l'atmosphère où baignent les sciences de la vie. Laissons ici de côté l'hégélianisme, qui a pu agir en Italie sur la philosophie de M. Croce comme le spencerisme en France sur celle de M. Bergson, mais dont l'action chez nous est épuisée, jusqu'au moment peut-être ou un néo-hégélianisme ferait suite au néo-évolutionnisme bergsonien. Avec M. Bergson une philosophie de l'évolution succède à la description des faits d'évolution qu'avait donnée Spencer. M. Bergson s'est rendu compte qu'après le développement des sciences de l'évolution au XIX'' siècle, la position des problèmes philosophiques devait être modifiée, — comme Descartes l'avait compris après les découvertes de Galilée. L'évolutionnisme incomplet de Spencer suscite l'exigence d'un vrai évolutionnisme, qui aura des chances d'être un évolutionnisme vrai, — de même que les compromis des physiciens avec la philosophie de l'Ecole devaient fmre place avec Descartes à un vrai mécanisme (qu'on vit plus tard n'être pas un mécanisme vrai).

Or qui dit évolution dit action, et il ne saurait y avoir de vrai évolutionnisme que dans une philosophie qui, au lieu d'expliquer l'une par l'autre la décomposition du monde matériel et celle de l'intelligence qui le décompose, son évolution et les lois selon lesquelles nous le voyons évoluer, les explique l'un et l'autre par l'action. Comme Faust la philosophie doit effacer plusieurs principes avant de poser celui-ci : Au commencement était l'action.

« Chaque être décompose le monde matériel selon les lignes mêmes que son action y doit suivre : ce sont ces lignes d'action possible qui, en s entre-croisant, dessinent le réseau d'expériences dont chaque maille est un fait... Dès que je pose les faits avec la configuration qu'ils ont aujourd'hui pour moi, je suppose mes facultés de perception et d'intellection telles qu'elles sont aujourd'hui en moi, car ce sont elles qui lotissent le réel, elles qui découpent les faits dans le tout de la réalité... Un évolutionnisme vrai se proposerait de rechercher par quel modm Vivendi graduellement obtenu l'intelligence a adopté son plan de structure, et la matière son mode de subdivision. Cette structure tt cette subdivision s'engrènent l'une dans l'autre. E^les sont complé-

LE MONDE QUI DURE

mentaires l'une de l'autre. Elles ont dû évoluer l'une avec l'autre ^. » Un vrai évolutionnisme consistera donc à tourner la Critique de la Raison pure en substituant la « régulation » au principe régulateur, comme la Critique substituait le principe régulateur au principe constitutif — et à tourner (ce qui est beaucoup plus facile) les Premiers principes en substituant l'action évolutive à ladécomposition de l'évolué. Le vrai évolutionnisme tente de faire coïncider la réflexion avec une action qui dure, de se maintenir dans une action continuée, de ne pas considérer l'action comme une chiquenaude initiale remplacée le plus vite possible par du mécanique et du tout fait. De même le vrai intellectualisme, avec Socrate et Platon, consistait à prendre le voù^ comme un principe d'explication continuel, et non pas, ainsi que le faisait Anaxagore, comme le déclenchement d'un mécanisme qui continue ensuite à fonctionner sans l'intelligence.

Au terme de l'intellectualisme était la philosophie selon laquelle il n'y a pas de réalité sensible, mais les réalités du voj^, les Idées. Pareillement, au terme de l'évolutionnisme, est la doctrine selon laquelle « il n'y a pas de choses, il n'y a que des actions. Plus particulièrement, si je considère le monde où nous vivons, je trouve que l'évolution automatique et rigoureusement déterminée de ce tout bien lié est de l'action qui se défait, et que les formes imprévues qu'y découpe la vie, formes capables de se prolonger elles-mêmes en mouvements imprévus, représentent de l'action qui se {ait * ». De même qu elle dénnit les deux groupes d'êtres vivants, animaux et végétaux, non comme la possession de certains caractères, mais comme une tendemce à les accentuer, de même la philosophie bergsonienne se définit non comme un évolutionnisme formel et superficiel, mais comme une tendance à accentuer le point de vue évolutionniste, — non comme un chemin tout fait, mais comme un chemin qui marche, un trottoir roulant sur lequel d'abord nous n'avons pas le pied sûr parce qu'il se meut avec nous.

1 and nous donnons à cette philosophie la forme didactique de 5, celle sous laquelle Descartes et Spencer ont rédigé leur

pensée une fois faite, nous posons le : Au commencement était l'Action. Nous posons l'Action comme Schopenhauer posait la Volonté, c'est-à-dire comme la réalité la plus simple et la plus féconde. La

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