‹ Le BergsonismeChapitre 150 sur 171 · I. ÉooluHon Créatrice, p · texte numérisé non relu

I. ÉooluHon Créatrice, p

tructlon, ne concerne qu'un commencement sans suite, un instant qui ferait place immédiatement à la reprise de la dégradation. Avant l'énergie qui se dégrade, il y avait donc de l'énergie qui ne se dégradait pas, et qui pouvait n'avoir pas eu de commencement. Cette énergie antérieure à la phase de dégradation serait la supraconscience bergsonienne, la source de l'élan vital. Comme la conscience est coextensive à une frange d'action empêchée par la dégradation, la supraconscience serait coextensive, soit à une toute-puissance sur un univers dont la plasticité et la mobilité ne feraient qu'un avec la plasticité et la mobilité de cette supra-conscience, — soit à une multiplicité de possibles «inalogues à ceux de l'intelligence divine dans la théologie de Leibnitz. Rien ne nous empêche d'imaginer un état d'invention, de liberté, d'aisance dionysiaques dont la conscience humaine retrouve peut-être, à certains moments d'extase, une ombre très vague, — d imaginer aussi qu'il était naturel que cette facilité suprême coulât à un certain moment sur cette pente même de facilité qu'est la dégradation, puisque, par un mouvement précisément inverse, c'est quand elle atteint avec les mathématiques la limite même de cette détente, que la vie, sous la forme de l'intelligence, apparaît avec le plus d'efficace sous la forme d'une réalité qui se refait.

Il y a une vie intérieure de l'univers, que nous ne pouvons saisir, que nous entrevoyons à travers des voiles, et qui doit être, à une puissance infinie, génie comme celle d'un Platon, d'un Léonard, d'un Gœthe. Peut-être la supraconscience a-t-elle eu, comme le génie, ses moments tragiques. Peut-être les grandes tragédies du théâtre et de 1 histoire, les grands drames de la vie intérieure, nous font-ils communier avec cette supraconscience cosmique d'où les mondes sont tombés comme les feuilles mortes d'un arbre. Renan a divisé fort à propos ses dialogues philosophiques en certitudes, probabilités et rêves. M. Bergson a essayé de ne présenter qu'un noyau de certitudes, il a dû l'entourer d'une frange de possibilité. Mais il reste autour de ses pages de grandes marges blanches où on peut loger beaucoup de rêves.

Le noyau de ces rêves, c est la communauté d'essence entre notre être intérieur et l'être de l'univers, entre notre élein de durée individuelle et la durée de l'élan vital. M. Bergson rappelle dans une note de l'Evolution Créatrice que VEssai montrait la vie psychologique transcendant à la fois le mécanique et l'intelligent, et il ne fait, dit-il, qu'appliquer dans VEvolution « ces mêmes idées à la vie en général,

LE MONDE QUI DURE

envisagée d'ailleurs elle-même du point de vue psychologique ^ ». De notre vie, qui est intérieure, nous pouvons conclure à la vie de l'univers. M. Bergson, dans l'Essai, considérait déjà la durée comme un « développement orgamique ». Il était dès lors amené à considérer le développ«Tîent organique comme une durée, à fusionner les deux idées, à poser le problème de la vie, non différent du problème de notre vie. Nous atteignons notre moi réel '< par une réflexion approfondie, qui nous fait sentir nos états internes comme des êtres vivants, sans cesse en voie de formation, comme des états réfractai res à la mesure, qui se pénètrent les uns les autres, et dont la succession deins la durée n'a rien de commun avec une juxtaposition dans l'espace homogène ^>\ Mais pour nous saisir dans cet état, dans cette réalité, pour vivre intérieurement à nous-mêmes, nous avons besoin d'un effort, et cet effort nous n'avons qu'à le continuer pour vivre intérieurement à l'univers, pour retrouver la réalité de l'univers comme nous avons retrouvé la nôtre.

Cette conversion vers l'intérieur est nécessaire pour éprouver dans la vie une réalité, pour ne pas la voir comme une abstraction ou « une simple rubrique sous laquelle on classe les êtres vivants ^ ». La vie c'est un courant de vie, qui a eu un commencement. Mais quand M. Bergson écrit : « A un certain moment, en certains points de l'espace, un courant bien visible a pris naissance >\ nul doute qu il ne faille voir là une façon populaire de parler, (comme lorsqu'on dit : Le soleil se lève,) et que la métaphysique ne consiste à dépasser ces apparences. Des difficultés immenses s'opposent à ce qu'elle y parvienne complètement, mais elle y parviendra d'autant mieux qu elle tournera le dos à ces termes de spatialité et de discontinuité que M. Bergson lui-même est obligé d'employer. « Plus on fixe son attention sur cette continuité de la vie, plus on voit l'évolution organique •e rapprocher de celle d'une conscience *. »

Dès lors V Évolution Créatrice applique à la vie les catégories qu'a révélées l'étude de la vie intérieure : multiplicité de fusion, imprévisibilité, liberté.

Le problème de l'élan vital comme le problème du moi implique deux points de vue d'unité et de multiplicité, et les développements

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