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I. L'Évolution Créatrice, p

LA CONNAISSANCE

viduellemoit l'est socialement : il a fallu la contrainte chrétienne pour donner au sentiment de l amour une conscience si aiguë.

D'une part la conscience apparaît donc en face d'une contrariété, d'un déficit. Mais d'autre part M. Bergson tend à faire de la conscience la réalité unique, à l'identifier avec cet absolu qu'il appelle l'élan vital. La matière se définit comme une conscience annulée <* où tout se compense et se neutralise >», l'automatisme est une conscience endormie, et la conscience positive apparaît ou reparaît quand il y a possibilité d'un choix. <* Conscience ou supra-conscience est la fusée dont les débris éteints retombent en matière ; conscience encore est ce qui subsiste de la fusée même, traversant les débris et les illuminant en organismes ^ ». Il faut donc admettre à l'origine une supra-conscience. Comme il y a d'autant plus de conscience chez un être " qu'une plus grande latitude de choix lui est laissée et qu'une somme plus considérable d'action lui est départie '-, choix et action doivent donc appartenir éminemment à la supra-conscience. M. Bergson se contente d'indiquer cette supra-conscience, anfJogue comme principe cosmique à la Volonté de Schopenhauer ou à l'Inconscient de Hartmann. Peutêtre certains moments d'extase, comme celle de Plotin, certains élans rdigieux et mystiques, certains états de grâce de la création artistique pourraient-ils nous en donner une idée ou un sentiment. Mais ces états sont des états de plénitude, alors que la conscience implique des possibles irréalisés, un désir d être, un déficit. C'est donc bien à la Volonté de Schopenhauer qu'il nous faut en dernière analyse nous arrêter. " L'élan de vie dont nous parlons consiste en somme dans une exigence de création. Il ne peut créer absolument, parce qu'il rencontre devant lui la matière, c'est-à-dire le mouvement inverse du sien ^. » Le déficit et l'obstacle contre lesquels jaillissent la conscience ou la supra-conscience serait donc la matière. Mais <« s'il c«t vrai que la vie prenne son essor au moment même où, par l'effet d'un mouvement inverse, la matière nébulaire apparaît ^ », était-ce supra-conscience ou inconscience qui existaient avant qu apparussent la vie et son inversion matérielle ? Nous retrouverons plus tard ces difficultés, auxquelles M, Bergson ne semble encore proposer que des solutions hypothétiques et vaporeuses.

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