LE MULET
On imagine fort souvent les départements du Sud-Est, dans leur ensemble, comme pays pauvres en chevaux et riches en mulets.
C'était opinion exacte au début du siècle dernier. Mules et mulets comptaient, en 1835, 13.653 unités dans le département, effectif double, pour le moins, de celui des chevaux de l’époque. La balance était, entre les deux espèces, à peu près- égale, vers 1890. Les chevaux prenaient alors nettement la tête, et les 8.903 mulets dénombrés en 1993, dans la Drôme, dépassaient à peine le quart de l'effectif total des équidés (espèce asine non comprise).
Dans nos deux cantons, la désaffection est très nette pour le mulet, depuis quelques années : leur nombre, en diminution de plus des 2/3 depuis 1900, n’est plus que de 194 en 1995.
Ce chiffre serait même insignifiant sans deux de nos communes du canton de Crest-Sud. Roynac et Puy-Saint-Martin possèdent à elles seules, en effet, 60 % de ces animaux, L'une et l’autre sont situées aux confins méridionaux de notre région ; administrativement rattachées à Crest, elles
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appartiennent, en fait, à la région de Montélimar. Coutumes et modes d'élevage y sont les mêmes que dans le reste de la grande plaine montilienne.
Les muletons y sont achetés, en général au sevrage, vers l’âge de 6 mois. Le plupart viennent du Poitou : ce sont des animaux de belle race, à la masse imposante, aux membres solides. Revendus vers l'âge de 3 ou # ans, 1ls font prime sur le marché et peuvent atteindre des prix élevés. Les mules de belle £onformation et de caractère facile ont la préférence auprès des acheteurs ‘espagnols, que les payent largement, laissant à leurs éleveurs d’importants bénéfices. Il y à quelques années, on nous présenta l’une d’elles : son propriétaire avait repoussé une offre de 10.000 francs !
D'autres animaux, de provenances diverses, se rencontrent ausSi, mais en moins grand nombre. Ils sont originaires de la Gascogne, de la Savoie, des départements alpins ; de types différents, sans grande fixité, ils sont habituellement moins étoffés, de taille plus petite et de mem- . bres plus grêles. On les dénomme indistinctement mulets de pays. |
Ce Sont, au contraire, ces derniers à peu près seuls que nous trouvons aux environs de Crest. Ils ne donnent lieu à aucune spéculation d'élevage ; possédés habituellement par de petits propriétaires, ce sont des animaux de servicé, remplacés maintenant par des chevaux au fur et à mesure des disparitions, Nous ne voyons plus, comme avant 1914, dans ‘certaines grandes exploitations de Chabrillan, de La Répara, de Saou et de Soyans ces bandes de beaux mulets ou de mules du Poitou. L'espèce mulassière est en voie de disparition dans notre région ; pour peu que cela dure, elle n°y sera bientôt plus qu’un souvenir.
LR AE
Pourquoi le discrédit de ces animaux aux qualités précieusgs, remarquables par leur sobriété, leur force et leur longévité ? Quelles raisons invoquer pour justifier l’abandon de cet élevage et son remplacement par celui du che- val ? Les régions voisines de Montélimar et de Romans se livrent pourtant avec fruit à la spéculation mulassière, et ne Semblent pas vouloir la délaisser. Question de mode, eroyOns-nous..…., mais la mode est changeante l'A
Quant aux naissances, elles sont nulles. De très rares propriétaires du canton de Crest-Sud, mènent pourtant leurs juments aux baudets de la station de Sauzet, depuis quelques années. Leur exemple mériterait d’être suivi, et beaucoup d’éleveurs auraient, peut-être, avantage à substituer de bons mulets aux chevaux disparates produits actuellement.
Nous avons la FoneHon que léclipse du muiet n’est que passagère.