SATÎ ABANDONNE SON CORPS
1. Mâitréya dit : Ayant ainsi parlé , Çamkara se tut, songeant à Tanéantissement du corps de sa femme , qui devait arriver, quelque parti quelle prît. Cependant Satî, partagée entre deux sentiments opposés, tantôt sortait dans le désir de voir ses parents, tantôt rentrait par crainte de Bhava.
2. Blessée de l'obstacle qui s opposait à son désir, pleurant de tendresse, troUblée par les larmes qui couvraient son visage, Bhavânî (Satî), tremblante de colère, regardait, comme si die eût voulu le consumer, Bhava, qui na pas son égal parmi les hommes.
5, Enfin, le coeur déchiré par la colère et par le chagrin, Satî, poussant de violents soupirs, se rendit à la d^ieure de son père, Tesprit égaré par sa passion de femme > et abandonnant celui qui, chéri des hommes vertueux » lui avait donné par a£Pection la moitié de son propre corps.
&• A la suite de Satî, qui s éloignait seule avec rapidité, s élan^ cèrent impétueusement par milliers les intrépides serviteurs de Çiva aux trois yeux, Manimat, Mada et les autres, accompagnés des Yakchas de l'assemblée et précédés du taureau Vrichéndra.
5. Après avoir placé Satî sur le dos de Vrrehêndra , ils sayancèrent en grande pompe , portant des oiseaux Sârikâs , des balles, des miroirs, des lotus, des parasols bSancs, des éventails, des guirlandes, et faisant résonxier des timbales, des conques et des flûtes.
0. Elle entra ainsi dans Tenceinte du sacrifice, dans ce lieu aimé des Rïchis d'entre les Brahmanes et de tous les Immortels, où Ton frappe la victime consacrée par la récitation des Vêdas, et où se: :
trouvent les instruments de la cérémonie, faits d'argile, de bois, d'airain, d'or, d'herbe Darbha et de peaux.
7. Quand elle fut entrée, aucun des assistants n'osa, dans la crainte de blesser celui qui célébrait le sacrifice, accueillir avec respect la Déesse dédaignée de son père, à l'exception cependant de sa mère et de ses sœurs, qui, la voix entrecoupée de sanglots, la serraient dans leurs bras avec empressement et amour.
8. Mais Satî, repoussée par son père, n'accepta ni le siège élevé, ni les marques de respect que s'empressaient de lui donner sa mère et ses tantes, ni l'accueil que lui faisaient ses sœurs, en abordant une sœur née de la même mère qu'elles.
9. A la vue de ce sacrifice, auquel Rudra ne prenait point part, et du manque de respect que Dakcha son père témoignait au divin Vibhu (Çiva), la Déesse souveraine, méprisée, donna cours, au milieu de l'assemblée, à son indignation, comme si die eût voulu consumer les mondes par sa colère.
10. Arrêtant, par sa puissance, la troupe des Bhûtas qui se levaient [pour la venger], Dêvî, la voix étouffée par la fureur, blâma ainsi, en présence de l'univers qui l'entendait, l'ennemi de Çiva son père, dont la pratique des sacrifices avait exalté l'orgueil.
» 11. Dêvî dit : Quel autre que toi pourrait être l'adversaire de celui qui n'a pas de supérieur dans le monde, qui ne peut avoir ni ami ni ennemi, de celui dont le cœur a de l'affection pour les hommes, de l'âme de cet univers, qui a renoncé à te résister?
12. Il y a des gens de bien qui, comme toi, ô Brahmane! ne voient que les fautes parmi les qualités d'autrui; d'autres qui ne les voient pas ; d'autres , enfin , et ce sont les plus grands , qui sont soigneux de grossir les plus faibles mérites. Toi, tu trouverais encore des fautes dans ces sages.
13. Il n'est pas étonnant qu'ils dépriment toujours avec envie les êtres les plus élevés, ces hommes méchants qui voient l'âme dans ce cadavre du corps; la poussière qui s'élève des pieds des grands hommes les prive de leur éclat : il n'y a rien là que de juste.
u. Ainsi, malheureux Brahmane, tu hais ce Civa dont la re-