II
&2. Rends-toi donc, ami, et puisse le bonheur être avec toi! au saint rivage de la Yamunâ, dans le bois pur de Madhuvana, où Ton jouit sans cesse de la présence de Hari.
45. Là, te baignant trois fois le jour dans Teau fortunée de la Kâlindî, tu fixeras ta demeure, pour y remplir, dans une posture convenable, les devoirs qui te sont imposés.
44. Purifiant peu à peu de leurs souillures ton cœur, tes sens et ta respiration par la pratique du triple Prânâyâma , médite avec un esprit ferme sur le Précepteur suprême,
45. Qui, dans sa bienveillance, te sera toujours présent, avec ses yeux et son doux visage orné d'un beau nez , de beaux sourcils et de joues gracieuses; médite sur le plus beau des Suras,
46. Qui est jeune, dont le corps est aimable, dont les yeux et les lèvres sont rouges, qui est Tasile de ceux qui Tadorent, qui donne le bonheur, qui est secourable, qui est un Ofcéan de miséricorde,
47. Qui, portant sur sa poitrine la marque du Çrîvatsa, se montre sous la figure d'un homme dont la peau est dun noir foncé, que pare une guirlande de fleurs des bois, qui a quatre bras portant pour attributs une conque , le Tchakra , une massue , un lotus ,
48. Qui a un diadème, des pendants d'oreilles, des bracelets au bras et au poignet, au cou duquel est suspendu le joyau Kâustubha, qui a un vêtement de soie de couleur jaune ,
49. Dont la taille est entourée d'une ceinture de clochettes, aux pieds duquel se jouent des anneaux d'or; qui est calme, qui est de tous les êtres le plus aimable à voir, qui comble de bonheur le cœur et les yeux;
50. Médite enfin sur cet être qui, plaçant son siège au milieu de^ cœurs de ceux qui lui sont dévoués, comme au centre d'un lotus, pose dans leur sein ses pieds, dont les ongles brillent, semblables à une rangée de joyaux.
51. C'est ce Dieu, le plus libéral de tous les êtres, qu'il faut, avec un cœur ferme et exclusivement attentif,, se représenter, par la méditation , souriant avec des regards affectueux.
52. Le cœur de celui qui contemple ainsi la forme bienheureuse
MVRE QUATRIÈME. 45
de Bhagavat, parvient bien vite à Finaction suprême, dont rien ne peut plus le détacher.
55. Apprends encore de ma bouche, ô fils de roi, la prière, mystère suprême, que Thomme n a quà réciter pendant sept jours pour voir les habitants du ciel; cette prière, c'est : « Ôm ! Adoration à Bhagavat, « fils de Vasudêva ! » •
54. Qu'avec ce Mantra le sage rende au Dieu un culte extérieur, en employant diverses substances et en observant les distinctions relatives au temps et au lieu.
55. Qu'il ^honore le souverain Seigneur en lui offrant de l'eau, des fleurs pures, des fruits et des racines des bois, des tiges de l'herbe sacrée, des feuilles d'arbres et la plante Tulasî qui lui est chère.
56. . Après avoir pris pour objet de son hommage une substance matérielle, que le solitaire, maître de lui--même, calme, silencieux, sobre et ne mangeant que les fruits de la forêt, honore le Dieu dans la terre, dans l'eau et dans les autres corps [qui le représentent].
57. Qu'il médite en son cœur sur ce que l'Etre dont la gloire est excellente doit accomplir, avec l'incompréhensible Mâyâ dont il dispose, dans le cours des incarnations qu'il revêt à son gré.
58. Autant il y a de cérémonies qui ont été observées par les anciens en l'honneur de Bhagavat, autant le sage en doit accomplir en prononçant la prière même qui est la substance des Mantras, pour le Dieu dont la prière est la forme.
50. Recevant ainsi du sage qui le porte en son cœur, et qui lui rend un culte plein de dévotion, l'hommage de ses actions., de ses pensées et de ses paroles ,
60. Bhagavat, qui ùài croître l'affection des cœurs sincères et vraiment dévoués, lui assure, parmi les objets que recherchent les hommes, le bonheur qu'il ambitionne.
61. Enfin, qu'affranchi de l'attachement que produisent les sens, il serve Bhagavat avec une affection constante, augmentée par l'application d'une dévotion profonde, et il arrivera certainement à la béatitude.
62. Mâitrêya dit : Après avoir reçu ces avis, le fils du roi, ayant
44 LE BHAGAVATA PURAIJIA.
tourné avec respect autour de Nârada et s'étant incliné devant lui, se rendit à la forêt pure de Madhuvana, lieu embelli par Tempreinte des pas de Hari.
65. Quand le jeune liomme fut parti pour ce lieu de pénitence, le solitaire Nârada ^'introduisit dans Tappartement intérieur d'Uttânapâda , et après y avoir reçu du roi les honneurs de Thospitalité et s'être assis sur un siège commode, il lui paria ainsi.
64. Nârada dit: D'où vient, ô roi, que tu te livres à de profondes réflexions qui attristent ton visage? Sans^ doute, ni le plaisir, ni la vertu, ni la fortune ne te manquent.
65. Le roi dit : Mon jeune fils, ô Brahmane, âgé de cinq ans, cet enfant si sage, a quitté la ville avec sa mère, et c'est ma préférence pour une autre femme et ma dureté pour lui qui l'y ont forcé.
66. Les loups ne dévoreront-ils pas un enfant qui est seul dans la forêt, sans secours, épuisé par la faim et par la fatigue, couché sur la terre, le visage semblable à un lotus fané.î^
67. Aussi, vois ma cruauté, ô Brahmane, et ma faiblesse pour une femme I J'ai été assez dur pour repousser mon enfant qui , par afiection pour moi, voulait monter sur mes genoux.
68. Nârada dit : Ne pleure pas, ô roi des hommes, sur ton fils, qui est protégé par un Dieu ; tu ignores sa grandeur, dont la gloire remplira l'univers.
69. Après avoir accompli une oeuvre bien difficile à exécuter, même pour les Gardiens du monde, il parviendra bientôt à étendre ta renommée.
70. . Mâitrêya dit : Le roi de la terre , après avoir entendu les paroles du Richi des Dêvas, dédaignant désormais le bonheur de la royauté, ne songea plus qu'à son fils.
71. Cependant Dhruva, s'étant baigné à Madhuvana, passa dans le jeûne la nuit même de son arrivée, et, se conformant aux instructions du Rïchi , il adora dans le recueillement Purucha.
72. Ne mangeant que de trois en trois nuits le fruit du Kapittha et du jujubier, et seulement autant qu'il lui en fallait pour se soutenir, il passa un mois entier à vénérer Hari.