INTRODUCTION
Il y a quelque dix ans, l'histoire de nos arts industriels était à peine ébauchée. Tandis que tout ce qui est du domaine de l'art élevé, peinture , sculpture , architecture, a été, depuis deux siècles et plus, l'objet de recherches incessantes et d'études approfondies, les productions si variées de nos modestes ouvriers du moyen â^e et de la
Renaissance ont en pendant longtemps pour tout privilège le mérite île fixer l'attention de quelques amateurs délicats et clairvoyants. On oubliait qu'à côté des grands maîtres de l'art, avaient vécu des hommes de goût et d'intelligence qui, formés à leur école, ont fondé nos industries artistiques et dépensé un talent réel à l'ornementation de nos demeures ou à la création de mille objets charmants dans lesquels se reflètent si bien les goûts et les tendances des différentes époques qui les ont vus naître.
Le jour de la justice est enfin venu pour ces travailleurs d'élite auxquels la France doit non-seulement une bonne part de sa prospérité , mais encore cette glorieuse suprématie artistique , dont elle est en possession depuis bientôt trois siècles, en dépit des événements et des révolutions. Les collectionneurs de notre époque ont, les premiers, donné l'élan de cette réparation tardive, en remettant au jour tant de précieux modèles de terre , de pierre ou de métal qui figurent si honorablement aujourd'hui dans nos musées. Grâce à eux , nos industries ramenées dans une voie meilleure ont fait, en peu d'années, de remarquables progrès, et, en présence des brillants résultats révélés par la dernière exposition des arts industriels, ou ne saurait maintenant sans grande injustice médire des curieux et se railler de leurs manies.
Mais ce n'est point tout ; à la suite des amateurs d'objets d'art, d'érudits et studieux chercheurs, interrogeant les monuments eux-mêmes, compulsant les matériaux sans nombre enfouis dans nos dépôts d'archives, ont entrepris à leur tour de faire connaître au public les origines de
ces industries et jusqu'aux détails intimes de la vie de ceux qui les ont pratiquées. Chaque jour voit paraître , sous forme de monographies , de nouveaux travaux consacrés à la mémoire de quelques-uns de nos artistes ou à l'étude de leurs œuvres. C'est ainsi que les émailleurs do Limoges ont eu pour historiens MM. de Laborde, Maurice Ardant, Dussieux et Jules Labarte ; que l'histoire de la peinture sur verre a été écrite par M. Ferd. de Lasteyrie, celle de l'horlogerie par M. Dubois , et que dans de brillantes et consciencieuses études, publiées par la Gazette des beaux-arts , MM. Paul Mautz et Fournier ont retracé l'un les origines et les progrès de Y orfèvrerie française , l'autre les annales de l'art de la reliure.
Mais de toutes ces industries dont l'histoire est en quelque sorte à l'ordre du jour , aucune n'a été étudiée avec plus d'ardeur que la céramique. Je ne puis énumérer ici, tant ils sont nombreux, tous les ouvrages qui ont paru depuis peu sur cette intéressante matière; il me suffira, pour donner une idée du mouvement des esprits dans cette direction, de citer les plus remarquables et les plus importantes publications. Telles sont la Description du musée céramique, de Sèvres, par mon vénéré maître et ami M. Riocreux, — Y Histoire de la porcelaine, de M. Jacquemart , — la reproduction des faïences de Henri II et de Palissy, par M. Delange , — Y Histoire des céramistes nivernais, par M. Dubroc de Séganges, — les notices de M. Davillier sur les faïences hispano-moresques et du midi de la France , complétées depuis par M. Jacquemart, — et enfin les publications toutes récentes de M. Darcel sur
les Faïences du musée du Louvre, — les liecheiches céramiques, de M. Greslou, et Y Art de terre chez les Poitevins, par M. Benjamin Fillon.
Eu Angleterre , les mêmes préoccupations ont produit les ouvrages de MM. Robinson , Marryat et Chaffers sur les poteries et les porcelaines, et l'Allemagne elle-même prend part à ce mouvement, comme l'attestent les publications substantielles de M. le docteur Graisse sur les manufactures de porcelaine d'Europe.
Ainsi de tous côtés, savants et curieux sont à l'œuvre, et avant peu on possédera tous les matériaux de l'histoire de cette importante industrie. Des quatre grands centres de la fabrication céramique eu France, Xevcrs, Rouen, Mousticrs et Strasbourg, deux, comme on vient de le voir, ont été l'objet de travaux particuliers aussi complets que possible. M. Pottier a entrepris depuis longtemps l'histoire des faïenceries rouennaises ; je veux , à mon tour, apporter ma pierre à l'édifice en construction en produisant , sous forme de simples notes, les matériaux que j'ai pu recueillir pendant mou séjour en Alsace.
Appelé à résider, depuis quelques années, à Strasbourg, j'ai été heureux de consacrer à une étude aus*i intéressante les rares loisirs d'une vie fort occupée. J'étais d'ailleurs préparé à ce travail par de précédentes recherches sur la céramique; aussi, malgré des lenteurs inévitables, ai-je accompli ma tâche avec toute la persévérance qui est nécessaire pour mener à bonne fin uue semblable entreprise. Car , ce n'est point toujours chose facile que de rétablir une généalogie à l'aide des volumineux re-
gistres d'état civil d'une cité populeuse, et de retrouver dans les innombrables dossiers d'un dépôt d'archives qui est un des plus riches de France, les documents qui permettent d'établir avec certitude l'époque de fondation d'un établissement industriel détruit depuis prés d'un siècle, et d'indiquer ses accroissements successifs et les phases diverses de son existence. Que de recherches infructueuses, que de temps perdu , lorsque l'on s'aventure sans guide dans ces sentiers inexplorés; heureusement, l'accomplissement de cette tâche m'a été rendu facile par le bienveillant concours de M. l'archiviste Schwcighauser qui m'a gracieusement offert de rechercher lui-même dans le dépôt de la ville les pièces ayant rapport à mon sujet, et a eu de plus l'extrême obligeance de m'en faciliter la traduction ; aussi , au début de cette étude , ai -je tenu à lui adresser mes affectueux remercîments.
Indépendamment des documents recueillis aux archives du département et de la mairie , j'ai étendu mes investigations aux registres de l'ancien corps des marchands, conservés à la Chambre de commerce, et aux études des notaires. Enfin , j'ai eu la bonne fortune de rencontrer chez un descendant de Ch. Hannong plusieurs pièces du plus haut intérêt dont il sera fait mention dans le cours de cet écrit.
C'est à l'aide de ces documents qu'a été composée la notice relative aux établissements de la famille Hannong à Strasbourg et à Haguenau. Pour les usines et les artistes de la Lorraine, particulièrement pour Niderwiller, Epinal, Luné ville et Rambcrvillers, j'ai utilisé surtout les
renseignements qni m'ont été communiqués par différentes personnes de ces localités et les notes que j'ai recueillies moi-même, soit sur place, soit aux archives de la Meurthe.
Mon intention étant de retracer aussi brièvement que possible l'histoire de ces divers établissements, j'ai tenu tout d'abord à indiquer les sources où j'ai puisé mes indications, me réservant de publier à la suite de ce mémoire, si cela est nécessaire, les principaux documents dont j'aurai fait usage. J'espère ainsi donner à ce travail plus d'ordre et de clarté, sans rien lui enlever de son exactitude. Quant à l'intérêt que peut présenter une semblable étude, il réside tout entier dans les faits eux-mêmes que j'aurai à rapporter, car ces faits ont une importance réelle pour l'histoire de l'art céramique, et pour faire apprécier leur valeur il me suffira d'eu indiquer quelquesuns, comme la tentative faite, en 1721, par Charles Hannong pour monter à Strasbourg une fabrique de porcelaine dure, — l'introduction en France des procédés de la fabrication allemande , — la création des grands établissements de Strasbourg, Hagucnau et Franckenthal , leur prospérité croissante pendant plus d'un demi-siècle , anéantie tout à coup par un procès avec les princes de Rohan, qui aboutit à la ruine de Joseph Hannong. — les détails relatifs aux belles usines de Niderwiller, Lunéville et aux travaux des sculpteurs Cyfflé et Lemire , — enfin l'influence des traditions strasbourgeoiscs et lorraines sur les manufactures de l'intérieur de la France.
L'art céramique on Alsace , depuis la période rotnaitie. — Antiquité» de Kheiuzabern. — Le potior de 8chtestadt. — Fabriques de poêles artistiques aux XVI* et XVir siècles.
Dans aucune partie de la France, ou ne rencontre plu* abondamment qu'en Alsace et qu'en Lorraine , les terres et les matériaux propres à la fabrication des poteries; aussi depuis longtemps , cette industrie y est-elle florissante. Les nombreux restes de poteries antiques recueillis dans la contrée démontrent tout le parti que les populations qui l'ont successivement occupée ont su tirer des dépôts argileux répandus dans tout le bassin rhénan. On trouve encore, de nos jours, des traces visibles de ces anciennes exploitations céramiques, et, parmi celles de la période romaine , il eu est une qui paraît avoir eu une importance considérable ; elle se trouvait sur la rive gauche du Rhin , entre l'ancien Argentorat (Strasbourg) fet Mayence, non loin de Lauterbourg, sur l'emplacement d'une station appelée Tabernœ dans les itinéraires, aujourd'hui Rheinzabern.
Des fouilles entreprises au commencement de ce siècle ont remis au jour non-seulement une innombrable quantité de poteries , mais encore de vastes ateliers ; on a compté jusqu'à soixante-seize fours dans la ville ou dans le voisinage de son enceinte. Les poteries avaient presque toutes pour caractère particulier de se rattacher aux rites religieux et au culte païen : c'étaient de petits autels dédiés aux dieux lares, des statuettes de divinités ou des
urnes cinéraires , ornées de représentations des dieux du paganisme. Cette ornementation dans laquelle les animaux, les plantes et la figure humaine surtout jouaient un grand rôle , procède de l'art étrusque ou romain , mais en conservant toujours quelque chose de barbare dans la forme.
Sans aucun doute, comme le fait observer M. le professeur Jung, les artistes de Rheinzabern ont adopté des types empruntés à des provinces plus avancées dans la civilisation ; les coins dont ils se servaient pour imprimer les figures dans les formes, sont en terre cuite, tandis que ceux des potiers du Midi sont en métal, ce qui semblerait indiquer que les premiers ont été obtenus au moyen de surmoulages. Quoi qu'il en soit, ces moules retrouvés de nos jours par un industriel habile ont servi à fabriquer de fausses antiquités, lorsque la spéculation des brocanteurs eut épuisé les immenses approvisionnements de poteries anciennes renfermées dans les magasius souterrains de Rheinzabern.1
Des découvertes semblables , mais moins importantes , * ont été faites, à différentes époques, sur d'autres points de l'Alsace, notamment dans les environs de Dinsheim, de Still et de Heiligenberg.
. Plus tard, pendant la période du moyen âge, l'état avancé de l'art céramique en Alsace est encore attesté
1. Voy. Antiquités de Rheinzabern ; 15 planche* publiée» par M. Malter, et Soticr $ur Rheinzabern et sea antiquités, par Al. le professeur Jung, danH le Bulletin de la Société de* monuments lmtoriques d'Alsace, tome 1", p. 1 17. Ce dernier travail renferme Une liste de t»8 nom» de potiers, relevés *ur de» vases ou de» moule» provenant de ce» fouille».
par un document des plus précieux et qui a été souvent cité. Je veux parler de ce passage de la chronique des dominicains de Colmar , où est rapportée la mort du potier de Schlestadt, à la date de 1283: Obiit Jigulus Stezlatalt qui primas in Âlsatia vitro vasa fictilia vestiebat. » Ainsi, il ne s'agit plus seulement de simples poteries communes, mais de vases d'argile recouverts d'un enduit vitreux, d'une véritable glaçurc soit plombeusc, soit stannique. Malheureusement, les monuments faisant complètement défaut , on en est réduit à des conjectures sur la composition de cette couverte vitreuse , et sur la nature des productions céramiques de l'époque. Un seul fait semble jeter quelque lumière sur cette obscure question : c'est la reproduction sur quelques tableaux anciens, conservés aujourd'hui dans les musées de Colmar et de Strasbourg, de vases en faïence blanche avec ornements bleus.
L'intérêt que présente ce fait particulier m'a engagé à reproduire l'un de ces va**es.
C'est celui qui se trouve sur le grand tableau attribué à Martin Schœngauer et portant le n° 204 du livret du musée de Colmar, la Vierge de fannonciation. Ce vase, qui peut avoir 20 à 25 centimètres de hauteur , renferme un grand lis et est placé aux pieds de la Vierge ; ainsi que je viens de le dire, il est revêtu d'une couverte blanche sur laquelle les dessins se détachent en bleu. Une autre poterie présentant exactement les mêmes caractères, mais ayant une destination toute vulgaire, se remarque dans la Nativité de Mathias Griincwald du même musée, et je pourrais encore en signaler quelques autres soit à Colmar, soit à Strasbourg.
Quelles soient de Martin Schœn ou de son école , ces peintures sont incontestablement des productions de l'art local au XVe siècle, et les objets représentés doivent être aussi sûrement des poteries fines recouvertes d'émail. Si l'on réfléchit maintenant aux habitudes des artistes d'alors de placer leurs personnages dans des intérieurs du temps, et de les entourer d'accessoires empruntés également au mobilier contemporain, on comprendra toute la valeur de cette indication. Pour nous qui connaissons les tendances conservatrices des populations rhénanes, le soin avec lequel elles se transmettent de génération en génération les traditions locales aussi bien que les procédés industriels, nous serions assez disposé à voir dans les vases en question l'image d'une de ces poteries iuveutées à Schlestadt et dont la fabrication se serait continuée en Alsace jusque vers le milieu du XVe siècle.
A partir de cette époque , il devient plus facile de
suivre les progrès de la céramique alsacienne. Si les preuves écrites font encore défaut , les monuments sont déjà assez nombreux pour permettre d'apprécier l'état de cette industrie et la nature de ses produits. C'est au delà du Rhin, à Nuremberg ou à Augsbourg, vraisemblablement , que les potin-s strasbourgeois vont faire leur apprentissage; leur grande affaire alors paraît être Ja fabrication des poêles artistiques, de ces grands monuments de terre cuite , dont la confection exigeait les connaissances céramiques les plus complètes. Ds ont fait également des épis et des crêtes de faîtage et même des objets purement de fantaisie, comme des vases d'ornement , des statuettes dont j'ai vu quelques spécimens dans les collections locales, notamment à Schlestadt, chez M. Ringeisen, et à Strasbourg, chez M. le baron Le Bel ; je signalerai particulièrement un grand oiseau en terre vernie de la première collection , et dans la seconde un petit cavalier du même genre qu'un fragment de statuette envoyé par moi à M. Riocreux et représentant un chevalier revêtu de l'armure allemande de la fin du XVe siècle.
Les poteries dont il s'agit n'appartiennent pas , il est vrai, à la classe des faïences stannifères, puisqu'elles sont revêtues d'un simple enduit terreux, mais elles ont un caractère artistique suffisant pour que j'aie cm devoir les mentionner dans ce court aperçu. Il en est de même des poêles, dont j'ai déjà parlé; ces poêles ou étuves étaient, comme je l'ai dit, de véritables monuments ayant parfois plusieurs mètres d'élévation et occupant une place importante dans l'intérieur des appartemeuts.
Leur décoration, qui a peu varié, se composait généralement d'une série de plaques ou carreaux en terre cuite, figurant des personnages allégoriques, placés dans des niches ou des encadrements architecturaux du goût de l'époque, le tout exécuté en ronde bosse ou demi-relief et vernissé en brun, vert ou noir ; jamais je n'ai eu occasion de constater l'emploi simultané de plusieurs couleurs, et je dois ajouter que, lors môme qu'ils ont traité des sujets identiques, les potiers alsaciens sont restés audessous des artistes de la Bavière, aussi bien sous le rapport du fini de l'exécution que sous celui de la beauté de la couverte.
Cette fabrication des poêles à décor en relief est particulière à l'Allemagne et parait avoir été pratiquée surtout à Nuremberg; on a même prétendu que c'est là que Palissy était venu prendre des leçons de son art de terre , mais rien ne justifie cette assertion aussi hasardée que tant d'autres suppositions qui ont été faites sur l'existence obscure du grand potier français. Quoi qu'il en soit , les poêles de cette époque, allemands ou strasbourgeois, ont certains caractères artistiques qu'il importe de mentionner. Avant tout , ils sont en parfaite harmonie de style avec le genre d'architecture des édifices ou des^habitations qui les renferment: de forme gothique ou plutôt ogivale d'abord, puis dans le style de la Renaissance allemande, et enfin suivant le goût français à partir du XVIII* siècle. Les monuments de la première période sont assez rares, mais on rencontre fréquemment en Alsace des panneaux provenant des poêles des XVIe et XVIIe siècles. 11
est évident que Strasbourg a été, h cette époque, le centre d'uue fabrication très-active ; suivant la tradition . on y comptait alors jusqu'à douze manufactures de poêles; il y eu avait une notammeut, dans la maison Arnold, rue du Jeu des enfants', une autre, qui existe encore, dans la rue de la Madeleine. J'ai vu quelques moules provenant de ces fabriques, et quant aux fragments de poêle, ils sont assez communs et de modèles assez variés pour que Ton puisse se faire une idée de l'importance de cette fabrication.
D'un autre côté, ces poteries ont tous les caractères de l'architecture locale, et, dans leurs dispositions générales aussi bien que dans les détails de l'ornementation, on retrouve facilement l'inspiration de Dieterlin et de Specklé, les deux grands architectes de l'Alsace. Ce sont les mêmes portiques à plein cintre, avec bases à bossages, décor de mascarons, guirlandes et chutes de fruits. Quant aux figures qui occupcut le centre des monuments, elles sont assez variées, quoique présentant un type uniforme peu élégant d'ailleurs ; ce sont généralement des sujets allégoriques ou religieux, comme les saisons, les vertus, les nations, l'échelle de Jacob, le sacrifice d'Abraham, le jugement de Salomon, le baptême de Jésus-Christ, les noces de Caua, les évangélistes, etc.
Les potiers étaient assez nombreux alors pour former une corporation qui appartenait à la même tribu que les
1. Ou y a trouve, il a quelques années, en faisant des fouille» pour une construction, une quantité considérable de fragments de ce» sortes de poterie.
maçons, tailleurs de pierre, et autres ouvriers en bâtiments. Ils avaient leurs règlements que j'ai retrouvés en partie dans un recueil des statuts de la corporation des maçons; le documeut le plus intéressant, en date du 13 avril 1601, est relatif à la confection du chef-d'œuvre. Ce chef-d'œuvre devait consister dans l'exécution de diverses pièces de poterie de grandes dimensions, et dans la confection d'un « poêle vert d'un bel émail bien égal . « dont la partie inférieure doit avoir la hauteur de sept « carreaux avec deux moulures et la partie supérieure « haute de trois carreaux avec deux rebords unis et quatre « moulures circulaires. » Il n'est pas question ici de la partie artistique du chef-d'œuvre; sans doute toute latitude était laissée aux ouvriers à cet égard, mais par les spécimens retrouvés dans les deux fabriques dont j'ai parlé ci-dessus, on voit de quoi se composait habituellement l'ornementation des poêles à cette époque. C'est parmi ces modèles que j'ai choisi le dessin reproduit en tête de cette notice.
Les potiers alsaciens tentèrent, à ce qu'il parait, d'importer leur art dans l'intérieur de la France , car je vois dans une notice de M. Houdoy' qu'un nommé Chanon fonde à Lille, en 1714, une manufacture où il fait «des « étuves pour se chauffer l'hyver sans voir le feu , à la « mode de ceux d'Allemagne » , et plus tard, en 1758 , le sieur Heringle, natif de Strasbourg, obtient l'autorisation
1. Recherche» sur les manufacture» lilloise» de porcelaine et de faïence, par Jules Houdoy.
d'établir, dans la même ville , une fabrique de poêles de faïence ou étuves.
A la fin du siècle dernier, et sous l'Empire, la fabrication des poêles artistiques était encore fiorissautc à Strasbourg ; Hannong, Acker, puis Walter et Hermann ont laissé de beaux monuments de ce genre. Actuellement un artiste de goût et d'intelligence , M. Hugelin , continue avec succès ces traditions. t- ^-^