‹ Le Bibliographe alsacien (volume 2)Chapitre 15 sur 127 · Voir le premier numéro dn liiUiographr · texte numérisé non relu

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croquant la première pomme, a peut-être été la cause fatale. Que devons-nous penser après cela du savoir-vivre de toutes celles qui se compromettent et osent rire aux représentations de Pourceaugnac et du Malade imaginaire f Oh! l'aimable et sage duchesse de Bourgogne n'y mettait pas tant de scrupules , et aurait lu sans sourciller tous les petits Carré» du monde; elle qui, retenue par l'étiquette dans le salon de Louis XIV, se faisait administrer, sous le manteau de la cheminée du grand roi, plutôt. que de le perdre, le lénitif prescrit par M. Purgon. Nous n'avons pas entendu dire que , pour avoir égayé quelques soupers du château de Neuilly de ses refrains privés de bretelles. M. Vatout ait été mis au ban de la cour par la reine Amélie, de cérémonieuse mémoire. Bref, auprès des berceaux, comme auprès des malades du monde entier, mères, femmes , sœurs, toutes les femmes enfin, ne font-elles pas métier... d'anges? et laquelle s'indignerait contre moi quand je ferais rimer ici cette appellation céleste avec langes.

Voilà le Petit Carré vengé, et si nous sommes aussi bien informés que nous croyons l'être, notre confrère nous remerciera d'avoir pris la défense d'un auteur dont peut-être il serrait la main, sans s'en douter, le jour même où il mettait si ingénument sa production joviale à l'index; car les Échos du Rhin reçoivent fort bonne compagnie, témoin les paraphes littéraires de MM. Erckmann-Chatrian et J. Macé. Nous avons lu avec un charme extrême la nouvelle sur Euloge Schneider, du premier de ces écrivains harme rompu par le vif dépit de voir

ajournée à un mois lu fin de ce récit attachant. L'emploi de la formule — la suite au numéro prochain — nous semble une mystification de la part d'une feuille mensuelle de la dimension des Écho»; d'autant plus que le dénouement du conte n'aurait guère tenu plus de place qu'une pièce de vers occupant la 4* page, qui n'aurait rien perdu à attendre , au contraire.

Intituler une élégie Terreurs aimées, pour qu'on l'encadre avec apparat sous cette étrange rubrique: Folies alsaciennes! C'est bon à savoir. Quand j'aurai des vers à publier, je ne m'arrêterai pas à votre enseigne pour m'y voir coiffé, comme un clown, du bonnet à grelots. Peste! Messieurs, c'est le prendre de haut avec les muses, qui sont pourtant des dames et de grandes dames. Le procédé est un peu gymnastique. Platon bannissait les poètes de sa république, mais il n'attachait pas d'écritcau à leur épaule. II — y.

Du Jury en matière criminelle , par F. de Bigorie de Laschamp, procureur général à la Cour impériale de Colmar. Typographie Hofiinann , à Colmar; in-18, 282 p.

Dans son origine, l'institution du jury est essentiellement populaire; être jugé par ses pairs, voilà le principe qu'elle consacre ; c'est ce que M. de Bigorie établit lorsqu'il dit : « qu'elle est du domaine général , que l'intérêt «des masses la saisit, et qu'elle s'impose à l'attention de «tous. » L'auteur cherche aussi à démontrer que la décadence de l'institution, à diverses époques, tenait moins

à ses vices organiques qu'à l'insuffisance des hommes chargés de la maintenir. Notre but n'est pas d'examiner l'institution du jury en elle-même, surtout les vicissitudes qu elle a subies jusqu'à ce jour. La nature de notre publication ne nous permet que de signaler à nos lecteurs les livres qui se rattachent à notre histoire provinciale. Avant d'arriver au chapitre V, qui nous intéresse plus spécialement, puisqu'il a trait à l'Alsace, l'auteur nous fait connaître que c'est en Egypte, en Grèce et à Rome qu'il faut chercher les règles primordiales de cette institution, qui plonge dans les racines du passé et qui se confond avec les premières manifestations de la vie. M. de Bigorie esquisse à grands traits ces premiers berceaux de la civilisation, qui contiennent les archives du jury, ses motifs d'existence, ses phases originaires et principales.

Pendant la décadence de l'empire romain , lorsque le jury fut complètement avili , lorsque Tibère lui enleva , pour l'attribuer régulièrement au Sénat , le jugement des crimes politiques, la Gaule, qui était depuis longtemps romaine avant l'invasion des Germains, s'était habituée à l'institution du jury. Plus tard, sous la féodalité, elle ne fut plus qu'un vain simulacre , mais le principe survécut.

«A Strasbourg, dit M. de Bigorie, jusqu'au dixième «siècle, l'élément populaire prédominait dans les justices « criminelles. Successivement amoindri , il avait peu à •«peu cédé aux patriciens, lorsqu'éclate la sanglante réévolution de 1332. La démocratie victorieuse abroge les

«statuts édictés sous l'influence de l'aristocratie, et, ù «dater de cette époque, le peuple eutier est tie nouveau « la source d'où découle la justice. Strasbourg restaure , «de fait, l'institution ou, pour être plus exact, la pra- « tique du jury qui n'avait jamais cessé d'être en vigueur, « ainsi que nous le verrons dans les autres villes libres de « l'Alsace. Nombreux y furent les essais d'améliorations •'judiciaires, et, après seize constitutions, dont la vie fut «certes bien courte, on arrive à la Charte de 1482. A « l'abri de cette dernière œuvre savamment équilibrée , -=la république strasbourgeoise , deux siècles après rede- « venue française, parcourt ses destins, jusqu'au moment « où son individualité disparaît dans l'unité nationale de « 1789.. •

Ce chapitre, que nous signalons à l'attention de tous les bibliophiles, a trait à l'organisation judiciaire des villes libres d'Alsace.

Les nombreuses citations , puisées dans Hertzog , Schœpflin , Grandidier, Chauffour l'aîné , Boyer, Véron- Révillc, etc., témoignent de la conscience avec laquelle l'auteur a étudié les mœurs et les coutumes judiciaires de notre province, et assurent à son travail une belle place dans la bibliographie alsacienne.

On lit avec intérêt cette étude savante, et quoiqu'on lait plus particulièrement destinée aux jeunes magistrats et aux jeunes membres du barreau , elle a déjà franchi les arcanes de la justice. **

Rapport sur l'organisation des classes et de l'enseignement du Proffymnase de Bischwiller , par M. Kuhff, directeur. Bischwiller, impr. de Posth, 1862. br. in-8° de 2b' pages.

Ce rapport n'est pas une de ces compositions guindées faites pour éblouir les honnêtes gens , comme s'en permettent quelquefois ceux qu'on a appelés des marchands de soupe. M. Kuhff est allé étudier les méthodes d'instruction (la pédagogie) à leur source , c'est-à-dire en Allemagne, et il en a rapporté un fonds solide d'information théorique et une grande ardeur d'application positive. Le Progymnase de Bischwiller a servi de terrain à ses efforts et le succès les couronne déjà. Ce Progymnase comprend trois divisions, et la division élémentaire renferme trois classes, dont une destinée à combler une lacune qui sépare les écoles enfantines proprement dites de la huitième d'une école secondaire. « Les heures de cette classe ne sont pas toutes remplies par la lecture et le calcul ; ces exercices sont souvent entrecoupés par les entretiens et récits du . maître, portant sur des objets divers saisissables à l'intelligence des enfants. Grâce à ces récits , les enfants apprennent, comme en se jouant, les noms des choses, et la classe gagne pour eux ce vif intérêt que vous avez vu se manifester dès cette année.» Les réflexions de M. Kuhff sont toujours fines et judicieuses, son style élégant et précis ; un ton modeste donne un relief aimable aux faits qu'il allègue et aux idées qu'il énonce; son rapport est l'ouvrage d'un homme qui réunit au talent d'écrire le jugement, le savoir et le sentiment des bienséances.

Jésus de KazaretJi, par Antoine Suas. Histoire funèbre et œuvTe philosophique dédiée à feu ma mère. Strasbourg , chez Dérivaux. 1 broch. in-12 de 86 pages.

Ce volume est riche de dédicaces, car outre celle du titre, on trouve la première partie dédiée «à la mémoire de mon père » , la seconde « à la mémoire de ma mère » , la troisième « à la mémoire de mou frère utérin » , la quatrième « à la mémoire de mes sœurs ». et la cinquième « à mes amis » . L'auteur a encore beaucoup de progrès à faire , dans un genre , qui d'ailleurs est sujet à caution , pris en lui-même : le genre du roman évangélique, auquel se rattache, pour citer un exemple, la Madeleine de M. Lacordaire. Ce n'est plus à propos du poëme épique, c'est surtout à l'égard du roman que les objections, élevées jadis par Boileau et Marmontel , contre les fictions où se mêle le mystère chrétien , peuvent avoir aujourd'hui quelque valeur. Dans la brochure de M. Saas, paraît un capitaine Terribilissimus qui nous a rappelé rHorribilicriblifax d'André Gryphius : « la mine à la fois sombre et altière de Terribilissimus . son regard menaçant , sa parole et ses manières despotiques, sa taille gigantesque, sa force réellement surhumaine, le tout soutenu par le vertigineux

prestige attaché à son nom et à ses exploits fabuleux

concouraient à faire de lui un objet d'épouvante. . . ' Terribilissimus meurt en martyr dans les arènes de Néron.

Galerie des personnage* célèbres r/t« ont figuré dont l'histoire du protestantisme français . à /'usage des école*

et des familles, par F. Puaux, t. Ier: chez les 2)rinripaux libraires, 1862. Cette publication est illustrée des portraits des principaux réformateurs , gravés sur cuivre par le procédé de la galvanoplastie , procédé qui permet de reproduire le dessin original beaucoup plus fidèlement qu'à l'aide de la gravure sur bois et diminue les frais de gravure. La maison Berger -Levrault a déjà obtenu de bons résultats par cette méthode nouvelle, et les portraits de François Ier et de Calvin, par exemple, dessinés d'après les meilleurs modèles , reproduisent parfaitement ces grandes physionomies. La table des matières du I,r volume, qui n'est pas encore complet, contient les personnages suivants: Luther, Tetzel, Zwingle, Lefèvre d'Etaples, François 1er, Marguerite de Valois, Farel, Louis de Berquin . Caturcc, Calvin , Froment, Clément Marot. L'auteur vise à « être le Plutarque des enfants » , et conte à l'occasion plus d'une anecdote amusante, comme celle-ci par exemple : « Parmi les honnêtes gens scandalisés de l'audace de Tetzel, se trouvait un gentilhomme qui alla le trouver et lui dit : 11 y a un mauvais coquin que je désire châtier, mais je voudrais avoir une indulgence qui me le permît sans danger. — Le cas est grave , répondit le dominicain. — Mais si je paie bien? dit le gentilhomme. — Il y a. alors moyen de s'arranger, répondit Tetzel. On convint du prix , et le moine donna au gentilhomme l'indulgence qu'il demandait. Quelques jours après , Tetzel et ses aides traversaient un bois pour aller exploiter leur marchandise dans une localité voisine, quand tout à coup notre gentilhomme , suivi d'une troupe

bien armée . tomba sur Je dominicain à coups de bâton, et lui enleva sa précieuse cassette. Le moine furieux . porta plainte contre le gentilhomme qui, à ses yeux, méritait plus (pie la mort; s'il eût existé une peine plus forte, il l'eût réclamée: l'accusé, sans s'émouvoir, comparut «levant le juge et lui présenta l'indulgence que le dominicain lui avait vendue : «Les indulgences, dit-il. sont bonnes ou mauvaises; si elles sont bonnes, elles doivent me servir: si elles sont mauvaises. Tetzel n'est qu'un fripon. » Le juge renvoya le gentilhomme de la plainte, et Tetzel, tout honteux, sortit de l'audience, mais n'en continua pas moins son odieux métier. »

VARIÉTÉS

Le» tresse* <-t le petit singe. — M. Ch. Ki*ard publie depuis deux fin» . dan* la Stmtê de Vinatrucl ion publique, «l'intéressante» Conjecture» rtijMologiqne* . doul la dernière partie , sur V Argot de» émigré*, a droit particulièrement à uotre attention. Un des ouvrages où n'alimente cette étude est la Corre»pondance trouvée, le 2 Jloréal an Vf à Ojfenoourg (Paris , an VI ; 2 vol. in-8») , où l'on voit figurer un sieur Ucraoïigct, do Strasbourg, et nue baronne de Reich, nièce du géuéral Klinglin. La baronne avait dressé elle-même le vocabulaire de» mots argotiques servant à exprimer les chose» dont il importait le plu» de soustraire l'intelligence aux indiscrétion» de la poste et aux déchiffre i: r de la police. Ce vocabulaire est perdu. Néanmoins, M. Nbard a fait sur ces mots des conjectures ingénieuses et vraisem hlables. Ainsi le nom de petit »inge , qui pour les émigrés signifiait le département du Has-Rhin, avait été donné aux administrations de» départements, à cause de leur tendance à imiter le Directoire, dont 1rs membres avaient eux-mêmes le sobriquet de cinq tingm. M. N isard

n'explique pas le uiol rr«««e«, qui signifiait Strasbourg; nous croyon* que cette dénomination vint de l'usage de porter les cheveux sous cette forme. Les tresses ont eu longtemps de la vogue en Alsace. Un édit du stadtmeister Christophe de Traxdorf (1G60) blâma, sans doute en vain . les homme* de tresser leurs cheveux . et les femmes mariée» de porter de longues tresses de faux cheveux quand elles allaient à l'église. Une bourgeoise du dix-huitléme siècle, dans un tableau de l'église Saint-Guillaume, porte d^s tresses, (."était là un des éléments de la mode allemande que les Strasbourgeoises avaient conservée et dont l'abandon fut recommandé par les représentants du peuple, Saint-Just et Lebas, dans une proclamation du 25 brumaire, l'an II de la république une et indivisible : • Les citoyennes de Strasbourg sont invitées de quitter les modes allemandes, puisque leurs coeurs sont français.» Les tresses résistèrent, sans doute, a cette invitation, car, a la même époque, à Paris, les élégantes portaient des perruques nattées en anneau de Saturne: manière d'honorer les victimes, dont les cheveux, recueillis par des maius pieuses ou intéressées, avaient servi à la confection des premières perruques.

Un directeur du théâtre de Strasbourg. — Ilermann, l'auteur des Notices sur la ville de Strasbourg (1819), avait l'habitude d'écrire, soit sur les feuillets de garde do ses livres, soit sur do petits papiers collés entre les feuillets, le jugement qu'il s'était formé d'un auteur ou les souvenirs qu'un passage de cet auteur lui avait rappelés. Ainsi sur la garde d'un volume : le Docteur Gélaou, ou les Ridicvlités anciennes et modernes (Londres, 1738), il a mis: «Ce rieur rit en général d'asBe» bonne grâce, parfois il est asseï sérieux.» A la page 28, le texte renferme l'anecdote suivante : . On demandait à un Ardennois combien il y avait eu de rois de France Jusqu'ici portant le nom de Louis. — Que ; m ? dit-il ; peut-être cinq on ilx. — Mais vous voyez bien, lui dit-on , que nous en nomme* à Louis XIV. — Ma foi , reprit-il , je ne suis pas obligé de savoir l'Écriture sainte.» Hermann a écrit à côté : • Le directeur de la comédie à Strasbourg («avait aussi peu l'Écriture «ainte, quand il annoneca (sir) Polyeucte , tiré de l'Écriture sainte. • f'e directeur était-il le dernier de son espèce? P. R.

André Chénier à Strasbourg. — André paraît avoir d'abord choisi l'état militaire, car au commencement de l'année 1782 il fut comme cadet gentilhomme attaché an régiment d'Infanterie d'Angoumoi* et envoyé à Strasbourg.

Dans les trop longs loisirs d'nne garnison André reprit ses études, en compagnie du marquis de Braxais. C'est 4 Strasbourg qu'il écrivit deux belles épîtres en réponse i celle que lui avait adressée Lebrun lors de son départ pour le régiment. Strasbourg était la patrie de Brunck, le seul érudit que la France put alors opposer à l'Allemagne et h l'Angleterre. Les Analecta avaient paru en 1776. Brunck avait été officier comme André , et l'on aimerait à penser qu'ils se rapprochèrent, qu'ils se lièrent, et que ce fut Brunck lui-même qui lui mit entre les mains ce livre qui ne devait plus le quitter.

Mais André , éloigné du eercle brillant où il avait accoutumé de vivre, ne pouvait se plier i l'isolement, l'ennui le gagnait parmi les occupations futiles du régiment; an milieu des camps ponvait-il

Adorer et Vertamue et Pales 1 II faut un cœur paisible a ces dieux de la paix.

Il ne put longtemps supporter cette existence; six mois après son arrivée à Strasbourg il quittait l'armée et retournait près des siens savourer sa libre pauvreté. (Porsikr u'Asijrk Chkkier, édition critique publiée par Becq de Fonqulères. Paria, Charpentier , 1868, gr. in-8«.)

On a trouvé sur un des murs de l'ancien cloître du couvent de*» Dominicains une fresque en grisaille, représentant Jésus-Christ sur la croix , ayant à aa droite Marie et l'apôtre Pierre . et i sa gauche Jean; quoique endommagée sur un des côtés , elle est fort remarquable et peut bleu remonter au quatorxième siècle. Comme le crépi eat malheureusement trop calciné par l'incendie pour qu'on ait pu espérer de la conserver, et qu'il eût été regrettable que ce monument historique disparût lors de la démolition des bâtiments du Gymnase , M. Winter, pour en conserver le souvenir, en a fait une reproduction par la photographie, snr la demande de M. le professeur Rchmldt.

Des épreuves de cette photographie sont déposées ehex M. Piton, libraire, an prix de 3 fr. M c.

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