QUELQUES MOTS SUR LES ARMES DES BOCK ET DES BŒCKLIN DE BOECKLINSAU
Les Bock et les Bœcklin comptent pendant près de quatre siècles paruii les plus illustres maisons de la noblesse alsacienne. Les premiers ont donné environ vingt stettmeistres à Strasbourg, de 13Ô7 à 1764; les seconds, treize, de 1460 à 1736.
Plusieurs auteurs, entre autres Schœpfliu, séduits par l'analogie du nom et des armes des deux familles, ont émis la pensée que les Bœcklin descendent des Bock. M. Ravcnèz, dans sa savante traduction de Schœpflin, oppose à ce système des arguments très-solides , et il fait observer tout d'abord que les armes ne sont pas semblables, comme on parait l'avoir cru. La discussion de la question généalogique elle-même ne présenterait plus aujourd'hui un très-vif intérêt. 11 en est peut-être autrement de la question héraldique, par la raison qu'un certain
nombre de monuments portent encore le bouc des Bock et des Bœcklin, et que la différence de l'écusson, s'il y en aune, permet seule de reconnaître à laquelle des deux familles ils se rapportent. Or, il est incontestable que les armoiries ne sont pas semblables. Seulement M. Ravenèz nous semble en avoir indiqué les différences d'une façon inexacte. D'après Hertzog, qui est d'accord avec les auteurs contemporains et avec tous les documents dignes de foi du XV0 et du XVIe siècle, les Bock portent de gueules au bouc d'argent évité (et non pas villené, comme le dit M. Ravenèz).
Les Bœcklin portent, au contraire, de gueules an bou- (fuetin tfargent villené (et non pas couronne*); leurs armes sont peintes, comme nous les décrivons, sur plusieurs anciens vitraux et notamment sur le beau vitrail de l'église Sainte-Madeleine, dont M. Petit-Gérard a intercalé une excellente photographie dans ses Études sur l'art verrier, et qui remonte à 1481 environ. La différence capitale selon nous, celle qui permet de distinguer à première vue les deux écussons, c'est que l'animal qu'ils représentent n'est pas le même. Le bouc des Bœcklin a les longues cornes recourbées et annolées du bouquetin , tandis que celui des Bock a les cornes tournées en S et relativement courtes du bouc de nos pays. En outre, c'est le bouc des Bœcklin qui est villené et non pas celui des Bock.
Si l'on en croit Y Armoriai de la généralité d'Alsace, p. 28, les armes des deux familles seraient identiques, sauf que le bouc des Bœcklin aurait les cornes d'or. Mais
cette dernière assertion est on contradiction avec tous les monuments, et l'on ne peut guère la mettre, avec une foule d'autres, aussi peu justifiées, que sur le compte de l'incroyable légèreté avec laquelle les agents fiscaux du Grand Roi ont enregistré les noms et blasonné les écussons de nos anciennes familles alsaciennes. Il y aurait sur ce sujet plus d'une lance à rompre , mais cela nous entraînerait beaucoup trop loin : on ferait un volume des erreurs ou des fantaisies d'orthographe qui se sont glissées dans ce document officiel. E. L.