LIBERTÉ. ÉO ALITÉ
A Housseth, le 3e jour sans culottide l'an second de la République française, une et indivisible.
Kléber, général de division , A la Société populaire de Colmar.
H m est doux de vous entretenir toujours des succès de nos braves frères d'armes. Après la reddition de nos places en Flandre, Scherer s'est porté avec son armée sur ta rive droite de la Meuse , et a signalé son arrivée par une victoire éclatante : il avait à passer ta rivière
d'Ourt el celle d'Ayvait hérissées de batteries, et défendues par des rocher* escarpés, inaccessibles à tous autre» qu'aux républicain* fronçai*. Ses braves compagnons d'armes ont tout culbuté, tout franchi. La prise de 2fi pièces de canon, 700 prisonniers el 1200 de tués, sont le résultat de cette audace étonnante. L ennemi fuit, et déjà, dans sa consternation, il a abandonné son fameux camp de la Chartreuse , vis-à-vis Liège. Les républicains brûlent de i atteindre.
De mon côté, frères el amis, j avais une diversion à faire , el à fixer l'attention des coalisés sur le point de Maslrichl. Le Ier des sans cnlollides, l'armée les a attaqués sur tonte la ligne, depuis Liège à Maseyk. Cette fausse attaque devint bientôt un combat général, qui dura depuis le matin jusqu'au soir. Partout l'ennemi a été bal tu et chashé jusque sous tes murs de Maslrichl. Des bataillons entiers, qui faisaient mine dt défendre aux républicains des villages qu'ils occupaient, ont été taillés en pièces. L'armée que je commandais a montré, en cette circonstance, te courage qui caractérise te républicain français, elle ne voyait aucun obstacle à son ardeur, et si je ne l'eusse tempéré, les retranchements ennemis eussent été enlevés; mais ce n était point ma tdche, el c'eût été acheter peut-être trop chèrement une position qu'il n'était point dans te plan de conserver.
En Hollande, l'armée de Pichegru ne fait pas moins de merveille; elle a pris à i ennemi, dans la journée du 28, H) pièces de canon et fait 1500 prisonniers pour * emparer du poste de lloxlet.
Qmlle nouvelle calomnie débiteront encore les ennemis de l'intérieur, qui publiaient à Paris, et peut-être dans les départements, que l armée de Sambre-et- Meuse était trop indisciplinée pour tenter avec succès une nouvelle bataille, tandis qu'elle rivalise en discipline, en bravoure et en manœuvres [avec] toutes celles de la République. Son sommeil, mes amis, était dicté par la sagesse; il était celui du lion.
Salut et fraternité.
KLÉliEH.
Original autographe in-4°.
REVUE BIBLIOGRAPHIQUE
Généalogie' curieuse de saint François d'Assise, à l'honneur de quantité de nobles de la Champagne, de Bourgogne, de Lorraine.... et aultres contrées plus loin g taines, etc. Nancy, Cayon-Liébault, iv ff. prél. , 24 p. et 2 planches in-18 sur in-8°. Prix, cartonné, 4 fr. , tiré à 120 exemplaires.
On ne s'attendait guère à voir ici le patriarche des ordres mendiants, issu des plus grands potentats et des maisons les plus relevées, tirer vanité de son alliance avec elles. Les rois de France, d'Angleterre, de Jérusalem, de Hongrie, l'empereur d'Allemagne , etc. ; la reine de Cappadoce, des infantes et des princesses y comparaissent aussi côte à côte.
A bon entendeur, salut! Essayons de démêler le sens mystique et réel de ces énormités historiques, où les temps , les lieux et les personnages sont si étrangement confondus. Ces énormités sont communes , du reste , aux compositions de ce genre, forgées dans les XVe et XVI6 siècles, où le pieux iEnéas et ses compagnons fugitifs faisaient encore volontiers les frais des meilleures origines.
En y prenant garde , la généalogie de saint François d'Assise revêt un caractère autrement sérieux. Aux temps des guerres de religion, en France, presque toute la haute noblesse était calviniste. Pour mieux séparer ce qu'on appelait l'ivraie du bon grain , on imagina de fabriquer, sous forme de généalogies saintes, -de véritables certificats d'orthodoxie parfaite.
Or, quand , à la fameuse procession de la ligue , les enfants de Saint-François défilaient au nombre de vingt mille, l'escopette chargée, il n'était pas indifférent de partager la gloire de leur père spirituel , et d'autant plus que les exclus de la bienheureuse liste étaient soigneusement notés. On conviendra sans peine, qu'avant, pendant et après la Saint-Barthélemy , il y avait là matière à plus d'une réflexion.
Au fond, ceci témoigne surtout de la considération grande dont jouissaient les maisons mentionnées, et qu'on les regardait comme très-anciennes, car si François d'Assise, le dernier anneau de sa chaîne ici, était mort en 1226, peu de maisons en France pourraient authentiquement remonter d'aussi loin , et on sait que jadis, pour
les preuves de cour et monter dans les carrosses du roi , on n'exigeait que l'ultimatum de date 1400. • L'auteur de la préface prétend philosophiquement que ce tissu, envoyé à saint François et par un ange, est une allusion aux qualités chrétiennes communes à toutes ces races fameuses, à l'imitation de ce vénéré religieux. Quoi qu'il en soit, cet opuscule drolatique prend place parmi les plus bizarres conceptions de l'esprit humain , et s'adresse notamment aux bibliophiles d'élite, qui se trouveront grandement réjouis, car ou n'invente plus de ces choses-là.
En quoi , diront peut-être les lecteurs du Bibliographe alsacien } cette question intéresse-t-elle la vieille Alsace et les Alsaciens? Beaucoup plus qu'on ne le pense. Sans vouloir parler de la célèbre guerre des paysans, depuis longtemps Strasbourg, la fière et libre cité, sou territoire et les circonvoisins u'avaieut plus à redouter des phalanges de moines , et la noblesse allemande brille ici par son absence, point historique à noter en conséquence de ce qui précède.
Sous le titre général : Facéties et curiosités bibliofjrayhiuues, l'éditeur, M. Jean Cayon , se propose de publier successivement une série de traités inédits et remarquables par leur originalité. C'est une heureuse idée, de vouloir rappeler ces malices et cette vieille gaieté, apanage, dit-on, du caractère français, et dont notre siècle paraît un peu trop dépourvu.
Cazin, sa vie et ses éditions, par uu caziuophile (Brissart-Binet). Cazhiopolis (Reims), 1863, in-18, 248 p.
Ce livre n'est pas un alsatiqtic , mais c'est un volume de bibliographie, et à ce titre il a droit de cite* dans notre petite gazette. Le Bibliographe alsacien manquerait à tous ses devoirs s'il ne signalait pas cette curieuse publication à l'attention de tous ses lecteurs.
Il appartenait à un bibliophile rémois de réunir l'œuvre d'un compatriote qui a tenu le premier rang parmi les éditeurs les plus féconds du siècle dernier et d'en publier l'inventaire. La notice biographique qui précède le catalogue raisonné de ces éditions , que tout le monde connaît et dont chacun a au moins quelques volumes sur les rayons de sa bibliothèque , est des plus intéressantes. Homme d'esprit, doué d'une imagination vive, aimant les grandes entreprises, ne reculant pas devant les plus difficiles, Cazin, grand ami des lettres, sut, dès son arrivée à Paris, se mettre en rapport avec les premiers écrivains du XVIIIe siècle. On se réunissait plusieurs fois par semaine chez lui, et là littérateurs, savants, artistes, novateurs, marquis et abbés devisaient sur les questions les plus futiles et les plus brûlantes. Le souffle révolutionnaire pénétrait déjà partout.
Charapfort, Rivarol , Roucher, Cazotte , Laharpe, Champcenetz , Mérard de Saiut-Just , Choderlos de Laclos, Grimm, Guiuguené, Suard, les peintres David, Fragonard, Mme Fanny de Beauharnais, M,uc Rolland et bien d'autres illustrations encore, fréquentaient son salon. C'était là que s'élaboraient les projets de ces char-
triantes publications qui, pendant une période de dix ans. parurent la plupart à Paris sous la rubrique de Ixmdrta. Cazin, qui était frondeur par goût, dut se rendre plus d'une fois à la Bastille . pour avoir vendu des livres prohibés, mais il y était habitué et en avait pris philosophiquement son parti'. Il disait comme Smylax':
• Je fronde le pouvoir sans craindre la censure. •
On peut lui reprocher d'avoir trop volontiers publié les œuvres plus que badines de son époque , mais quel est le bibliophile vraiment passionné qui ne lui ait pas pardonné cette faiblesse? Ces volumes sont si mignons, si jolis, si coquets, si élégamment recouverts de maroquin rouge par Derome , ils sont d'une correction typographique si nette , les gravures , les frontispices , les têtes de page , les culs-de-lampe de Marillier, Eissen , Duplessis-Bertoux , Delvaux, sont si délicieux qu'on les conserve quand on les possède et qu'on ne sait résister à la tentation de les collectionner quand on les trouve.
Dans maintes bibliothèques d'hommes graves et sérieux, la Puce lie, le Fond du Sac, les Conte» de Lafontarne, de Vergier, de Grégourt, etc., oceupent le même rang que certains tableaux dans le cabinet d'un amateur; on ne les offre pas à tous les regards , on les couvre d'un voile , mais ce voile on le soulève quelquefois. Ils ont l'attrait du fruit défendu et l'homme est si bizarre !
La charmante bibliographie cazmophilienne de M. Brissart-Biuet, publiée il y a six semaines au plus, est déjà entièrement épuisée. ^
Variétés bibliographique*, par M. Edouard Tricotel: Parût, chez J. Gay, éditeur, 1863, in-12, 383 p.
Encore une production exotique, mais qui n'est pan sans intérêt pour tous ceux qui aiment notre vieille poésie , et ils sont nombreux , même en Alsace. Les chapitres intitulés : Quelques listes de livres rares. — La composition et vertus du bonnet cornu. — Discours satyrique de ceux qui escrivent d'amour. ■ — IjC cabinet des Muses. — — Claude Petit. — Us délices de la poésie galante. — Lté chansons du Savoyard, etc. , nous font connaître les lectures qui avaient le privilège de charmer nos pères à différentes époques de notre histoire.
On peut en juger par cette citation :
Dans une boîte a part de* livres raroas*és Estaient confusément l'un sur l'autre entassés : L'histoire des vertus de saint François de'I'aule Y jolgnoit le dix-neuf des Amadi» de Gaule; Un livre d'oraison pour le soir et matin Avoit choisi sa place avecqne l'Aretin ; Le triste du Bandel et le second d'Astrée Betenoient entre eux deux la Légende dorée Le marchand converty, Babelais, Tabarin, Un recueil de sermons de Garasse et Guéri m . Les fidèles amours de la bergère Aminte, Le Devoir du chrestien en la semaine sainte, L'Arioste, Marot, le Roman des romans, Les heures de Cotton , les Volages amants, Le Guide des pécheurs, les Amours de Nervéxe . La canonisation de la mère Tcreze, Le vray repos de l'âme en la vie a venir, Le moyen de Verville afin de parvenir, Artemidore, Ovide et Lisandre et Caliste; Bref, je croy qu'en voila quasi tonte la liste.
( te )
Le volume de M. Tricotel fourmille <le pièces rares, curieuses et souvent inédites, et l'érudition bibliographique dont l'auteur fait preuve, dénote une connaissance bien approfondie de notre littérature des XVIe et XVIIe siècles. Ce recueil , dont l'exécution typographique est très-soignée, a été tiré à 250 exemplaires numérotés.
M. Gay nous promet dans quelques jours un pendant à ce volume : les Fantaisie* bibliographiques , par M. G. Brunet. Un troisième volume est sous presse qui ne le cédera en rien aux deux premiers : Dissertations bibliographiques, par le bibliophile Jacob. Encore deux bonnes fortunes pour les amateurs. **
L'Annuaire, du Bas-Rhin pour les années 1862 et 18(33 , publié par M. Purry, chef de division à la Préfecture et secrétaire général de la Société des sciences, agriculture et arts du Bas-Rhin , vient de paraître à la librairie Ve Berger- Le vrault et Fils.
Ce volume contient la nomenclatnre des souverains, des dignitaires et hauts fonctionnaires de l'Empire français, et le personnel administratif, militaire, judiciaire, universitaire et ecclésiastique du département. On y trouve en outre un nouvel extrait de la notice topographique et géologique de M. Daubrée, qui a paru dans le 1er volume de la Description du Bas-Rhin.
Nous ne saurions assez engager M. le rédacteur de l'Annuaire à remplacer les extraits qu'il nous donne d'ouvrages déjà publiés, par des articles inédits ayant trait à
l'histoire générale du Bas-Rhin. Notre savant archiviste. M. Spach, ne se refusera pas, nous en avons la conviction , à enrichir comme autrefois cette publication de monographies qu'il peut puiser dans le précieux dépôt qui lui est confié. L'Annuaire devrait également donner, chaque année, une notice nécrologique sur les ecclésiastiques, les militaires, les fonctionnaires, les agriculteurs, les industriels et les savants, qui ont eu quelque influence sur le développement moral, intellectuel et matériel du Bas-Rhin.
Nous empruntons aujourd'hui à l'Annuaire la partie officielle qui a trait aux lettres et aux arts. **
Préfecture du Ban-Rhin. — 1" division : M. Girardot, chef. — 2* bureau : M. Brandstetter, chef. — Société** «ayante*. — Musée». — Bibliothèque». — MonuinentH historiques. — Érection de monuments public». — Encouragements aux arts et aux lettres. — Instruc tion publique.
2' division : M. Durry, chef. — 4' bureau : Tresse. — Librairie.
Imprimerie. — Colportage. — Théâtres.
Archives : M. Louis Spacb # , archiviste; M. Schmitz, commis aux
recherches.
Librairie étrangère : M. Saura, inspecteur-vérificateur.
Mairie de Strasbourg. — 3* division : M. Grœtzinger, chef. — Beauxarts. — Théâtre. — Conservatoire de musique. — Musée de peinture. — Archives : M. Schwcighwusscr, archiviste paléographe, archiviste. Bibliothèque académique : M. Piton, bibliothécaire; M. Engel ,
agrégé à la Faculté de médecine, bibliothécaire adjoint. Bibliothèque publique de Strasbourg : M. Jung&, professeur â la Faculté de théologie de Strasbourg , bibliothécaire. La Bibliothèque est ouverte tous les jours â l'exception des dimanches et jours de féte, de 6 â 9 heures du soir; les lundis, mercredis, jeudis et vendredis, de 2 â 5 heures.
Société littéraire : M. L. Spach # , archiviste du département, président. (.S>ra continue".)