ŒUVRES CHOISIES DE LOUIS SPACH
1" ST 2* 8ÉRIB8.
Nous avons annoncé dans notre dernier numéro la publication des deux premiers volumes des œuvres complètes de M. Spach, mais nous devons à l'importance de cette' publication plus qu'une simple indication bibliographique. Les deux livres que nous avons sous les yeux ont une valeur considérable, et, bien qu'ils ne contiennent que des biographies qui ont toutes déjà vu le jour de la publicité, nous voulons remercier la maison Berger-Levrault d avoir compris l'intérêt que présente pour l'Alsace la réunion en volumes
( 2 ) des excellents travaux de M. Spach sur les hommes les plus marquants dans Thistoire de notre contrée. C'est une pensée intelligente qui Ta poussée à entreprendre une splendide édition des écrits de notre savant archiviste; c'est un hommage qu'elle rend à un mérite reconnu en même temps qu'elle élève un monument littéraire dont le patriotisme local lui saura gré.
Nous avons lu avec entraînement ces deux volumes, et le charme que nous y avons trouvé nous y fera revenir: l'impression dernière qui reste est douce et tient qi^elque peu du recueillement, car rien ne heurte , rien n'irrite l'esprit dans ces études biographiques où les controverses de l'érudition ne tiennent aucune place et qui semblent toutes entreprises au seul point de vue de la curiosité philosophique. Une délicatesse constante servie par un style clair et simple , une patiente recherche des sentiments vrais, facilitée par une sensibilité bienveillante , un attachement visible pour toutes ces figures que l'auteur semble ne faire renaître que pour le bonheur de vivre quelques instants dans la compagnie de cœurs hauts et d'esprits d'élite, tout cela attache à la fois a ces hommes d'autrefois et à leur interprète d'aujourd'hui. On ne trouve peut-être pas dans cette lecture ce vaillant ressort moral que donnent les
( 3 ) Vies de Plutarqtie, mais à coup sûr un refuge bienfaisant pour les agitations souvent malsaines de Texistence compliquée qui nous est faite. D'où vient cette influence morale?
Dans les trente-deux biographies de ces deux volumes nous croyons avoir rencontré toutes les formes de l'activité et de l'ambition humaines: papes et rois, poëtes, artistes, savants, adminis^ateurs, hommes de cape, homme d'épée, penseurs, ils ont tous passé sous nos yeux, et les luttes où ils ont été mêlés ont prêté à toutes les défaillances comme à tous les héroïsmes; et cependant, de toutes les surexcitations provoquées par les dissensions civiles, les controverses religieuses, les gloires de la parole ou du combat, les ambitions détrompées, quel souvenir nous reste-t-il? pas autre chose qu'une prédilection singulière pour ces hommes que nous ne voyons que dans la pénombre du passé, mais dont nous avons pu sonder tous les sentiments et qui nous apparaissent parfaitement identiques à nous-mêmes. Après les avoir vus sur leur piédestal, nous pouvons nous rapprocher d'eux, car nous sommes sûrs de les avoir compris et de retrouver en eux une partie de nous-mêmes.
C'est là le grand mérite <le M. Spach. Derrière l'événement extraordinaire il nous fait apercevoir
toujours le sentiment humain; derrière la noblesse de l'action ou l'éclat de la pensée nous découvrons le moteur psychologique. Connaissons-nous le héros? peut-être; nous connaissons l'homme à coup sûr. N'en demandons pas davantage. Nous aimons mieux trouver la pensée philosophique que de chercher dans ces existences qui ont eu chacune leur grandeur des preuves à l'appui de telle ligne de conduite, des émulations qui nous poussent vers le but de nos ambitions. Aussi bien , ces hommes ont vécu en des temps différents du nôtre, et les circonstances avec lesquelles ils ont eu à compter ne sont plus celles qui nous entourent : il nous suffit de connaître la règle logique de nos sentiments.
Il ne nous serait pas possible, dans cet article qui ne doit être , dans notre pensée, qu'un éloge de l'ensemble de l'œuvre de M. Spach , de nous appesantir sur le mérite particulier de l'une ou de l'autre de ses biographies; toutes ont une touche excellente , des proportions savantes , un coloris sûr, souvent nerveux , plus souvent encore doux et caressant. Il en est une cependant qui nous a frappé particulièrement : c'est celle de l'abbé Grandidier. Outre le mérite d'avoir été esquissée pour la première fois par M. Spach, elle nous paraît donner le ton exact du sentiment dans lequel
( 5 ) Tauteur a entrepris toutes ses études. Après avoir raconté les luttes douloureuses soutenues par Téminent écrivain de <tV Histoire ecclésiastiqtie de Strasbourg y> j M. Spach termine en disant: «J'ai « longtemps tenu mes yeux fixés sur ces contours « délicats (il est question du portrait de Qrandi- «dier) empreints d'une inexprimable douceur; «une profonde émotion s'est emparée de moi, et «si le lien mystérieux qui unit deux âmes n'est « point une illusion de nos sens , si ce n'est point « de ma part une présomption de penser que ce « lien a pu s'établir entre un prédécesseur-modèle « — (Grandidier était, comme M. Spach, archi- « viste de Strasbourg) — et un successeur-élève , «j'aimerai n'avoir détaché mes regards de cette «gravure, qui exerçait sur moi un empire irrésis- «tible, qu'après m'être bercé de l'espérance que «je retrouverai un jour dans Grandidier une âme « protectrice et amie. »
C'est bien là l'expression complète de la pensée de M. Spach; il aime les portraits qu'il crée et veut être aimé de ses créations ; cette communion intime de l'écrivain et de son modèle fait aimer l'un et l'autre, car il en jaillit des accents d'une sincérité entière.
Nous savons que M. Spach prépare en ce moment un volume d'études littéraires, et cela nous
permet de mettre ici une critique relativement à la composition des deux volumes de biographies. Pourquoi intercaler au milieu de tous les Alsaciens , dont il a étudié Texistence , les portraits de Quiard, de Génin, d'Ozaneaux? Le passage à Strasbourg de ces professeurs, hommes distingués et estimés, mais plus connus par leurs titres scientifiques que par leurs attaches alsaciennes, n'a pas été assez long pour qu'ils y prissent droit de cité et il nous semble que ces études eussent mieux figuré dans un volume plus spécialement littéraire.
Nous finirons en émettant le vœu que les sociétés des bibliothèques populaires de nos départements du Rhin répandent partout la lecture saine et attachante des Biographies alsaciennes,
ANCIENNES INDUSTRIES D'ALSACE ET DE LORRAINE
Manufactures de porcelaine et de faïence.
3* Période. — Manufacture de porcelaine de FVanckenthaî. Paul Hannony; 1754 à 1760,
On sait que, grâce à Paul Hannong, cet établissement devint un des plus importants d'Allemagne , et livra au commerce des poteries translucides qui pouvaient rivalîser avec celles de la première fabrique de porcelaine de Saxe. Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai déjà dit à ce sujet (vol. III , p. 94), et me bornerai à rappeler que, pour les qualités céramiques et le genre de décoration , les produits de Franckenthal ont la plus grande analogie avec ceux de Meissen. On pourra, d'ailleurs, juger de la réputation dont jouissait, au XVIU* siècle , l'usine de Paul Hannong par l'extrait suivant puisé dans le Journal du commerce de juillet et août 1760 :
< La porcelaine de Franckenthal a le même fonds de richesse que celles de Saxe et de France ; elle est, comme ces dernières, bien au-dessus de celles de la Chine et du Japon , non-seulement par l'éclat du blanc et le brillant de sa couverte , mais encore pour l'élégance de ses car-
1. Yoy. le Bibliographe aUacien, S* année , p. 277, et 3* année, p. 1 , 29, 89, 133, 169 et 253.
(.8) touches ; pour la manière dont les fleurs sont groupées , variées et finies; par le goût, la noblesse des contours, l'exactitude , la netteté , la variété des dessins, et pour la beauté , la force et la vivacité des couleurs.
«Cette manufacture excelle surtout dans les figures. Elle a atteint le degré de perfection de celles de la Saxe et de France, pour la variété et le dessin des statues, par la force et le naturel des attitudes et par la vérité de Texpression. A cet avantage, on a ajouté celui du bon marché; les prix sont de plus d'un tiers au-dessous de ceux des porcelaines de Saxe et de France. »
Le même recueil renferme, en outre, un tarif très-
étendu des produits de Tusine de Franckenthal. Si intéressant que soit ce document, il ne peut trouver place ici dans son entier, et je dois me borner à signaler quelques articles dont les descriptions peuvent servir à caractériser la fabrication de Paul Hannong^
< Assiettes peintes à fleurs naturelles , en paysages avec rocailles, à fleurs des Indes; fond couronne ; des fleurs en relief, à fins bouquets, bord en osier doré , bord doré ou à dentelle d'or, de . . . . 3 1. 5 s. à 8 1. 15 s.
« Chandelier peint au naturel, bord et ornements dorés.
« Paniers ovales, en forme de jatte, les anses branchées, bords rocailles en relief, peints à fleurs naturelles , bord doré 24 1.
1. M. Jacquemart a reproduit la plus grande partie do ce tarif da us son excellente Uiaioire de la porcelaine.
« Pots à oille, ou terrines rondes, contournées, unies et en osier, sur le couTercle un citron, un artichot ou bigarrade peint à fleurs naturelles, 'bord doré . . 77 1.
« Pots pourris f forme de vase, 9 pouces de haut; le vase orné de fleurs, reliefs en guirlande, un dragon volant sur le couvercle , bord doré 57 1.
« Roses, pour servir au lieu de salières ou poivrières.
« Dessert, suivant la peinture et le nombre des pièces, de 2,000 1. à G,000 1. et plus.
« Service à thé et caffé, savoir : une caffetière , une théière , un pot à lait , un pot à sucre , une jatte à rincer, un flacon à thé, six ou douze tasses à chocolat avec souscoupes, douze tasses à thé et cafi'é avec sous-coupes, selon la peinture et forme . . 80 1. jusqu'à 1,000 1. et plus.
« Rosettes ou boutons pour pendants d'oreilles , peints à fleurs naturelles 3 1. 10 s. à 8 1. 10 s.
« Pluton au char avec huit chevaux courants , attelés et bridés, sur une terrasse de 20 pouces de long, 6,550 1.
« Idem, avec quatre chevaux 980 1.
< Idem, avee deux chevaux 435 1.
< Groupes de chasse à cerf ou sanglier, avec chiens , sur une terrasse de 21 pouces de long, avec des arbres.
« Groupes de bergers , à deux figures , avec une niche de rocaille 96 1. »
A ces indications, déjà très-précises, j'en ajouterai quelques autres résultant de mes observations personnelles et qui me permettront, à l'aide des marques rele-
vées, de donner un classement chronologiqae des œuvres de cette période.
Chiffre de l'ëlecteur palatin Charles-Théodore , habituellement tracé en bleu sous vernis et accom- Se&^ pagné des initiales de Paul Hanuong, tracées ^^ à la pointe et en quelque sorte dissimulées dans
une partie peu visible* de Tobjet.
Plus tard , ce chiffre fut remplacé par le lion rampant, qui est le cimier du Palatinat, comme dans l'exemple ci-joint emprunté à une pièce d'une fort belle fabrication et méritant, à ce titre, une description spéciale.
Bol d'accouchée; décor de bouquets polychromes sur fond blanc, alternant avec des réserves gros -bleu, couvertes de coquilles d'or. Anse rocaille, avec fleurs détachées et boutons de fruits sur le couvercle. Les lettres PHI sont tracées en creux dans la pâte; le lion est en bleu sous vernis.
Voici une autre série de monogrammes relevée sur de charmantes figurines d'enfants , aussi spirituellement traitées que les meilleures pièces de ce genre sorties de