‹ Le Bibliographe alsacien (volume 3)Chapitre 58 sur 138 · PFEFFEL ET ALFIERI · texte numérisé non relu

PFEFFEL ET ALFIERI

Des souvenirs biographiques sur Pfeffel , le poëte de Colmar, ont* été récemment publiés à Lausanne * par son arrière-petite-fille , M"'^ Lina Beck-Bernard. Nous nous empressons de les signaler, car ils sont écrits avec un sentiment exquis de piété filiale. On y trouve un grand nombre de lettres du poè'te , inédites ou traduites pour la première fois , ainsi que des réponses de Florian , de Marmontel , de François de Neufchâteau , de Rapp , de M. de Gerando , etc.

Nous extrayons , de ces souvenirs , une lettre de Pfeffel à Jacobi , concernant Alfieri , dont il fit la connaissance à Colmar en 1787. C^est le portrait d'un poëte italien par un poëte allemand.

«Ci-joint, mon ami, un prospectus des œuvres intéressantes d'un auteur encore plus intéressant que ses écrits , et que nous n'avons appris à connaître qu'il y a très-peu de temps, quoiqu'il ait déjà passé trois étés dans notre voisinage. Il est grand-matire de la princesse de Stolberg, femme du prétendant (comtesse Albany) ^ qui passe la belle saison dans une agréable campagne à une lieue d'ici. Alfieri a tout à fait l'àme d'un Romain des temps consulaires, et la princesse est une femme aimable et très- instruite ; elle nous a fait visite plusieurs fois. Si vous trouvez des amateurs pour le livre, écrivez-le à Lersé ou à moi. >

M°>" Lina Beck-Bernard rapporte aussi , dans ses Sou-

ventre, une charmante scène d'intérieur du château de

Wettolsheim :

1. Théophile ' Conrad P/effel. Souvenin hiographiqueê. Lausanne 1866, in-8o, 48 p. ; tirage à part de la Revue euiêee, année 1866. Voir le no 184 de notre Bibliographie alsatiqtie.

« La fille d'uno amie de la famille Pfeflel nous parlait ainsi de ses souvenirs sur Alfieri : « La comtesse Albany me vit chez ma cousine de Malzan ; j'avais alors 6 ans , les cheveux frisés et les joues roses. La princesse déclara que je ressemblais à l'Amour et demanda à ma mère la permission de m'emmener à son château de Wettolsheim. Elle me fit mettre un maillot de soie rose tendre , une tunique de crêpe bleu céleste , au dos de laquelle étaient attachées des ailes de gaze diaprées d'ceils de plumes de paon. Pour compléter mon équipage d'amour, on me donna un arc et un carquois en bois doré, et ainsi faite on me disposait au pied d'un vaste sopha de damas jaune , surmonté d'un daU pareil. Sur ce sopha était étendu le comte Alfieri , enveloppé de pelisses, même au gros de l'été. La princesse et quelques dames de ses amies étaient assises à l'entour, pendant qu'Alfieri leur déclamait avec une fureur poétique des passages de ses tragédies. Ses gestes emportés, ses cris passionnés m'intimidaient au possible. La princesse, qui aimait beaucoup les enfants, me retenait près d'elle aussi longtemps qu'elle pouvait. Lorsque , fatigué de mon rôle d* Amour, je demandais avoir ma mère, le comte Alfieri me conduisait, toujours lui-même, àColmar, dans un phaéton dont il guidait à merveille les deux magnifiques chevaux. >

Ce curieux récit prouverait que les mystérieux amants avaient cependant quelques relations à Colmar et qu^Alfieri , ainsi que la comtesse d*Albany, n*ont pas toujours craint de 8*y rendre ou de recevoir du monde dans leur c chère oasis » . Ces deux extraits , faits au livre de M"*® Beck- Bernard, sont un appendice à Fintéressante étude de M. Ernest de Neyremand , publiée dans la Petite Gazette d'Alsace en 1861 , sous le titre : S^our en Ahace de quelques hommes célèbres, C. M.

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