l"' août 1864. 7« aunée, tonio XXX
Cette légende remonte au temps des croisades , et Matthieu Paris est le premier historien qui Tait racontée dans sa grande histoire; Philippe Mouskes, évêque de Toumay, dans sa Chronique rùnée, fait également mention de Cartaphilus et de son châtiment; mais ce sont les seuls auteurs du moyen fige qui s*en «oient préoccupés. Ce n*est que trois siècles plus tard que le Juif errant se retrouve en Allemagne. Il paraît qu'il traversait alors TEurope , car voici , du reste , ce que nous lisons sur son passage à Strasbourg dans les Curwsitéê de l'histoire des croyances populaires au moyen âge, publiées, eu 1859, par le Bibliophile Jacob :
«A quelques années de là (157Ô environ), le Juif «errant entrait à Strasbourg, se présentait aux magîs- «trats et leur déclarait qu*il avait passé par leur cité «deux cents ans auparavant, ce qui fut vérifié dans les «registres de la ville. Ce Juif parlait si bien allemand « qu*il dut expliquer cette particularité suspecte en disant «que, suivant la permission de Dieu, il entendait et par- « lait la langue locale dès qu'il avait le pied dans un pays, «n ne demeura pas longtemps à Strasbourg, et il ox- « prima le regret do n'y pouvoir plus revenir, puisque c son pèlerinage serait terminé quand il aurait parcouru «les Indes occidentales et que le jugement dernier ne «manquerait pas d'arriver*. »
Cette première étude de M. Champfleury sur le Juif
1. Ceux de nos lecteurs qui posséderaient quelques données sur le passage du Juif errant à Strasbourg on dans d'autres localités de l'Alsace nons obligeraient beaucoup en nous les commnniquant. C. M.
errant se compose de trois chapitres : 1° les légendes suivant les récits; 2® ballades et poésies; 3*^ images populaires. C'est à ce dernier chapitre que nous empruntons les lignes qui suivent et qui ont un intérêt tout spécial pour TAlsace. C. M.
c Un modeste imagier de Wissembourg , après tant de € fatras, de commentaires, d'équivoques sur ce person- « nage fantastique , a donné la véritable leçon.
«Le peuple fait quelquefois de ces heureuses trou- « vailles.
« Un pauvre artisan , se révoltant contre le châtiment « étemel du Juif errant, en a tenté la réhabilitation.
€ Sur un Evangile , en tête de Testampe , est écrit : Frap- *pez, on vou» ouvrira,
« Une idée a traversé Tesprit du pauvre imagier.
« Que faisait le Juif errant de ses éternels cinq sous?
« Dans un cartouche au bas de l'estampe , un pauvre au « crâne chauve tend son chapeau au Juif errant qui passe.
« £t le Juif laisse tomber ses cinq sous dans le feutre « du pauvre.
«Touchante conclusion qu'avait indiquée Béranger « dans son poëme :
■ Pins d'un pauvre vient implorer
• Le denier qae Je pnis répandre
* Qui ix*a pas le temps de serrer
t La main qn'an passant J'aime à tendre.
« Ainsi , pour la première fois , la gravure a montré le « Juif errant humain ; son rôle finit. Il est sauvé. Puni « pour son manque de charité , il est relevé par la charité.
«C'est chez l'éditear Wentzel, à Wissembourg, qu*a « été publiée cette importante imagerie.
«Il existe au ministère de Tintérieur une Société de « colportage qui censure les livres populaires et en biffe « les parties mauvaises; mais récompense-t-elle les bonnes?
«Un homme d'État devrait avoir connaissance des « œuvres modestes qui font acte de haute morale. Si j*é- « tais ministre , je n'hésiterais pas à payer de ses efforts «l'homme qui, par le dessin, a fait comprendre à des « milliers de citoyens la chrétienne et touchante interpré- «tation de la légende du Juif errant, l'imagier de Wis- «sembourg. Chahpfleuby. >
REVUE BIBLIOGRAPHIQUE
AlêoUa. lieitrage zur elsâssiachen Geschichte, Sage, Siiie tmd Sprache^ herausgegehen von August Stœber. Neue Folge, ersteAbÛieaung, 1862-1864} Mulhausen, Risler, in-S^, 226 p.
Cette première partie d'un nouveau volume de VAhaiia soutient dignement la réputation de ses aînées. Rappelons ici que la publication prit modestement naissance en 1850 sous le titre de : Neujahrs-StoUen; c'était alors une petite brochure d'une centaine de pages exclusivement composée par M. Stœber. L'année suivante , son étendue était déjà double et elle s'était conquis plusieurs collaborateurs. En 1852, elle se développait encore et en 1864 elle formera un volume Tie plus de 400 pages. Tout ami
( 13) de l'Alsace voudra posséder un livre qui h Tagrément des sujets les plus variés joint encore la séduction de ne donner que des travaux neufs; car M. Stœber a le mérite d'avoir compris qu'il fallait quitter les sentiers battus et rentrer dans l'étude de l'histoire d'Alsace par les côtés inexplorés. Sa part principale dans la confection du tome nouveau consiste dans un recueil de proverbes et de façons de parler proverbiales tirés des écrits de Geiler de Kaysersberg. Pour la connaissance des mœurs et de la langue dans la seconde moitié du XV' siècle et dans les dix premières années du XVP, il n'existe pas de source plus abondante que les écrits de Geiler (1445-1510); c'est ce qu'ont éprouvé tous ceux qui les ont étudiés en détail. Aussi les frères Grimm , dans le monument Icxicographique qu'ils se proposaient d'élever à la langue allemande, ont- ils fait à notre compatriote une place importante. Dans la dissertation de Vierling sur Geiler (1786) sont cités 30 proverbes du célèbre prédicateur; Ammon (1826) en ajouta 6 ; plus récemment Eiselein (Die SpriichwôHer des deutschen Volkes, Fribourg, 1840) s'est occupé du même sujet; enfin M. Stœber se présente avec une moisson de 496 proverbes et expressions proverbiales, dont certains accompagnés de notes et commentaires dont nous pouvons faire notre profit.
Proverbe 95 : « Un pois véreux surnage toiyours. » A propos de pois , Geiler mentionne aussi le jeu suivant qui se pratique encore à l'aide de boulettes de pain : « Mets un pois sur la table , croise un doigt sur l'autre et tourne , tu croiras qu'il y a deux pois. » Proverbe 343 :
« Snr de la viande fraîche on ne sème pas du poivre jaune. » Ceci est une allusion aux voiles jaunes que les femmes portaient du temps de Greiler. Il dit dans le Brosamlem, 102 : « Les femmes portent des voiles jaunes qu^clles lavent toutes les semaines et sont forcées de faire reteindre en jaune; c*est pourquoi le safran est si cher... Les vieilles femmes avec leurs voiles jaunes font l'effet d'une viande fumée dans une sauce jaune. »
Le volume contient encore une biographie de Frédéric- Rodolphe Saltzmann, par M. Matter^ dont l'Alsace déplore la perte récente. Ce Saltzmann est un écrivain religieux qu'il ne faut pas confondre avec son cousin Jean-Daniel Saltzmann , secrétaire de la Chambre des tutelles de Strasbourg. Quant à celui - ci , le volume contient les procèsverbaux (1776-1777) de la Société littéraire qu'il fonda vers 1762 et à laquelle s'affilièrent successivement un assez grand nombre d'hommes distingués parmi lesquels on remarque Lerse, Meyer de Lindau, Herder, Lenz, Ramond, Michaelis, Jung-Stilling et Goethe, tous alors étudiants de l'Université de Strasbourg. Les relations littéraires engendrèrent, contre l'usage, de chaudes et fidèles amitiés, et celles-ci firent naître un échange de correspondances dont une partie a échappé à la destruction et se trouve dans VÂiscUia de 1853. M. Costc a fait une communication sur la révolte des paysans du Sundgau en 1633; M. Stoffel a envoyé des statuts et ordonnances de la petite ville de Sainte-Croix; M. Mossmann une exhortation de la comtesse Âlexandrine de Rappolstein à son fils Egenolf ; M. Ingold des chants populaires;
M. Rleîtz six missives relatives à la guerre des Bourguignons (1470); enfin M. Mtihl a esquissé la biographie de Louis Schnëegans, travail intéressant, malheureusement gâté par un panég3rrique intempestif de la langue allemande.
Telle est la trop courte analyse de ce volume qui est sans doute déjà entre les mains de tous ceux qui aiment notre vieille histoire. P. R.
VARIÉTÉS
Umb haute icoLU DE CRITIQUE BBLIOIBU8B. Loa boAux Joars de la théologie lont revenu*, dit M. Albert Réville , dans un savant et profond artiole sur lei Origines du Nouveau Ttstament^ et Strasbourg, comme on le verra par l'extrait que nous en donnons, tient uno large place dans ce courant d'activité matériello et d'ardente investigation des choses sacrées.
• Nous n'avons pas même toujours connu la part que plusieurs de t nos compatriotes prenaient à ce grand travail d'inventaire, opéré
• sur les traditions religieuses de tout genfe. Combien par exemple,
• il y a peu de temps encore, savaient qu'en France même, au sein
• d'une ville allemande sous certains rapports, mais éminemment
• française de cœur, à Strasbourg, s'était constituée une haute école
• de critique religieuse? La réputation de la Faculté de théologie de
• cette ville, depuis longtemps établie dans* les universités d'outre-
• Rhin , était à peu prés Ignorée parmi nous.
< M. le professeur Schmidt, par ses beaux travaux sur les Cathare»
• du moyen Ag^ , avait sans doute attiré l'attention des lecteurs d'élite ;
• mais les autres professeurs , MM. Brnch et Renss , savaient écrire en
• allemand des ouvrages qui n'eussent pas encore trouvé de public
• français disposé à leur faire accueil*. En 1849, une revue française
I. M. Bracb .doyen de la Faculté, STsit pablié dans cette laogoe des EMtrM $ur le ehrtiuùmi$m» f dont une traduction françaises paru il y s quelques années, et un
de théologie et <lo philosophie se fondait sona la direction de MM. Colani et Scherer. C'était une première tentative aériense de translation anr notre aol national de plantea qni Jusqu'alors n'avaient pas semblé pouvoir même y prendre racine. Ce recueil , bien que peu lu , fit dans le monde savant de notre pays une de ces trouées obscures mais profondes, dont nul ne se doute Jusqu'à l'heure où des ébranlements considérables avertiaa^t les plus sourds que le sol est miné sous leurs pas.
c Parmi les œuvres qui témoignent de l'intérêt véritable avec lequel le public s'occupe des questions religieuses, et surtout de celles qui sont relatives aux origines du christianisme, il faut distinguer l'excellent livre que M. Reuss a publié en 18êS, sous ce titre : Hiêtoire du canon deê Écriture» saintet dan* VÉglUe chrétienne. M. Reuss possède le talent rare d'être un écrivain distingué en deux langues aussi disparates que le français et l'allemand, qui est fort beau; mais il a une vivacité et une lucidité aussi agréables que nécessaires dans le développement de questions arides | souvent obscures, et il Joint i ces qualités tontes françaises une certaine saveur étrangère qui ne manque ni d'originalité ni de charme. Quant à ses tendances et à son point de vue, on aura tout dit en le définissant un critique pnr. Ni le dogme, ni la philosophie, mais la recherche historique de la vérité autant qu'elle est accessible , tel est son but exclusif.
« Cest à ce désintéressement que sa critique doit sa force par la confiance qu'elle inspire à ceux qui cherchent non pour conserver on pour détruire , mais pbur savoir. •
Le Lbibhitz dk M. Fgucukb db Cabbil. — Il se publie en ce moment deux éditions des œuvres de Leibnits : une française , par les soins de M. Foucher de Careil ; une allemande , due à M. O. Klopp. De celle de M. Klopp a paru il y a quelques semaines le second volume , et ce second volume a été acconjpagné d'une brochure dans laquelle
traité fort remarquable sur la Doctrtnt cU la êageeêt ehêz U* H4brnue, M. Reuit avait auiBi rédigé en allemand une Hittoirt dt» livrti du Nouveau Testament , dont plasiears éditions, augmenlées et réTitées. aUestent le laccès prolongé auprès det théologiens étrangers, et en français une MUoire de la théologie au etiele apoilolique , qui est srrivée à sa Iroisième édition.
M. Klopp noQs fait de curiettses révélations sur les procédés d'édi» Mor de M. deCareil. Dans son cinquième volauMly l'écrivain français prétend qae le Coneilium œgyptiaeum on le projet d'expédition d'JÉgypte de LeibnitE est le mémoire complet du philosophe sur les matières, tandis que, au contraire, ce n'en est qu'un extrait. Le mé* moire complet se compose de trois parties dont la seconde a été trouvée postérieurement aux deux autres. M. Foucher a omis cette seconde partie et soudé* ensemble la première et la troisième sans s'apercevoir de la lacune. Aussi n'est-il plus étonnant de l'entendre dire : • Ce manuscrit nous est arrivé dans un désordre qui nuit i son effet, malgré tout le soin que nous avons pris pour en recoudre les lambeaux. • Mais ce qu'il y a de plus plaisant, c'est la manière dont M. Foucher s'y est pris pour effacer les taches de son auteur. Leib* nitz , par exemple , montre qu'un prince qui voudrait dompter les Hollandais devrait employer surtout des forces maritimes, car la perte des villes de l'intérieur, comme Mafistricht, Rheinbergen on Bois>le-Dnc \8ylva dueû), serait petite. M. Foucher traduit: «Car pour les affaires maritimes, surtout celles de quelques villes situées dans les terres , telles que Maastricht sur la Meuse , Bheim* et, si vous voulez , Sidouy leur commerce est faible et sans poids aucun sur la souveraineté des choses, t
M. Foucher parle d'une maison de Brandebourg-Lunebourg, alors que Leibnitz mentionne les maisons de Brandebourg et de Lunebourg. Mais c'est 1& un détail en comparaison de ce qui suit : Leibnitz dit que si l'Espagne était aussi peuplée que la France, elle aurait les côte* en sa puissance et Louis XIV n'eût pas pris La Rochelle, ni Gustave- Adolphe la Poméranie. M. Foucher traduit: Louis XIV n'eût pas gardé Rupehwmdt. Le trait géographique suivant vaut encore mieux : Leibnitz dit que la réputation du roi ne perdrait rien de son prestige, môme si l'expédition d'Egypte n'avait pas une issue heureuse, et il rappelle Gigeri et Candie , conquêtes que les Français furent forcés de rendre. M. Foucher introduit. . . Oentérie qui abandonna peu glorieusement Candie. Voici le bouquet : Leibnitz fait dire à Pomponne qu'il y a plus de huguenots de ccBur qu'on n'en voit au temple de Charenton. Traduction Foucher : Les huguenots sont paisibles à peu près comme ceux que l'on enferme dans Vétablis§ement de Charenton. Tel est le traducteur qui publie les œuvres de Leibnitz, « pour la première fois d'après les manuscrits originaux, i P. R.
BULLETIN MENSUEL D'ALSATICA
Livres.
1. Hclvetns et «es enTironi (Ehl prés Benfeld), an V* siècle, par
Napoléon Nickiès, avec nne carte topographlqne et archéologique.
Typog. de F* Berger-Levrault, à Strtubourg, 1864; gr. Iii*8*, 50 p. —
S fr. 60 c.
S. Saint Léon , le pape alsacien , par Lonii Spach. Strtubourg, typog.
de V* Berger-Lévrault t 1864; gr. in-S*, 87 p.
Eitraiu du BulUtin de la Sodki âe$ monumentê hittotitiuts d'Altact. S. écrivains alsaciens dn XVII* siècle. Simplioissimus, roman de
l'époque de la guerre de Trente ans, par Louis Spach. Typog. de