CORRESPONDANCE INÉDITE DU POÈTE PFEFFEL AVEC LE PROFESSEUR OBERLIN
£n 1840 , dans la notice biographique qui précède la traduction des Fables et Poésies chômes de Pfeffel, Paul Lehr exprimait le désir de voir publier la correspondance du poè'te aveugle de Colmar (p. 22). cDans ses lettres c nombreuses , disait -il , dont le recueil ne serait pas le < moins intéressant de ses ouvrages , la sérénité de son «âme et la bonté de son cœur s*épanchent à chaque «ligne.» Depuis cette époque, M. Aug. Stœber et M"** Lina Bcck-Bemard ont publié un grand nombre de lettres de Th. Conrad Pfeffel , de sa fille Frédérique , de son petit -neveu Charles et de ses amis. La correspondance de Jér. J. Oberlin , conservée à la Bibliothèque impériale de Paris {Fonds allemand, n° 200) , renferme onze lettres du fabuliste et deux de son neveu Chr. Hubert, auteur d'une dissertation sur les limites de la France et d'une Notice sur V École militaire de Colmar, publiée également par M. Aug. Stœber. Nous en donnons quelques extraits avec une réponse d'Oberlin. On trouvera , dans les lettres que nous éditons, de nouvelles preuves de l'indépendance et de la délicatesse de notre poëte.
Aug. Rrœbeb.
Lettre de Pfeffel à Oberlin. - - Original,
Monsieur, Je vous suis infiniment obligé des complimens que vous avés bien voulu me faire au sujet de l'agrément que
la Cour vient de donner au plan que je lui avois fait présenter d'une école militaire protestante. «Je ne pense pas que cet établissement deviendra jamais assés brillant pour donner du lustre à ma ville , mais je ferai tout ce qui dépendra de moi pour convaincre le public éclairé qu'on peut partout former de bons sujets. Au reste Taveu et la protection du R07, qui ont été accordés à cet institut, n'en font pas pour cela une école royale, et tant que j'aimerai ma liberté , je ne ferai assurément aucune tentative pour en changer la constitution.
Quant aux antiquités que j'ai eu le plaisir de montrer à M. Cappaun , ce sont les mêmes que vous avés vu à Strasbourg , excepté une hache d'armes de for qui a été trouvée au même endroit, et qui me paraît être une arme germaine assés ressemblante aux francisques de nos ancêtres. Dès que je viendrai à Strasbourg, ce qui toutefois ne pourra se faire si tôt , j'aurai l'honneur de vous montrer cette pièce , et si vous êtes curieux de la voir plus tôt , je me ferai un plaisir de vous l'envoyer par quelque occasion. Une autre découverte, qui a été furieusement négligée , c'est qu'en creusant le fossé de la nouvelle chaussée d'Ingcrsheim , on trouva deux cercueils de pierre, renfermant autant de squelettes très-bien conservés , que les ouvriers ont anéanti avec leurs pioches , dans l'espérance de trouver quelque chose de plus précieux que des ossemens. Au reste , comme il n'y eut que les extrémités inférieures de ces cercueils qui ont donné vers le fossé , tout le reste se trouve encore enchâssé dans la chaussée , et l'on n*a pas même eu l'attention de
la découvrir à quatre ou ciuq pieds de profondeur pour examiner s'il n'y a point d'inscription sur les couvercles. Je n*ai appris cette belle histoire que trois jours après qu'elle fut arrivée. Cependant j'ai prié plusieurs personnes de bien remarquer l'endroit, qui n'est qu'à une demi-lieue de notre ville
Agréés , Monsieur , les assurances de la plus haute considération , avec laquelle j'ai l'honneur d'ctre ,
Monsieur,
Colmar, ce 8 juillet 1773. Pfbfpel.
Lettre de Pfeffel au comte de Lœvenhtelm,
(Copie transmise par le comte & Oberlin, le 12 mars 1785.)
MoNsiEUB LE Comte,
Vivement pénétré de la confiance dont Votre Excellence veut bien m'honorer, je la supplie d'en agréer l'hommage de ma profonde rcconnoissance. Il me seroit bien doux, Monsieur, de répondre à un sentiment si flatteur pour moi , si des obstacles , qui me paroissent insurmontables , ne s'opposoient aux vœux de mon cœur.
Toutes les places do notre Institut , qui viendront à vaquer dans le courant de cette année, sont grevées d'expectatives. Nous en avons entre autres accordé trois à M. le Comte de Pîpper et deux à M. le Baron de Jaube, qui seront occupées l'automne prochaine ; mais , Monsieur , ce contretems n'est pas le seul qui me lie les mains. Depuis vingt ans , je suis en liaison d'amitié avec
M. Oberlin , rétablissement de M. Lapré est sous sa direction, et pourquoi balancerois-je d'avouer à Votre Excellence que je ne saurois me permetti*e un procédé qui ne manqueroit pas de causer du chagrin à un homme dont je respecte les talents et la probité ?
Je m'en remets à votre délicatesse , Monsieur, et je ne crains pas de vous nommer juge dans votre propre causé. J'attends encore plus de la justice de Votre Excellence , c'est qu'Elle daignera me rendre celle de croire que l'impossibilité de l'obliger me pénètre d'une douleur proportionnée au prix que sa lettre m'a fait attiicher à son estime et à sa confiance.
Je suis avec, un profond respect , etc.
A Colmar, ce 23 février 1786,
Lettre df Oberlin àPfeffel, — Minute,
Je me hâte , Monsieur , de vous faire parvenir la lettre de S. E. M. le Comte de Lœvenhielm au sujet de Messieurs ses £ls , qu'il auroit envie de placer chez vous sur la fin de l'année. La réponse que vous aviez faite à sa demande et qu'il a bien voulu me communiquer, m'a fait voir que l'amitié dont vous m'honorez vous emp(3choit de vous rendre à la sollicitation de -M. le Comte. Faites - moi le plaisir , Monsieur , de croire que si j'ai placé Messieurs les Comtes dans la pension où ils sont encore , cela a été parce que j'étois le plus à portée de les y surveiller et de diriger leurs études , que M. leur père m'avoît confiées. Aussi n'ont-ils pas mal profité.
M« le Comte avoit dessein de le» retirer vers rarrîèresaison de cette année chez lui , à Berlin ^ ponr les fàiie instruire sons ses jenx à TUniversité de cette ville. U a changé d'avis et sonhaiteroit de les faire entrer chez vous ; je n^ai certainement pas la moindre chose à j redire , et je vous conjure , Monsieur , de ne point vous imaginer que cette complaisance que vous auriez pour M. le Comte , pourroît altérer en aucune façon les sentimens de Tamitié et du respectueux attachement avec lesquels j'ai l'honneur, etc.
Réponse de Pfeffel à OherHn, — OriginaL
Monsieur,
U ne m'a pas fallu moins que la lettre pleine d'amitié que vous venés de m'adresser, pour me déterminer à faire à M. le Comte de Lœvenhielm la réponse ci -jointe , que je vous prie de lui expédier après eu avoir pris lecture. Si vous ne m'aviés pas assuré, mon respectable ami, que Mess, ses fils auroient également quitté Strasbourg vers la fin de l'année, il seroit toujours resté à mon cœur une difficulté , à laquelle les égards que j'aime devoir à M. Lapré auroient ajouté un nouveau poids. Au re-ste , si MM. de Lœvenhielm doivent faire un cours d'études en règle , notre maison ne peut leur en procurer que les exercices préliminaires.
Je profite de cette occasion pour vous envoyer , mon respectable ami , un petit cachet antique, composé de la matière dont on fond les caractères. Je ne l'ai reçu que
depuis quelques jours ; sans cela je vous aurois plus tôt tenu ma promesse. Je n'ai pas besoin d6 vous observer que ces empreintes peuvent se faire en bosse comme en
creux
A Colmar , ce 24 mars 1785. Pfbffel.
Extrait (ftme lettre du neveu de Ffeffel à Oberlm.
A Versailles , lo 16 septembre 1787.
Je tâcherai , Monsieur , de déterrer quelques vieux diplômes français. Je me trouve malheureusement dans une ville qui n^est pas plus la résidence des arts que celle des sciences. On s*y occupe trop peu des muses pour en attirer les bienfaits , et les revendeurs qui marchent à la suite des lettres , ne s'y trouvent qu*en petit nombre. J'engagerai quelques-uns de mes amis k s'occuper de cette recherche à Paris. Cette capitale présente à cet égard des facilités qu'on chercherait en vain partout
ailleurs
H. Pfeffbl.
Lettre de Pfeffel à Oberlm. ~ Origmah
Colmar, 26 pluviôse X (15 février WiOt),
MiUe grâces , cher et digne ami , de l'attention que vous avez eue de me faire aggréger à la Société littéraire du Bas-Rhin. J'ai très-bien reçu le diplôme de mon admission , et j'ai remis à leur adresse ceux qui y étoient
joints. £n revanche , je prends la liberté de vous transmettre la lettre de remercîments que j'adresse à la Société , en vons priant de vouloir bien la présenter à son Président, dans la première séance à laquelle vous assisterez. Ce corps renferme beaucoup de membres que je ne puis qu'admirer , sans oser me placer dans leur rang ; mais , comme le vrai mérite est toujours indulgent , je me trouverai toujours à mon aise dans leur cercle.
Recevez , cher et digne ami , avec les complimens empressés de toute ma famille , Tassurance de mon tendre et inviolable dévouement. Pfeffel.
Lettre de Pfeffel à Oberlin. — OrigmaL
Colmar, le 18 messidor XII (!«' Juillet 1804).
Vous m*avez sensiblement obligé , cher et respectable ami , en me procurant Thonneur et le plaisir de faire la connoissance de Madame votre nièce. Ma famille , qui a partagé ce plaisir , partage de même ma reconnoîssance , dont nous vous prions d'agréer l'expression. Tout ce que nous regrettons , c'est la brièveté du séjour que Madame Wolf a fait parmi nous. C'est un sentiment qu'une personne de son mérite doit toujours laisser dans les âmes de ceux qui se sont trouvés à portée de l'apprécier. Mais quand est-ce que vos amis du Haut-Rhin pourront jouir du bonheur de vous posséder à votre tour? L'indifférence que vous leur témoignés est d'autant moins excusable que vous ne pouvez ignorer combien ils vons révèrent et vous chérissent. Si j'avois des vacances comme vous , je
( lîl )
n^îmiterois pas à cet égard votre exemple , qui , à tous antres , est si bon à suivre.
Adieu , cher et respectable ami , recevez , avec les devoirs empressés de ma famille , Fassurance de mon tendre et inviolable dévouement. Pfeffel.
P. S, La Société d*émulation du Haut-Rhin , voulant s^honorer elle-même, vient de vous agréger par acclamation au nombre de ses membres. Je me flatte , mon cher collègue, que vous ne dédaignerez pas cet hommage qu'elle rend k votre mérite.
VARIÉTÉS
Les listes des livres imprimés à Hoguenau au commencement du XVI« siècle , établies successivement par Schœpflin {Vindic. Typog:, c. xi), par M. Ristelhuber {V Alsace ancienne et moderne, par Bacquol, nouvelle édit. , p. 169), et dernièrement dans cette revue par M. Aug. Stœbcr {Bibliographe alsacien, 4« année, p. 135), ont omis une des plus belles productions sorties de cet atelier : c'est Thistoire naturelle de Pline, imprimée en 1518. Voici le titre exact: