DE STRASBOURG A LA FRANCE
Les Mémoires êecretê^ ce précieux journal de nowelles à la fnain si recherché et si rare aujourd'hui , contiennent sur la célébration de Tannée séculaire de la soumission de Strasbourg à la France une suite de lettres très-curieuses.
1. Mimoireê eeeretê pour servir à l'hietoire de la République dee lettrée ^n France, depuis MDCCLXIl jusqu'à nos Jours , ou Journal d*un observateur (pat Bachanmont , Pldansat de Mairobert et Monfle d'AnfarviU»). Londres , ohes John Adamson , 1772; lome XVIII.
Nos lecteurs nous sauront gré de les avoir réunies dans un recueil alsacien, car elles donnent des renseignements pleins d^ntérêt sur les réjouissances et les diverses cérémonies qui ont eu lieu à Strasbourg eu 1781. Le programme de la fête exigeait une pièce de théâtre. Strasbourg ne possédait que des érudits et des savants. Que faire? Le préteur Gérard s*adressa à Paris qui centralisait déjà la littérature dramatique.
Rochon de Chabannes, auteur assez médiocre, bien qu'il ait obtenu quelques succès , fut l'heureux élu. Les six lettres que nous réimprimons ont toutes trait à la petite pièce de circonstance, la Tribu\ qu'il fut chargé de composer. La particularité qui les distingue, c'est qu'elles sont une réclame constante en faveur de Rochon. Cette comédie est , du reste , ce que sont toutes les pièces de commande , cependant elle plut et même provoqua de l'enthousiasme. Il fallait qu'il en fût ainsi, car les graves magistrats de Strasbourg furent sur le point de solliciter pour Rochon le fauteuil que la mort de Saurin laissait vacant à l'Académie â*ançaise !
n est vraiment regrettable que cette présentation d'un candidat par un corps municipal n'ait pas eu lieu , un pareil usage aurait eu le plus grand succès. Aujourd'hui quelle commune de France n'aurait pas à proposer à l'auguste assemblée des intelligences transcendantes :
1. La Tribu, comédie en 1 acte, par M. Rochon de Chabannes. Strasbourg, ehex J. Françoiê Leroux, 1781. (Voir le n* C31 dn Catalogue des Hyres raren et curieux.)
poètes incompris^ philosophes, historiens, romanciers, avocats et surtout archéologues ejusdem farinœ.
Que de zéros à ajouter au chiffi'e quarante pour faire pénétrer à l'Académie française tous ceux que M. Arsène Houssaye a omis de placer dans son 41* fauteuil ! **
Extrait d'une lettre de Strasbourg du 15 septembre. . . . Cette ville fat rendue aux armes de Louis XIV le 20 septembre 1681; nos chefs ont imaginé de célébrer l'année centenaire de cet éyénement par une fête publique : il est question surtout de marier vingt filles de chacune des tribus on corporations entre lesquelles est partagé le peuple. M. Gérard, notre préteur, a écrit à M. Rochon de Ohabannes, avantageusement connu au théâtre par des succès multipliés sans aucune chute , ni même faux pas , pour le prier de composer une pièce i ce sujet. Ce pofite fécond, quoiqu'il n'ait pas en trois semaines pour l'exécution, vient d'envoyer à son ami une comédie en un acte très-bien adaptée à la circonstance : quand elle aura été Jouée , Je vous rendrai compte de l'effet qu'elle aura produit.
Extrait d'une lettre de Strasbourg du 18 septembre. . . . Tous ceux qui ont ou déjà communication de la pièce de M. Rochon, en sont trés-contents. Ce n'est pas un de ces lieux communs, vagues, comme sont la plupart des sujets de commande. Celui-ci est adapté à la circonstance , au local, aux mœurs des habitants , et du reste est une Jolie comédie, pleine de naturel , de décence et de gaîté douce, qui pourrait se Jouer sur tout autre théâtre avec beaucoup de succès. J'en aime surtout la moralité, fondée sur une ancienne antipathie qui subsiste encore ici parmi le peuple entre les familles françaises et allemandes , ce qui les empêche de se marier ensemble. Le po6te cherche à déraciner un vieux préjugé, et, s'il est moyen , de l'extirper; c'est en le rendant ainsi ridicule au théâtre dans une fête consacrée à ce même peuple. C'est la semaine prochaine que la représentation de la comédie de M. Rochon doit avoir lien.
Extrait d'une lettre de Strasbourg du 28 septembre. . . . Voici les principaux détails avec lesquels on doit célébrer ici la fête centenaire de la soumission de cette ville à la France.
Les ma^strata ont fait frapper SS médailles d'or de la valeur de 200 livres chacune , et 530 d'argent de la même forme et grandeur de la valeur de 12 livres chacune. L'efBgiç de Louis XVI est d'un côté et sur le revers on lit : Argentoratum felix votU tacularibut , 1781. Cette inscription est entourée d'une couronne de chêne, qui était la couronne civique des Romains.
On a ajouté à ces médailles 1500 Jetons d'argent de la valeur d'un florin ou 40 sols de France, chacun, avec une fleur de lis d'un côté et de l'autre ArgentirrtUum felix.
Les médailles d'or seront présentées au roi , à la reine , à la famille royale et aux ministres par le préteur Gérard, qui partira, mardi 2 octobre , pour lii^cour.
M. le maréchal de Contades, commandant pour le roi dans la province, le cardinal de Rohan, évêque de cette ville, l'évéque de Tournay, en qualité de pontife officiant au Te Deum, le marquis de la Salle, le premier président, l'intendant, le préteur royal et le professeur Oberlin, auteur de l'inscription, sont sur la liste de ceux qni doivent reeevoRr les médailles d'or, ainsi que M. Rochon , auteur de la comédie dont on a parlé.
Les médailles d'argent seront distribuées aux SttUtmeiêters , premiers magistrats tirés du corps de la noblesse ; aux Ammeùter» , tirés des bourgeois les plus notables an nombre de quatre, dont l'un veille à la police , etc. , pendant trois mois ; aux assesseurs des chambres des 18, des 15 et des 21 ; aux 20 conseillers de ville, et aux citoyeuR des 20 tribus, ainsi qu'aux amis distingués de Messieurs du Grand- Sénat.
Vingt mariages, un pour chaque tribu, seront dotés; les époux auront droit de bourgeoisie , prérogative considérable à Strasbourg. MeMienrs de l'hôtel de ville se chargent des fVais de noces : les 10 catholiques se célébreront dimanche 80 à la cathédrale, et les 10 luthériens an Temple-Neuf, où le Te Deum en allemand sera chanté en musique le matin, et après vêpres en latin à la cathédrale au bruit de trois salves de toute l'artillerie et mousqueterie des remparts. Du reste, vin, victuailles et pain : les spectacles seront ouverts gratuitement ches les Allemands et chee les Français; bal. Illumination, repas, etc.
Demain à 11 heures l'Université ouvre les fêtes par sa harangue, qni sera précédée d'un concert de musique vocale et instrumentale de la meilleure composition.
Extrait d'une lettre de StrMbourg du 8 octobre La Tribu,
comédie en un acte, ponr les réJoulManoes de Strasbourg, en l'honnenr de la fête técnlaire de la sonmiision de la ville à Louis TLIV, par M. Rochon de Ohabannes. Tel est le titre de la pièce qui a été jouée ici avec le plus grand snccés. On a été étonné que ce poOtOi qui ne connaît point cette ville ^ qui n'y est Jamais venu , ait en l'art d'en particulariser si singulièrement le sujet, de peindre nos mœurs et nos usages dans la plus grande vérité , dans le costnne le plus exact. Quoique sa modestie l'ait empêché de venir Jouir lui-même de son triomphe , d'assister aux répétitions et de pénétrer les acteurs de leurs rôles, la pièce a été parfaitement bien exécutée ; le sujet en est simple.
Il s'agit d'une madame Ridern , Allemande, aubergiste, ches qui se fait la noce des couples unis par la ville dans la tribu. Elle a une fille aimée d'un Français qui en éprouve du retour; elle refuse de la marier par l'antipathie naturelle des deux nations , invétérée ches cette Strasbourgeoise , antipathie dont la font revenir successivement un officier français qui y est logé et qui gagne sa confiance par ses grâces et son aménité ; un père Louvois, centenaire, qui lui olfre l'exemple de pareils mariages faits dans sa famille et toujours avec le meilleur succès; enfin, une madame Rinchouin, sa commère, vive , gaie , étourdie et madrée cependant , qui lui fait de petits contes très-propres à la frapper et à lui montrer le ridicule , l'injustice et le danger de son aversion. Ce rôle est amusant, celui du père Louvois est respectable; il finit majestueusement l'action par une cérémonie imposante et religieuse, par la bénédiction que lui demande sa nombreuse postérité dont il est entouré. Dans le rôle de madame Ridern , qui déteste les Français, mais aime la France, l'auteur a eu l'art do glisser plusieurs anecdotes relatives aux circonstances et d'autant plus flatteuses pour la reine, qu'elles n'ont point l'air de l'adulation , et sont l'effusion d'un coeur franc que subjugue la force de la vérité.
M. Rochon s'était contenté , dans des observations envoyées aux comédiens, de faire sentir la nécessité d'une pantomime continue dans la multitude des personnages composant la triple génération du père Louvois sur qui roule tout l'intérêt de cette bagatelle, et qui, faute d'être bien exécutée, par la froideur ou la distraction des acteurs, aurait ôté à la représentation une partie du mérite de l'ouvrage; aussi n'a-t-on rien à leur reprocher.
Il y a en à la fin des couplets charmants , pleins de sel et de gaîté , tell qn'il en faut en pareille circonstance.
On a jugé à propos de faire imprimer la pièce avant de la jouer, et elle n'a rien perdu à être connue dés la repréientation.
Extrait d'une lettre de Strasbourg du 15 octobre. . . C'est au 30 septembre qu'a été arrêtée la fête séculaire dont vous avez entendu parler, parce que ce jour est l'époque même de la signature de la capitulation.
Le samedi 29, le magistrat se rendit dans le grand auditoire do l'Université luthérienne où le panégyrique du roi fut prononcé en latin. La solennité avait commencé par l'exécution d'une cantate latine , en forme de poème séculaire , imité de celui d'Horace.
Le portrait en pied du roi, dont, par un arrangement préalable, S. M. venait de faire présent A la ville, placé sous un dais, faisait le principal ornement du lieu et donnait quelque chose de plus imposant, de plus auguste à la fête.
Le soir il y a eu grand concert public , dans lequel on répéta le chant séculaire, exécuté le matin.
Les mariages ont eu lieu le SO. Le soir on exécuta un spectacle allemand sur le second théâtre de la ville ; tout le peuple y entra gratuitement. On se doute que la scène fut ouverte par une pièce analogue aux circonstances , avec des ballets et une décoration brillante.
Ce n'est que le lundi, 1*' octobre, qu'on joua au théâtre français la petite pièce de M. Rochon de Chabannes ; mais cette représentation manqua son principal objet, n'étant pas gratuite. Elle fut honorée de la présence de la princesse Christine de Saxe, de celle de plusieurs princes et princesses étrangères , et de toutes les personnes de distinction et notables de cette ville ; il eût été à désirer qu'on y eût pu introduire le peuple pour lequel elle est principalement composée, à raison de la moralité qui tend à détruire l'antipathie ; on a prétendu qu'il n'entendait pas le français, ou du moins assez bien pour y comprendre rien.
Extrait d'une lettre de Strasbourg du 8 décembre .... M. Rochon de Chabannes n'étant point dans le cas, ni dans l'intention de recevoir aucune récompense pécuniaire, ou a cru devoir lui don-
ner une des médailles d'or destinées ponr la cour représentant d'nne part le portrait du roi , et an revers portant cette lé^nde : Argentoratutn felix votiê gœcularibuêf anno 1781. Depuis que nous avons appris ici la mort de M. Saarin , quelqu'un avait imaginé de proposer A la ville, de faire une délibération pour autoriser M. Gérard , notre préteur, à l'effet d'interposer ses bons offices auprès de l'Académie française, afin de lui faire accorder la place vacante pour laquelle il a d'ailleurs des titres plus que suffisants. La crainte do compromettre la dignité de Is ville, si ses sollicitations ne réussissaient pas, a empéché que la délibération n'ait eu lieu. Il me semble cependant, qu'il y aurait eu une manière d'arranger tout cela pour ne pas violer les suffrages libres de l'Académie, et cependant assurer le succès de la négociation ; mais il aurait fallu trouver plus de zèle et de chaleur en faveur du candidat qu'il n'y en a parmi nous. Je vois qu'en général, c'est une grande duperie aux auteurs de travailler par complaisance ponr les grands seigruenrs et ponr les corps ; je suis indigné de notre pusillanimité envers M. Rochon de Chabannes.
JUGEMENT DU GRAND SÉNAT DE STRASBOURG RELATIF AUX GRAVURES DE SCHADEUS.
Procès extraordinairemcnt instruit contre Jean-Pierre Tschemein, bedeau de Tuniversité luthérienne , accusé d*avoir débité et vendu des estampes scandaleuses et injurieuses à la religion catholique , jugé le 10 juin 1728.
. Le fait.
Le lendemain de la dernière fête de Dieu , un écolier catholique fut chez Taccusé Tschemein pour acheter un livre , car il en tenait boutique ; il vit sur sa table plusieurs estampes des plus scandaleuses; elles représentaient au haut une espèce de procession , un ours portait le bénitier et l'asperge, un loup tenait la croix et un
lièvre portait un flambeau; un porc et un bouc les suivaient portant sur les épaules une espèce de civière sur laquelle était couché un renard; sous cette civière on voyait un chien ou un singe. La partie inférieure de l'estampe représentait un autel, un calice et un livre dessus ; et un âne qui disait la messe ; on en voyait un autre qui figurait le diacre chantant l'Evangile ; un singe loi servait de sous-diacre qui tenait le livre appuyé sur son front.
L'écolier frappé de cette impiété acheta une de ces estampes et s'en alla tout de suite la montrer à son professeur. Le cas fut dénoncé à M. Tammeistre-régent, qui envoya tout de suite ses gardes se saisir des estampes et du vendeur; on fit en même temps une exacte recherche dans sa boutique et dans toute sa maison pour voir si on n*y trouverait pas la planche de ces images. On ne la trouva pas. Le procureur fiscal donna aussitôt sa plainte au grand sénat contre Tschemein, et le procès lui fut fiût et parfait. M. le cardinal de Rohan , qui était ici , et qui avait porté le saint sacrement à la procession de la Fête-Dieu , envoya une de ces estampes à la cour et demanda à M. le préteur royal une prompte et exacte justice. Le sénat nomma des experts qui rapportassent si ces images étaient antiques ou nouvellement empreintes ; ils décidèrent qu'elles étaient fort anciennes. L'accusé dit pour sa décharge , qu'en sa qualité d'antiquaire il a acheté ces estampes dans l'inventaire de DollhoiFen , aussi antiquaire , que lui accusé les a tenues toujours dans sa boutique sans la moindre malice ni mépris pour la reli-
gion; que l'empreinte de ces mêmes estampes s*est trouvée dans une pierre , dans la cathédrale même de cette ville longtemps avant le luthéranisme ; qu'elle se voit encore ai^ourd'hui dans le petit livre qui contient la description et les figures des choses rares et curieuses de la cathédrale ; que ce livre se vend ici publiquement et que par conséquenl^ lui accusé qui le débite pareillement n'avait pas de scrupule à se faire en gardant et débitant les estampes dont il est question.
Ces faits historiques ont été vérifiés. Schadeus, ministre à Strasbourg, dans sa chronique imprimée en 1617, rapporte qu'en Tannée 1298 un célèbre ouvrier avait gravé sur la pierre du chapiteau d'une colonne qui se trouve vis-à-vis de la chaire dans la cathédrale de Strasbourg, différentes figures extraordinaires, savoir un âne qui dit la messe , à qui d'autres bêtes brutes servent de ministrants; un ours et un porc qui portent comme une relique un renard; que ces animaux portent aussi l'eau bénite et des flambeaux. Un autre historiographe , nommé Jean Wolff, dit : que dans des voyages, étant venu à Strasbourg en 1551 pour voir les curiosités de cette ville , on lui avait fait remarquer la même gravure cidessus mentionnée.
Schadeus, dans sa description de l'église cathédrale et de la tour de Strasbourg , où il fait mention , comme il a été dit, de cette gravure, ajoute qu'un nommé Mentzer, fameux sculpteur, en a fait une planche et débité des estampes tellcF qu'on les voit dans le petit livret imprimé en 1617.
Sur les estampes mêmes qui se sont trouvées chez l'accusé , on voit la colonne au chapiteau de laquelle sont en petit les figures que l'estampe représente en grand.
Les historiens prétendent que ce qui a donné lieu à ces infâmes images gravées ci-devant sur une pierre dans la cathédrale , c'a été une zizanie et une faction fort animée entre les membres du chapitre de cette église, à partie desquels le graveur s'est prêté pour insulter aux autres sous la figure de différents animaux et de leurs différents naturels. Quoi qu'il en soit, il est assez prouvé que l'origine des estampes dont il s'agit se tire de cette gravure qui s'est trouvée sur une colonne de la cathédrale longtemps avant le luthéranisme. Il s'y voit même encore aujourd'hui quelque chose de pareil qui doit avoir une époque également ancienne sur la porte d'airain construite en 1543. On voit dans un petit carré en sculpture la représentation d'un couvent; les moines eu sortent avec la croix et les bannières et vont au-devant d'un de leurs frères qui leur apporte une fille qu'il tient sur ses épaules (j'ai vu moi-même cette figure); cette porte d'airain s'ouvre tous les ans principalement pour la procession de la Fête-Dieu.
D résulte donc des circonstances du procès que l'accusé n'est pas l'auteur des infâmes estampes qui en font l'objet; il n'est pas chargé non plus de les avoir imprimées. Son délit consiste à les avoir tenues dans sa boutique à vente et d'en avoir débité ouvertement, et même dans un temps qui le rend extrêmement suspect d'afi'ectation et de mauvais dessein ; vu (jue le débit s'est fait le
lendemain de la procession de la Fête-Dieu , dont Tauguste solennité et magnificence choque ies esprits faibles parmi les luthériens.
On ne peut considérer sans horreur le corps de délit. Y a-t-il rien de plus scandaleux , de plus injurieux à notre religion, de plus impie que ces estampes? L'accusé, tout luthérien qu'il est, devrait en avoir horreur lui-même.
L'image de la croix , qu'il doit regarder, aussi bien qu'un catholique, comme l'instrument sacré de notre rédemption, l'image du calice qui représente la passion et la mort de notre divin Rédempteur, le livre de l'Évangile , toutes ces choses saintes et sacrées représentées sous les pieds des animaux vils et immondes. Comment l'accusé pourrait-il se justifier d'avoir acheté , comme il le dit luimême, de pareilles estampes, de les avoir exposées en vente , de les avoir tenues dans sa boutique ? Quelle horrible imprudence, si ce n'est pas affectation maligne et dessein prémédité , de les répandre dans le public par la vente qu'il en a faite dans une occasion où les catholiques venaient de célébrer une de leurs plus augustes cérémonies et à laquelle l'infâme estampe a trait visiblement.
Composer ou simplement débiter un libelle contre l'honneur de son souverain ou contre le bien de l'Etat et de la patrie , fabriquer ou débiter sciemment de la fausse monnaie, ne sont-ce pas des crimes que les lois et les ordonnances veulent être punis avec une égale sévérité.
Le fait qui a donné lieu à ce procès a causé un scandale public; il faut qu'il soit publiquement réparé, la
religion Texige; la cour qui eu est informée s'y attend; rintérêt même des luthériens le demande.
Jugement.
Le grand sénat de la ville de Strasbourg, ayant pris connaissance du procès eztraordinairement instruit à la requête du procureur fiscal, demandeur et plaignant contre Jean - Pierre Tschernein, accusé, a déclaré ledit Tschemein dûment atteint et convaincu d'avoir exposé en vente et débité des estampes scandaleuses et injurieuses à rhonneur de la religion.
Pour réparation de quoi , Ta condamné à faire amende honorable, nu, en chemise, la corde au col, tenant en main une torche de cire ardente du poids de deux livres, au devant de la porte principale de la cathédrale, où il sera mené par Texécuteur de la haute justice , et là étant nu-tête et à genoux , déclarer qu'imprudemment et comme mal avisé il a tenu dans sa boutique , exposé en vente et débité des susdites estampes ; qu'il s'en repent et en demande pardon à Dieu , au roi et à justice. Ordonné en outre que lesdîtes estampes seront brûlées par les mains du bourreau en la présence de l'accusé devant ladite porte de la cathédrale ; et a été , ledit Tschemein , banni à perpétuité de la ville et de sa juridiction , et lui ei^oint de garder son ban sous les plus grandes peines , et condamné en tous les dépens.
(Ce Jugement, extrait du 17* volume de la collection Argeniinentia delà Bibliotb&que de Strasbourg et communiqué par H*^JacqueR, peut passer pour un des plus curieux des annales Judiciaires de Strasbourg. G'est à ce titre que nous le reproduisons, bien qu'il ait déjà été publié dans la Revue d'AUace il y a plusieurK annéex. >
REVUE BIBLIOGRAPHIQUE
Les Misères des animaux, par Fëe, professeur à la Faculté de médecine de Strasbourg. Paris, Humbert, 1863, 1 vol. in-12 de 216 pp. — Catalogue méthodique et chronologique des pvbUcaUons du professeur Fée, Strasbourg, imprimerie Simon, 32 pp. in-8®.
M. Fée publie à la fois un livre nouveau et le catalogue de toutes ses publications ; le nombre de ceUes-ci est de 101 et la matière s'en rapporte à la botanique, à la zoologie, à la littérature. Dans la littérature, nous remarquons : Une Promenade dans la Suisse occidentale (1829), Une Promenade à Bade (1835), Voceri, chants populaires de la Corse (1850), ouvrage dont M. Delcasso a rendu un compte si flatteur dans VAlsa^^ien de mars 1851, et qui fut publié avec le concours du comte Napoléon Camerata, mort si prématurément. Une section parente de la section littéraire est celle de la botanique des anciens : nous y trouvons mentionnés la Flore de Virgile (1822), la Flore de Théocriie (1832) , les Commentaires sur la botanique de Pline (1833), enfin un article sur le Ldgustrum, qui tend à démontrer combien, faute de données, il est difficile d'arriver à la détermination rigoureuse des plantes de l'antiquité grecque et romaine. U est bon, lorsqu'on est avancé dans la carrière , de jeter ainsi un regard derrière soi et de donner ses titres; mais il est encore meilleur d'en ^jouter de nouveaux aux anciens,
et c'est la méthode que suit M. Fée en publiant les Misères des animaux.
Quatre chapitres préliminaires traitent des animaux à rétat de liberté, des animaux prisonniers de Thommc, des animaux esclaves, des animaux domestiques. Quoique les animaux soient moins exposés que nous aux maladies, ils n'en sont pas à beaucoup près exempts; mais pour mourir , ils se cachent dans des lieux obscurs , « comme si la mort était incompatible avec la lumière. » La plupart des animaux se nourrissent les uns aux dépens des autres; certains, pendant le repas, font entendre des rugissements formidables : < nous sommes plus calmes, parce que notre nourriture de chaque jour est mieux assurée. » Les déboisements , les défrichements influent aussi d'une manière marquée sur les animaux, en rétrécissant de plus en plus la place qu'ils occupaient : < la terre n'est pas au plus fort, elle est au plus habile. » Parmi les animaux esclaves , M. Fée donne la place principale à l'éléphant, et il émet une curieuse proposition relative aux moyens de concilier les intérêts de l'homme avec les ménagements que mérite l'animal : il s'agirait de rendre à celui-ci la liberté après l'avoir retenu captif pendant un certain nombre d'années; «ce serait alors comme une retraite qui lui serait accordée , à titre de récompense , pour les services rendus , et on les remplace rait par des éléphants nouveaux, tandis que les vieux serviteurs iraient finir leur vie aux lieux mêmes où elle a commencé. »
Des animaux domestiques, le chien occupe le plus de
pages , et rexpositioii récente de cette espèce à Paris doit augmenter le nombre des lecteurs de M. Fée. Comme intelligence , c'est le chien de Terre-Neuve qui remporte la palme , et M. Fée est sur le point de le regarder comme une créature morale ; cette vue n'est pas précisément faite pour exalter la fierté de Fhomme , surtout d^s l'esprit de qui vient de lire , par exemple , le travail où M. Laugel penche à voir dans l'homme un singe perfectionné , mais il 7 a longtemps qu'on a dit : Qui veut faire l'ange fait la bête , et les prétendants au rôle d'ange n'ont jamais manqué. P. R.
GUIDE ALSATIQUE.
Chez Fidblis Butsch a Auosboubo (XXXYI. Catalog dea anHquar. Bûcherlagerg) j 1863, on trouve les ouvrages suivantA :
Strassburger MQnster. Abbildung in pr&chtigem Holzschnitti 2' hocb und 1 */,' breit. Rechts oben in einer bcsondern Einfassung, die Geschichte des Hflnsters in einem 96zeil. Gedicht in 2 Colum» nen. Letzte Zeile desselben : « Bemhard Jobin in Truek gebracbt. > O. O. u. J. (1574?) — fl. 8.
Zwei aoeinander gesetzte Blfttter.
Strassburger M&nster. Abcontrafeyung u. Aussiegung etiicher seltzamer Figuren, so . . . im Mflnster vor etlichen hundert Jaren in Stein gehauen worden. Holzschnitt. — Beschreib. u. ein Gedicht von 200 Zeilen in 4 Columnen von B. Joh. Ncus. Ingolstadt, Wolfg. Eder, 1588. Gr. fol. — fl. 1. 30 kr.
Aatgebessert.
Strassburger Mflnster. Eigentliche Fûrbildung u. Beschreibung dess
newon IcUnstl. Astronom. Vrwerks zu Strsb. im Mflnster diss 1574.
Jahr vollendt. Holzschn. 2' hoch u. 1 </«' breit. Nebenan links die Bschrbg. d. Uhrwerks in einem 147zeil. Gedicht, dessen Schiuss
Uatet: • Berubard Jubin solcber matien l| Scbeinlicb das Werk bat furmalen lasteo. * RecbU in Holspcbnitteinfaftsung : Calcnllrt ino Werk gertcbt u. verfertigt dnrob Conrad. Dasipodiom Dav. Wolkentteyn, Matbematicn* : u. Isaac Habrecht ITrenroacber u. r. Tob. Stimmer gemablet. O. O. 1574. - fl. S. Zwel aneinander geseute Bogen fol.
Chxe Bbck C. h. a NSRDLixaxx {Fliegender antiquarUeher Anseigery n*15, p. 118)# Hoitzwart von Harburg, Lnitgart newer tentaoher Poeterl, in 5 Bflchern, mit Holsschnitt, fol. Strassburg, 1568. Hlbprgt. — fl. 18.
LxBBAïKiB. D'après le Miêtivenbueh de Fribonrg (Bade) , nn conseiller de cette ville a acbeté plusieurs Bibles à Bâle en 1499. {ZeiUehrift fOr die Geêekichte deê Oberrhein*, 15* vol., f lirr.j 1863, p. S56.)
Ueber das Mflnxreoht und die MUnsst&tten der deutschen geistli-
cben Fflrsten. [NumitwuUisehe Zeitung, n* 7, avril 1863, publiée par
Leitzmann. Druek und Verlag wm der QroêMwuinn*»ehen Buehhand-
lung in Weiêzenêee.)
Psge 51 , Strasbourg. Page 53, Wissemboorg. Une bolle de 774 da pape Hadrian l".
Das alte Zabem, von Dagobert Fischer (Forts.). XXII. Der herrsehafUiche Thiergarten. XXm. Der ehemalige berrtchaftUehe Weingarten. XXIV. Die Stifts- oder Pfarrkirche. {Feuille d^ajficke*, aumoneeê et avie divert de Varrondieêement de Saveme, n*** 14, 19, SO et S4.)
Les assemblées provinciales en France avant 1789 : YI. Les provinces de l'Est: i. Lorraine et Bar, n. Trois-lÊvéchés et Clermontois, m. Alsace , iv. Franche • Comté , par L. de Lavergne. (Bévue de* Deux-Mondes, 15 Janvier 1863, pp. 336 • 379.)
Der erste Mai. Die Mais&ngerinnen im Blsass , gravure sur bois et texte. {Ueber Land und Meer, mai 1863, n* 32, 10* vol., 5* année , publiée par HaekJànder à Stuttgart.)