‹ Le Bibliographe alsacien (volume 4)Chapitre 63 sur 129 · Tome X, page · texte numérisé non relu

Tome X, page

« La Société <1ok nmi» <lep nrl» do Stranboiirer, dit M. Lagraiigo, présente, avec celles dont nons avonfl ORqulsHé riiistoire, nn contracte frappant. Slarscille diRpoRC d'nn bndget do prés de 50,000 fr. ; Bordeaux offre à l'admiration de la province les chefs-d'œuvre do l'art français contemporain ; Lyon , par ses concours et do nombreux encouragements distribués chaque année, répand et entretient le feu sacré des beaux-arts. A Strasbourg, une quinzaine de mille francs forme toutes les ressources de la société; le pins clair de cet argent est employé à acheter des tableaux allemands, et le conseil municipal, comme s'il avait peur des cinq cent quarante souscripteurs qui osent aimer les arts, leur refiise une subvention qu'il accorde i des chevaux de course. La société de Strasbourg vit par le seul effet de la ténacité alsacienne. Klle a été fondée, cela suffit; elle ne disparaîtra pas de long temps. •

M. Lagrangc passe ensuite en revue les expositions de la société , et signale les achats déplorables faits chaque année par la commission. Il n*omet pas, toutefois, do rappeler qu'en 1853, elle sut distinguer les œuvres de M. Brion, et encourager ce jeune maître dont TAlsace s'honore aigourd'hui à si juste titre, et qu'en 1858, elle eut rheureuse idée de commander aux artistes de la localité un album strasbourgeois. Mais continuons nos citations, trop heureux que nous sommes d'appuyer notre opinion sur les appréciations d'un savant dont les jugements font autorité, en pareille matière.

• L'excentricité d'allures qui caractérise la Société dcHamis de» arts de Strasbourg a pour cause un fait anormal qu'il est temps de signaler. Dés 1836, elle abdiquait sa nationalité on so fondant dans l'Association rhénane. Cette association dont le principe était digne d'une réalisation plus intelligente, a pour but d'organiser sur les rives du Rhin des expositions soi-disant Internationales. Réduite d'abord à cinq villes, Strasbourg, Mayonce, Darmstadt, Mannheim et Carlsrube, elle a, depuis 1853, rallié deux villes nouvelles, Stuttgart et Frlbourg. T/énonciation seule des noms de cette hoptapolc suffit â mon-

trer combien peu le bat a été atteint, puisque Strasbourg y lutte seule contre six villes allemandes. II y a mieux : l'Association se chargeait des frais de transport et de retour des tableaux qui veulent faire la tournée des sept villes, mais elle exigeait que la tournée fût faite, laissant tous les frais à la charge des artistes qui voulaient, après une exposition, retirer leurs tableaux. Or, on comprend que les artistes français qui envoyaient leurs tableaux i Strasbourg, se souciaient fort peu de les montrer à Carlsruhe ou i Darmstadt, alors que les expositions de Lyon et de Bordeaux leur offraient des chances plus sérieuses do vente et un accueil plus sympathique. Cette clause qui vient d'être rapportée, excluait de droit les tableaux français. Mais ce qui les exclut surtout, ce qui constitue dans la ligne rhénane une infériorité foncière pour l'art français, c'est ce vieil esprit germanique, plus vivace sur les bords du Rhin qu'en aucun autre endroit, et toujours prêt à nous chanter : ■ Vous ne l'aurez pas , notre Rhin allemand! • Plût à Dieu qu'on n'eût pas non pins leurs tableaux!

c II suffit, an surplus, de Jeter un coup d'œil sur les résultats de l'Association rhénane, pour se convaincre du vice de cette institution en ce qui touche l'art français. En 1840 , la Société do Strasbourg achetait sept tableaux, dont deux français; la Société de Mayence en achetait quatre , pas un français ; la Société de Darmstadt six , pas un français; la Société deMannheim sept, pas un français; — il est vrai qu'elle achetait aussi une aquarelle par Finard , de Melun ; — enfin, la Société de Carlsruhe achetait vingt et un tableaux , pas un français ; il est vrai aussi qu'elle Joignait à ces achats une amazone (bronze), par Gechter, à Paris. £n résumé, c'est une somme de 20,42.5 fr. que les cinq Sociétés ont dépensée en faveur des beaux-arts, et sur cette somme la part de l'art français est do 1,160 fr.

< C'est donc un fait d'une évidence qui saute aux yeux, que l'Association rhénane, bien loin d'offrir i l'art français une occasion de plus de se montrer et de trouver des acquéreurs, n'a d'autre résultat que de l'étouffer et de lui donner aux yeux des populations frontières d'un autre pays, un vernis menteur d'infériorité qu'il est bien loin de mériter. En s'unissant à l'Association rhénane , la Société des amis des arts de Strasbourg fait donc une œuvre antipatriotiqne.

• De plus, elle fait une mauvaise affaire, car il résulte de ses comptes qu'en 1840, l'excédant de dépenses sur les recettes était de

3,622 fr. 12 c. ; en 18&3, cet excédant ent de 6,695 fr. 96 c. ; («n 1854, de 5,068 fr. 06 c. , et on 1857, de 3,760 fr. 45 c. »

• Ce déficit, la Société den amis des arts de Strasbourg le comble par •es propre* ressonrcos. Mais c'est là un métier de dupe. Si elle peut se suffire i elle-même, à quoi bon invoquer le bénéfice de l'association, bénéfice qui se traduit pour elle par un déficit annuel? Dans ce conseil de sept voix, la sienne se perd si bien, que rassoclatioo ayant choisi pour prime, en 1854, une gravure exécutée par le professeur Felsing d'après le tableau de Kœhl er , «/u2 la , la Société de Strasbourg concourt pendant plusieurs années, par à-compte de 300 fr., au paiement de cette gravure. 11 est vrai que M. Felsing est le président de l'Association rhénane. • *

Tout cela paraîtra vif peut-être ; mais n^est-ce pas trèsconcluant? Comment, en effet, ne pas reconnaître la justesse de ces critiques, en présence de preuves aussi nombreuses, et au moment oii Tezposition de 1863 vient, pour la vingtième fois , rendre plus évidente encore l'insuffisance des moyens mis en usage par la Commission de Strasbourg? Car, il faut en convenir, jamais les envois de TAllemagne n*ont été plus dépourvus d'intérêt, nous devrions dire, d'une plus pitoyable médiocrité. A grand'peine trouverions-nous dans ce vaste champ d'ivraie quelques œuvres recommandables , et, toutes réserves faites en faveur de huit ou dix peintures d'une valeur

1. c Le Musée de la Société de Strasbourg, dit ailleurs M. Lagrange (p. 165), comprend 28 tableaux. On y voit figurer un portrait attribué à Holbein , un effet de lune et de lampe, par M. Nahl , de Cassel , et cette fameuse Julia {grande toile^ dit le catalogue) que le professeur Felsing a si chèrement gravée aux frais de la Société qu'il préside.» Et le Compagnon du tour de France! cette autre erreur de la Société ; qu'en >ât donc pensé l'éminent collaborateur de la Oatetto, si ce chef-d'oeuvro artigtigue n'avait pas échappé à son attention?

réelle, dues presque toutes à des artistes français, on serait en droit de se demander B*il n*cût pas mieux valu laisser librement circuler chez nos bons voisins tout ce faux bagage artistique, plutôt que de lui donner une hospitalité qui présente pour nous plus de dangers que d^avantages.

Qu*un simple particulier encombre ses appartements de toute cette imagerie vigoureusement enluminée, personne n*a le droit d'y trouver à redire; mais lorsqu'une Société qui a la mission de former et d'entretenir le goût du beaU; convie tonte une population à un semblable spectacle, c'est là un fait qui peut avoir de fâcheuses conséquences, et dont se préoccupent à bon droit les personnes vraiment dévouées au culte des arts.

A cette foule qui admire le plus souvent de confiance, sur la recommandation quasi-officielle de ceux auxquels elle remet si volontiers le soin do satisfaire ses besoins iutistiques , ce qu'il importe de montrer tout d'abord , ce sont des œuvres saines, d'un goût irréprochable, d'une intelligence facile, mais non ces productions banales qui ne se recommandent, le plus souvent, que par une naïveté impuissante ou une dangereuse triviidité. Au milieu de ces exhibitions qui regorgent de toiles sans Videur, le goût, loin de s'épurer, court grand risque de se corrompre, et comment en serait -il autrement lorsqu'on voit, ici par exemple, les Commissions rhénanes choisir précisément, poui* leurs acquisitions, les œuvres les plus insignifiantes, celles surtout qui n'ont pour«triste mérite qu'une exécution i)récieuse et fade.

( 7 ) Le danger est d'autant plus grand que rëducatiou artistique du public est moins avancée ; et il faut convenir que, sous ce rapport, la Société de Strasbourg a une lourde tâche à remplir. Aussi , malgré ses insuccès et ses erreurs, doit-on lui saveir-gré de ses efforts, et, tout en signalant la voie funeste dans laquelle elle est engagée , est-il du devoir de tout bon citoyen , de tout ami sincère des arts, de concourir, dans les limites de ses moyens, au progrès d*une œuvre dont le succès peut donner à notre ville un éclat qui lui manque.

Ce ne sont assurément pas les éléments qui font défaut, et dans un milieu où le sentiment musical est si généralement répandu , on no peut admettre que le goût des arto plastiques ne puisse aussi se développer avec succès. La marche régulière et persistante de la Société actuelle est Ik, d*ailleurs, pour attester des moyens trèssuffisants dont on dispose. Que faut-il donc pour arriver à un meilleur résultat? Reconnaître une erreur, ce qui est toujours facile pour ceux qui veulent sincèrement le bien , et chercher une voie nouvelle. Ici commencent les difficultés , et nous n'ignorons pas que dans le sein même de la Société cette question a été discutée , mais sans recevoir de solution satisfaisante. Cependant, la cause du mal étant connue, il semble facile de trouver le remède.

Depuis vingt ans vous demandez inutilement à TAUemagnc des œuvres d*art, propres à initier le public à renseignement du beau; à moins d'être aveugle ou possédé de je ne sais quel engouement fanatique , il faut enfin reconnaître que ec que vous en recevez ne peut en

aucune manière remplir votre but. La pénurie de tableaux passables est même devenue telle , dans ces dernières années, que maintes fois vous avez pu, comme nous, entendre d*honnêtes amateurs se lamenter de ne pouvoir faire des acquisitions dignes de figurer dans leur modeste galerie. Est-ce à dire pour cela que le niveau des connaissances artistiques se soit abaissé à ce point dans la studieuse Allemagne? Non, assurément; mais nous n'étonnerons personne en faisant remarquer le peu de notoriété des artistes qui sont en rapport avec TAssociation rhénane. A part deux ou trois noms recommandâmes, tous ces peintres sont parfaitement inconnus de la plupart des personnes qui s'occupent de beaux-arts.

Il ne faudrait donc pas juger Técole, ou plutôt les écoles allemandes, par les tristes échantillons qui nous viennent de Munich ou de Dusseldorf , et puisque la Société de Strasbourg tient avec raison à entretenir d'amicales relations avec les artistes étrangers, que n'entret-elle directement en rapport avec ceux qui peuvent véritablement faire honneur à ses expositions? Quelques bons représentants dévoués et officieux dans les principales villes d'Allemagne feraient assurément plus et mieux que le concours de toute l'Association rhénane. C'est ainsi qu'on a procédé à Besançon par exemple , il y a quelques années, et je ne vois pas qu'on ait trop mal réussi; car dans le catalogue que j'ai sous les yeux, je trouve du moins des noms connus; il me suffira de citer parmi les artistes suisses et prussiens , MM. £lster, Sohn , Hubner, Ittenbach , de Kalkreuth , Lindlar, Maas-

( 9 ) sen , Rausch , Salentin , Muck , Schotel , Tidemand , Castan, Diday, Hébert, Zimmermaun , etc. A la vérité, le nombre des ouvrages exposés était bien restreint relativement à tïctte avalanche de toiles que le chemin de fer nous apporte chaque année ; mais à cela le mal n'était pas grand , et d'ailleurs s'il est absolument indispensable de remplir les salles du musée, que n'igoute-t-on aux tableaux modernes, soit un bon choix de peintures anciennes, soit quelques-uns de ces magnifiques cartons dans lesquels se révèlent si puissamment la fécondité et la science des maîtres allemands, ou mieux encore de bonnes reproductions photographiques des admirables dessins de Kaulbach, de Cornélius, de Schadow et d'Owerbeck? Cet enseignement -là en vaudrait bien un autre. Avec un peu de bon vouloir et d'activité, tout cela est parfaitement réalisable , et au moins la Société n'aurait plus à se reprocher de faire connaître sous un faux jour une école qui compte encore des artistes d'un talent incontestable.

Voilà pour l'Allemagne. On a vu comment les choses se passaient du côté de la France : tandis que des bords du Rhin nous arrivent quatre ou cinq cents toiles, parmi lesquelles huit ou dix à peine auraient pu être admises aux Salons de Paris; d'autre part, on reçoit cinquante à soixante tableaux presque tous d'un mérite réel, quelques-uns vraiment remarquables , et chaque année , nous trouvons au livret les noms des mtûtres les plus recherchés de l'Ecole française. Les œuvres dont il s'agit ne sont pas de premier ordre , je le veux bien , mais il n'en

est pas moins certain qu'elles forment encore le seul côté intéressant de nos expositions. C^est donc dans cette direction surtout que doivent se porter les efforts de la Commission. Le retour annuel des expositions 'de Paris, nous le savons, rendra désormais sa tâche plus difficile ; mais d'un autre côté , la création récente d'agences pour l'organisation des expositions provinciales doit aplanir bien des difficultés, et les résultats obtenus récemment à Nevers, Moulins, Rennes, Nîmes et dans tant d'autres villes de second ordre , montrent assez ce qu'il est possible de faire à Strasbourg.

Mais ce n'est pas tout. Il est un autre point qui réclame toute la soUicitude du Comité. Depuis quelques années, les personnes qui fréquentent l'exposition ont été frappées do l'abstention presque complète des artistes alsaciens; c'est là un fait des plus regrettables et dont il faut s'appliquer à prévenir le retour. On ne doit point oublier, en effet, que la distribution des encouragements aux artistes de la province constitue une des plus belles prérogatives des Sociétés, nous dirions volontiers le plus impérieux de leurs devoirs. Tout en écartant les médiocrités présomptueuses, elles doivent être accessibles à tous ceux qui fout preuve de talent, et il est inutile d'ajouter que la plus complète impartialité doit éclairer leurs décisions. Nous ignorons ce qu'il peut y avoir de vrai dans le reproche qu'on a adressé jadis à la Société de Strasbourg de n'exister qu'au profit de quelques-uns de ses membres, et il nous répugnerait de chercher là les causes de cotte abstention fâcheuse. Nous nous garde-

rous donc bien de ranimer à ce sujet un débat inutile, mais il convient, dirons-nous, de profiter de Texpërience acquise, et puisque les bonnes intentions dii Comité ne peuvent être mises en doute , attendons avec confiance et espérons.

La Société compte dans ses rangs des amateurs éclairés , dont le dévouement sincère aux arts est fortifié par une longue expérience; on peut donc présumer que, sous leur habile direction , le comité administratif, triomphant enfin de résistances aveugles et obstinées, ne tardera pas à marcher résolument dans la voie du progrès. '

1. On uouit communlqnc, nn dernier moimout, le compte rendu dos travAHx de la Société, pour Tannée 1862; nons y trouverions facile* ment plus d'un argument propre i appuyer nos assertions, mais nous préférons en extraire les faits qui peuvent faire apprécier les bonnes intcutiouH dont i«ont animés certains membres du Comité. C'est ainsi que le président, M. Blanck, lui-mémo, reconnaît la nécessité de faire prédominer l'élément français dans les expositions; d'un autre côté , dans un rapport où sont exprimées, avec une convenance par* faite les sages convictions d'un esprit éclairé, M. Hugueny, secrétaire, propose de consacrer la plus grande partie des ressources dont on dispose, à l'acquisition des meilleures œuvres des artistes du département, afin de créer à Strasbourg un musée alsacien; il engage, en outre, le Comité & user do son influence auprès des autres Sociétés^ pour que celles-ci veuillent bien faire meilleur accueil aux pointures de l'école française qu'elles semblent exclure presque systématiquement de leurs acquisitions. Enfin, pour donner plus d'éclat aux cxpo8itions et atteindre plus sûrement le but qu'on doit se proponer, cet estimable amateur demande s'il no conviendrait pas de mettre, de temps en temps, sous les yeux du public, une réunion de peintures anciennes empruntées aux cabinets des amateurs de Strasbourg. — Par le même motif, M. Marcotte avait précédemment émis le voeu • de voir déaormais le Comité entrer plus profondément dans le vif des réformes, eu réduisant le nombre des lot» de la loterie pour

( 12 ) Sans rien changer à l'organisation actuelle, ou peut, selon nous , employer d'une manière bien plus profitable les moyens d'action et les ressources dont on dispose. Il suffit pour cela de s'affranchir de la tutelle onéreuse des Sociétés allemandes, et tout en conservant des relations suivies et directes avec les peintres étrangers, de chercher à obtenir le concours des artistes français, de ceux qui appartiennent à l'Alsace surtout. Une alliance avec les autres sociétés établies dans les départements de l'Est pourrait encore , ce semble , donner de bons résultats, à la condition toutefois qu'il y aurait de part et d'autre indépendance de direction et comptabilité distincte. On devrait enfin examiner s'il ne conviendrait pas de restreindre à deux années la périodicité des expositions , sauf à donner aux artistes du pays toutes facilités pour faire connaître leurs œuvres, en les exposant dans les salons de la Société. Ce système présenterait l'avantage de ménager les ressources de Tassociation et la mettrait ainsi à même de donner chaque fois plus d'importance à ses acquisitions; et c'est là, en définitive, le meilleur moyen d'attirer les artistes à nos expositions. Le Comité devrait aussi donner une plus grande publicité à ses travaux , et s'assurer le concours de la presse locale pour le compte rendu de ses Salons.

n'appliquer le» ressources de la Société qu'à tles acqui$ition$ d'imc valeur êérieuêe et d*un earaetire vraiment artistique. *

Ces tentatives et ces louables efforts témoignent, bien mieux que tout ce que nous pourrions dire, de la nécessité de promptes réformes; espérons donc que d'aussi sages conseils ne tarderont pas à porter leurs fruits.

Enfin, quelles qae soient les meaureB adoptées, il eut urgent de cb&nger de système et on doit chercher des voies nonvelles, cor il ne faut pas se faire illusion , Strasbourg qui a été, du XIV' et XVII' siiele, le centre d'un grand mouvement artistique, dont l'action s'étendait sur les deux rives du Rhin, n'occupe plus aujourd'hui, sous ce rapport, la place qui lui appartient parmi les grondes villes de France. Pourrons-nous dire seulement que nous avons un musée, tant que les quelques tableaux que nous possédons, seront relégués daue le local impropre et insuffisant ou ils se trouventdepuis tant d'années? Aussi, il tout voir en quels terme^ affligeants , M. le comte Clément de Ks, inspecteur des beaux-arts, parle de notre collection, àan» ee» Miuéet de Ftoocc'. Mais c'est là une question qui noue cntroinerait trop loin , car déjà cet article a pris dea proportions iuattendues et il convient d'y mettre un terme.

Revenons donc à l'exposition ; il en est grandement temps. Les bonnes oeuvres y sont rares, je l'ai d^à dit; ma revue sera dès lors très-courte. Tout d'abord, il faut constater les caractères généraux qui distinguent chacune des deux Écoles : chez les Allemands, absence d'idée et de sentiment, exécution précieuse, recherche puérile du détail, colons faux et dur; chez les peintres français, au contraire, préoccupation constante de l'harmonie de la nature , interprétation libre du sentiment poétique , gronde variété dans les mojcns d'exécution. Aussi, d'une part, ne trouvons-nous qne des reproductions superfi-

1. Bent imircrjtlK d» arb (min 1SS3| : I« Uiuiti de MtU «I île

cielles, mati^rielles et minutieuses: de l'autre, désœuvré.d'un caractère à la fois plus élevé et plus vrai. Cette distinction si tranchée me dispensera d'une étude détaillée des œuvres qui figurent à l'exposition, et je me bornerai à citer parmi les paysagistes allemands , par exemple , ceux qui se recommandent par des qualités plus individuelles , comme M. Van Borselen , dont V Intérieur de forêt est bien composé et solidement peint; M. Stademann, auteur d'un Effet d'hiver, dans lequel je remarque des personnages très-spirituellement traités; M. Mayerbeim, non moins habile à toucher d'une main sûre les figurines dont il peuple ses Vues de HoUande: malheureusement sa peinture a un aspect sec et dur. On pourrait faire le même reproche à M. Fréd. Zimmermann, qui, du moins, voit la nature sous un jour moins faux ; mais il y a chez lui plus de manière et de parti pris que chez son parent ou homonyme, M. Max. Zimmermann. Le paysage de ce dernier, représentant un chemin rocailleux et escarpé , est une excellente étude, d'une grande puissance de coloris , et n'est point sans quelque analogie avec la Bittyirc en HoUande, de M. Vogel; c'est une lande bornée à l'horizon par un rideau d'arbres; au premier plan , une mare et un chasseur avec son chien ; peinture d'un bel effet et d'une très-bonne exécution, h^ Intérieur de foret ^ de M. £bel, est également une œuvre recommandablc ; l'ensemble est harmonieux et agréable sans cesser d'étn? vrai ; on ne peut que lui reprocher l'exagération des détails du deuxième plan. Nous avons remanjué aussi de M. Fom, un excellent Pùturage, avec animaux : cette

toile est d*une-boniie couleur, bien montée de ton; IVau, le lointain et le ciel sont joliment traités. Après cela, je pourrais encore citer le Paysage hollandais de M. Van de Sande ; du reste , mieux vaut n'eu pas parler.

Je serai tout aussi réservé à l'endroit des tableaux historiques ou légendaires; ils dénotent, pour- la plupart, une incroyable pauvreté de style et d'invention. On peut cependant mentionner la grande Seine des état^ de Bohême, par M. Louis Tackc qui, malgré une exécution un peu molle , se recommando par des qualités de composition et do couleur.

La peinture de genre ne vaut guère mieux. C'est, à peu de chose près, l'équivalent des lithographies coloriées qu'on voit chez nos marchands d'estampes, moins l'esprit et le bon goût que nos dessinateurs français savent mettre dans leurs moindres productions. Que dire, en effet, d'artistes qui usent leur intelligence et leur talent à reproduire des scènes grotesques comme cette Ménagerie, où l'on voit un galopin imprudent aux prises avec un singe, ou cet autre tableau représentant une vieille femme qui écrase son chat sous son fauteuil effondré? Malgré leur exécution si précieuse, je ne ferais pas plus de cas de la Petite Tricoteuse , do M. Dirks; des Musiciens, de M. Ender; ou des Jeunes Mendiants, de M. Marr, y compris leur caniche qui fait le beau. Au milieu de ces compositions par trop naïves, on doit distinguer toutefois une tête d'Italienne, d'un beau caractère, par M. Grœile , de Munich , les intérieurs flamands , de M. Linnig, dont le coloris chaud rappelle la peinture de Ténicrs,

( 16 ) et surtout les scènes sentimentales de M. HoUandertz qui , à sou tour, s'inspire des maîtres hollandais. A cela près , bien peu de ces toiles méritent qu*on s'y arrête , et ce qu'il y a de plus affligeant , c'est que tout ce que nous avons pu voir depuis quelques années, ne sort pas de cette honnôte médiocrité; c'est à croire qu^à chaque exposition on nous renvoie les mêmes tableaux.

Avec les artistes français nous serons, Dieu merci , plus à l'aise. Voici d'abord nos paysagistes , M. Corot, en tête.

Comme sa Vue de Viile-d'Avray, si calme , si réelle et si poétique à la fois, contraste avec les peintures sèches et éclatantes que nous venons de voir; là, plus de détails, plus de couleur, dirions -nous volontiers, seulement des formes vagues et vaporeuses noyées dans cette lumière douce et argentine , dont le maître a le secret. Mais où trouverait-on des eaux plus limpides, un ciel plus transparent, et une semblable simplicité d'effet? — Non moins remarquable est le Moulm, de M. Troyon; c'est encore un effet du soir. Ici , tout est sombre , les vêtements des deux pêcheurs forment seuls une note claire sous cette voûte d'épais feuillage , qui abrite le lit caillouteux d'un ruisseau; Teffet est grand et juste, partout on sent la touche ferme et magistrale d'un artiste qui sait rendre ses impressions.

Malgré le mérite de ces peintures, nous leur préférons encore le Paysage, de M. Daubigny, qui est, sans contredit, le morceau le plus remarquable de Texposition. Nous n'avons pas souvenir, en effet, d'avoir jamais rencontré une page mieux réussie de Téminont artiste. Un massif

de grauds arbres, entouraut une mare dans laquelle se désaltère un troupeau, voilà toute la compositiou. Mais quel charme péuétrant s'exhale de cette fraîche solitude qu'éclairent les douces clartés du soir; comme le lointain fuit ; comme Tair et la lumière circulent dans ce ravissant paysage. Nous le répétons : c'est là un délicieux chefd'œuvre, en présence duquel on se surprend à évoquer le grand nom de Ruysdael. — Ces trois œuvres , toutes de sentiment, peuvent ne pas satisfaire les amateurs qui n'ont étudié la nature que dans les tableaux des peintres allemands ou suisses; mais elles auront causé, nous en sommes certain, plus d'une douce émotion à ceux qui savent conserver le souvenir des impressions que laissent parfois les sublimes beautés de la création.

De M. Bousseau, nous n'avons qu'une toile sans importance, et nous le regrettons, car avec lui eût été complète la réunion des maîtres du paysage moderne , à la suite desquels marchent MM. J. Rozier et Lambiuet, qui sont aussi représentés par de bonnes productions. Après eux,, on peut encore citer la Marine , de M. Hoguet; la Vue de Dem-Caatel, par M. Ouvrié, charmant tableau , bien que coloré d'une façon par trop capricieuse ; les paysages de M. Ponthus-Ciuier, toujours bien composés et largement traités; enfin les toiles de MM. Fiers, Loubon, Brissot , Veyrassat , etc.

Puis , viennent les peintres de l'Orient : M. Ziem, avec une de ses meiUeures Vues de Constantmople ; M. Pasini, auteur de la Caravane dans le désert; M. Frère , dont la peinture, malgré l'éclat des couleurs, est loin d'être

aussi lumineuse que celles des deux artistes dont nous venons de parler. Mais dans cet ordre d'idées, Toeuvre capitale, c'est celle de M. Fromentin, représentant des nègres qui conduisent des Chevaux arabes à la mer. Les allures fougueuses de ces nobles betes sont rendues avec une grande vérité, et on retrouve d'ailleurs dans cette petite toile la couleur brillante et harmonieuse , le mouvement, en un mot, toutes les qualités originales et fortes, qui ont valu au Fauconnier arabe du jeune maître un si franc succès, au Salon de cette année.

Parmi les tableaux de genre, j'ai retrouvé un Intérieur italien, de M. Montessuy^ que je connaissais de longue date; j'ai remarqué également un délicieux Trayer; un Armurier de M. de Beaumont; des scènes de mœurs de M. Ronjat, artiste de première force dans la reproduction des objets matériels; un petit tableau de M, Lasalle, qui se recommande aux préférences de certains amateurs par une exécution précieuse, mais un peu molle. J'en passe et des meilleurs, afin de pouvoir encore signaler une charmante composition de M. Schulcr, représentant une Réunion de paysannes alsaciennes. Il y a beaucoup de naturel dans la pose de tous ces personnages , et le tableau largement peint est d'un coloris fort agréable. Je citerai, enfin, en terminant, un très-beau dessin de M. Tourny, d'après Bernardino Luini, et de notre habile statuaire, M. Graas, un groupe en plâtre, œuvre sérieuse qui ne pourrait que gagner à être reproduite dans de plus grandes proportions.

Strasbourg, 20 juillet 18(53. A. T.

( ly )

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE

Origmea de l'artillerie française. Planches autographiées diaprés les monuments du XIV* et du XV" siècle avec introduction , table et texte descriptif, par Lorédan Larchcy, de la bibliothèque Mazarine. Paris, Dentu, 1863, in-4°. '

Les perfectionnements successifs de Tartillerie moderne semblent avoir produit le besoin de se rendre un compte bien net de son passé. On connaît les grands et beaux travaux commencés par l'empereur au château de Ham , et continués aujourd'hui par Tun de ses aides-dccamp. A un point de vue plus spécial encore , car il se borne à la période comprise entre les années 1324 et 1484, M. Lorédan Larchey poursuit depuis plusieurs années des recherches actives sur les origines de VartUhrie française, La rareté des souscriptions particulières et le défaut d'encouragements officiels n'ont pas retardé l'apparition de bqb plandies qui nécessitent, comme dans toutes les publications de ce genre, une assez grande mise de fonds. Pour s'y soustraire, l'auteur a pris le parti original de faire tout ou à peu près. Les 2G4 vignettes de son recueil ont été non-seulement autographiées, mais collées, remargées et numérotées par luimême, n a de plus colorié, toujours jpropniî manu^ une vingtaine d'exemplaires en sus des 125 exemplaires ordinaires qui sont mis dans le commerce.

1. 125 nxt'iuplaircs i«ont ml^ dan» 1p rommorco à 25 fr. ; 2') exemplaires colorié» à 50 fr.

Uue date trop moderne (1516) a fait vivement regretter à M. Larchey dte ne pouvoir reproduire le superbe canon envoyé jadis par les magistrats de Strasbourg à ceux de Bâle et conservé dans Tarsenal de cette ville où il représente, sans contredit, Tun des plus beaux produits artistiques des fondeurs du XVI* siècle. En revanche il a figuré avec détails deux pièces bourguignonnes fort curieuses conservées au même lieu , et il a reproduit , d'après un manuscrit remarquable donné aux anciens magistrats de Strasbourg, deux modèles de fusées de guerre auxquelles il reconnaît une identité complète avec des fusées signalées dans des textes bien antérieurs (1416j.

Une continuation manuscrite du célèbre ouvrage de Wulturius, conservée à la bibliothèque de Colmar, a enfin fourni à M. Larchey sept modèles des plus curieux : leur texte, écrit en vieil allemand, en garantit l'origine.

Les planches de ce recueil, au nombre de 105, comprennent 264 sujets , 88 ont été dessinés dans les musées et les collections de France, de Bâle et de Bruxelles. 110 d'après des manuscrits conservés à Bruxelles et en France, 36 d*après des gravures anciennes, 29 d'après des gravures modernes.

Les précieux monuments que M. Larchey a recueillis dans ses nombreux voyages, visitant les musées, les bibliothèques , les hôtels de ville , frappant aux portes des collections particulières , lui font un devoir et un plaisir de remercier, dans son introduction, les conservateurs des principaux dépôts qui, par leur bienveillance, lui ont facilité ses recherches et prêté leur appui. Les nomp de

MM. Juug, bibliothécaire, et Alfred Schweighseuser, archiviste de la ville de Strasbourg, et Hugot, bibliothécaire de Colmar, devaient figurer au nombre des confraternités réelles sur lesquelles M. Larchey a pu compter. Bien que Tamabilité et la courtoisie do nos savants conservateurs des dépôts publics aient été souvent Tobjet d'hommages publics, c'est une satisfaction bien douce pour nous que de les mentionner. Nous le faisons avec d'autant plus de plaisir que M. Larchey n'a pas rencontré partout la même bienveillance. «Nous pourrions, dit- « il dans son introduction , citer à un point do vue tout «opposé, certain secrétaire de mairie alsacienne qui « nous a caché les richesses archéologiques de sa cité , «avec l'effi-oi bien naturel , d'ailleurs, du provincial qui « voit un émissaire de la centralisation dans tout amateur « de Parin. »

Dans un moment où tout ce qui a trait à l'artillerie excite à un haut point l'intérêt de tous les hommes spéciaux de l'Europe , nous ne doutons pas que les planches de M. Larchey, qui touchent à un côté aussi curieux du développement de la nationalité française, n'obtiennent un légitime succès. Archéologues et hommes de guerre vont se disputer les 125 exemplaires mis dans le commerce. **

Essai typographique et bibliographique sur l'histoire de la gravure sur bois^ par Ambroise Firmin-Didot, faisant

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