LES ORIGINES DE LA TYPOGRAPHIE ET L'HISTOIRE DE LA LIBRAIRIE
En 1863 nous avons signalé aux bibliophiles la belle publication faite en Allemagne des gravures de Wechtlin dit Pilgrim, le peintre et
1. Die Anjûnge der Druckerkunst in Bild und Schrift, an deren frûhesten Erzeugnissen in der WeigeVschen Sammlung erlàutert von T. G. Weigel und Dr. Ad. Zestermann, mit 145 Facsimiles und vielen in den Text gedruckten Holzschnitten. Leipzig, 1866, Weigel. 2 vol. in-folio, rel. en toile, 300 p. Strasbourg, à la librairie C. F. Schmidt. 300 fr.
Bilderhefte zur Geschichte des Bûclierhandels und der mit demselben verwandten KUnste und Gewerbe, herausgegeben von Heinrich Lempertz, Buch- und îKunsthàndler. 65 Tafeln mit 280 bildlichen Darstellungen in Kupferstich, Lithographie , Farbendruck und Holzschnitt mit Text. Côln, 1853-1865. Verlag von Heberlé. In-folio. A Strasbourg y à ia librairie de C. F. Schmidt. 120 fr.
graveur strasbourgeoîs. Aujourd'hui nous venons encore appeler leur attention sur deux autres ouvrages d'un intérêt beaucoup moins local, mais se rapportant cependant en partie à notre province et qui ont également paru de Tautre côté du Rhin.
L'un est publié par M. T. O. Weigel , de Leipzig, l'autre par M. Lempertz, de Cologne, deux savants libraires dont la réputation est européenne. M. Weigel , de même que M. Ambroise-Firmin Didot, est un collectionneur intrépide qui a réuni, à force de sacrifices et de patience , les plus importants spécimens de la typographie au XV® siècle. C'est de cette collection remarquable qu'il a tiré les belles planches qui ornent les deux volumes in-folio qu'il vient d'éditer.
Le 1®"^ volume traite des origines de l'imprimerie et de la gravure sur métaux et sur bois , le second volume est consacré aux ouvrages xylographiques, aux jeux de cartes, à la gravure sur acier, aux œuvres typographiques et aux marques du papier. Bien que le prix de l'ouvrage de M. Weigel ne soit pas trop élevé lorsque l'on considère les frais immenses que nécessitent de semblables publications , nos modestes ressources n'ont pu néanmoins nous permettre d'en enrichir notre bibliothèque. Nous avons dû nous borner à le pax-
courir rapidement^ bienheureux encore deTavoir eu en communication pendant quelques heures.
En le feuilletant nous avons remarqué des indications bibliographiques sur la deuxième édition de Y Antéchrist j sans date, imprimée à Strasbourg par Math. Hupfuff dans la première dizaine du XVI® siècle. C'est un petit in-4^ de 22 feuillets, tivec 65 belles figures en bois, dont voici le titre :
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On trouve encore dans le recueil de M. Weigel des reproductions parfaitement exécutées de gravures de Martin Schœngauer, le Couronnement de la Vierge y la Naissance du Christ y V Annonciation; un fac-similé d'un prospectus * de Jean ^ ■
1. Un autre prospectus de Mentelin a. été trouvé collé, d'après les Curiosités bibliographiques de L. Lalanne , à la couverture d'un livre de la bibliothèque royale de Munich ; on y lit : « Que celui qui veut acheter le présent livre et d'autres vienne au magasin désigné ci-dessous. Il y trouvera un libraire qui s'empressera de le lui vendre , ainsi que les ouvrages suivants : » item Speéulum historiale Vincencii , item Summam astexaniensem , item Archidyaconum super decretis , item Ysidorum ethimologiarum.
( 52) Mentelin relatif à une édition de la Somme du frère Astexanus; Summa de caaibvs consdentiœ, sortie de ses presses en 1469 * et des renseignements précieux sur l'édition allemande Mirahilia urhis Homœ, imprimée à Strasbourg en 1500, pet. in-4°, probablement par Hupfuff.
L'ouvrage de M. Lempertz, moins riche comme exécution typographique, mais aussi intéressant, contient toute une série de planches et de renseignements curieux sur l'histoire de la typographie en Alsace. L'une des planches représente les sceaux de Guttemberg, d'André Heilmann, de Conrad de Sassbach, de H. Egstein,les armoiries de Gânsfleisch, ces dernières d'après un dessin d'un peintre strasbourgeois, Séb. Buhelers, et la reproduction de la pierre commémorative de
l. Très-gros volume in-folio, à deux colonnes de 60 lignes chacune. Schœpflin, dans ses Vind. typogr. pi. IV, a donné un fac-similé d'une souscription manuscrite, que portait l'exemplaire de la bibliothèque de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, de Strasbourg. «Explicit summa patris Astexani , « arte impressaria formata per venerabilem virum Joh. Men- « tel, anno Domini MGGGGLXIX. 1469. Deo gratias.» L'exactitude de la date de l'année , dit M. Aug. Bernard dans son ouvrage De l'origine et des débuts de l'imprimerie en Europe, répétée ici en chiffres romains et arabes, est confirmée par la souscription qui se trouve à la fin du ler volume d'un exemplaire divisé en deux tomes que possède la bibliothèque nationale.
Mentelin qui se trouve à l'entrée de la Bibliothèque de Strasbourg*. Ces divers dessins, ainsi que les notices qui les accompagnent, sont de M.L.Schnéegans, ancien archiviste de la ville. Une autre planche de cet intéressant recueil reproduit en fac-similé un catalogue autographe de Diebold Lauber* qui, en 1447, était à Haguenau Tun des plus importants marchands de manuscrits.
l. Voici la traduction de l'épitaphe d'après des vers allemands, cités par Schilter, dans Kœnigshoven, page 451 :
«Je repose ici, Jean Mentelin, qui, par la grâce de Dieu, « ai le premier inventa, dans Strasbourg, les caractères d'im- «primerie au moyen desquels un homme écrira plus dans tt un jour qu'autrefois dans un an... »
On sait qu'il a été fait plusieurs tentatives pour attribuer à Mentelin l'invention de l'imprimerie, elles ont eu le même résultat que celles faites au profit de Gostar. Cependant une nouvelle tentative doit encore être faite par notre concitoyen M. Heitz, connu par sa belle et curieuse bibliothèque alsatique. Il a réuni dans ce but les preuves les plus irrécusables, pour enlever', dit- il, l'auréole qui depuis quatre siècles illustre Guttemberg. Un mémoire volumineux de documents authentiques est sous presse, il va paraître prochainement. Il est superflu d'ajouter que ce mémoire fera sensation dans le monde littéraire , surtout si l'auteur parvient à convaincre ses lecteurs. Si ses efl*orts ne sont pas couronnés de succès, M. Heitz aura toujours pour fiche de consolation le fameux dicton : «Il n'y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre I »
2. Nous avons déjà parlé de ce catalogue dans le 1®' volume du Bibliographe, page 15. L'original a figuré à la vente Paelinck et a été acquis par l'Angleterre.
Une troisième planche donne plusieurs marques et initiales de l'imprimeur Thomas Anshelm, de Bade, etun/ac-«iwtZe parfaitement exécuté d'une lettre de trois pages in-4°, qu'il écrivit en 1518 à un libraire célèbre de Nuremberg, Jean Koburger , qui faisait aussi imprimer à Bâle et à Lyon.
Thomas Anshelm avait pour amis Reuchlin, Mélanchthon, Pirckheimer. En 1500 il imprimait à Pforzheim, en 151 1 à Ttibingen et de 1516 à 1522, époque de sa mort, il fut établi à Haguenau. C'est dans cette ville qu'il imprima pour Koburger, à Nuremberg, et Lucas Alantsee, à Vienne (BarthoL Colon, Dialogus myihol, 1516 mense Nov. irnpr.), (1617 Vigerii decachordon Christ,)^ plusieurs autres beaux ouvrages avec gravures sur bois et grandes initiales et des missels pour les bénédictins du couvent de Bursfeld et le diocèse de Marbourg, qui lui ont fait le plus grand honneur. La marque qu'il employait à Haguenau et qui figure sous la lettre D, est en partie une copie de la gravure d'Albert Dtirer: Zes trois ^^mes(Bartsch, n^66). Enfin une quatrième planche contient une marque de Griininger de 1514 tirée d'un sermon de Geiler de Kaysersberg, des encadrements de l'édition du Ptolemœus de 1525 dont Tun contient le monogramme de l'imprimeur, et le fac-similé sur papier de l'époque d'une lettre que Griininger écrivit
en. 1525 à Pirckheimer. Cette lettre, dont Toriginal fait partie de la collection de M. Lempertz, est un chef-d'œuvre de reproduction. Personne n'ignore que le véritable nom de Grtininger était Beinhard ; le nom qu'il a illustré dans la typographie est celui de son lieu de naissance, Grtiningen ou Qreningen en Souabe. L'un des ouvrages qu'il a imprimés en 1489 , Nie. Saliceti meditationum liber y porte à la dernière page : imprimendum tradidit viro magistro Johanni Reynardi (alias Grunynger) in insigni civitate Argentin. Les principaux ouvrages de cet imprimeur célèbre qui a produit de 1483 à 1528 plus de 40 ouvrages remarquables par leurs gravures sur bois^ sont le Térence de 1496, V Horace de 1498 et le JPtolémée. Ce dernier contient des cartes, des gravures, des fleurons, des encadrements de toute beauté et un bois d'après un dessin d'Albert Dtirer.
Il nous eût été facile, si nous avions pu garder quelques heures de plus les ouvrages de MM. Weigel et Lempertz, de poursuivre la nomenclature des richesses bibliographiques qui y sont reproduites et décrites. Nous avons dû nous borner à indiquer sommairement les parties ayant trait à ' notre province. Mais que de trésors n'avons-nous pas négligé de signaler; que de reproductions fidèles d'anciennes gravures, de cartes à jouer.
de spécimens de belles reliures des XIV**, XV® et XVP siècles, à'eœ lihris des principaux savants des siècles passés, que nous n'avons fait qu'entrevoir, tels que le Christ en croix, impression sur métal du XII® siècle; la V^ édition de YArs moriendiy toutes pièces des plus intéressantes au point de vue de Fart et de Thistoire de la typographie, et qui font partie des collections de ces deux célèbres éditeurs. Les recueils de MM. Weigel et Lempertz leur font le plus grand honneur ; ils sont du petit nombre de ces ouvrages qui causent aux bibliophiles de grandes jouissances. Leur place est réservée dans toute belle bibliothèque, et, à ce titre, nous nous faisons un devoir de les recommander à nos lecteurs et plus particulièrement à MM. les bibliothécaires des villes de Strasbourg et de Colmar. C. M.