LETTRES INÉDITES DE L'INTENDANT DU HARLAY
Le BS^Uoffrapke alsadeH a déjà fait connidtre à ses lecteurs (4* année, p. 31} l'acquisition faite par la Bibliothèque impériale d'un recueil manuscrit que les archives du Bas-Rhin et la bibliothèque de la ville de Strasbourg avaient vainement disputé à cet étahliBsement. C'est une
collection de dix registres contenant la correspondance officielle de M. da Harlay , conseiller d'État et intendant d'Alsace. Nous en détachons les deux lettres suivantes adressées au comte de Morville , ministre des affaires étrangères. {Fr, nouv. acq,, n» 2600, fol. 152-154.)
AxTG. Kbœbeb.
A M, le comte de MorviUe.
A Wissembourg, le 30 juin 1725.
MONSBIONEUB,
U se trouve une place vacante dans le magistrat de Colmar par la mort du nommé Tanner, l'un des bourguemaîtres catholiques , arrivée il y a environ deux mois , et cette place m'ayant été demandée par la princesse de Pologne, notre future Reyne, pour le S' Millier, secrétaire interprète près le Conseil supérieur de Colmar, j'estois convenu avec M. le Maréchal Dubourg que j'écriroîs aux magistrats pour leur insinuer de nommer le sujet auquel cette princesse s'intéresse et dont elle m'a fait l'honneur de me parler plusieurs fois. Mais étant informé d'une démarche que les magistrats ont faite auprès de vous indirectement pour rendre inutile une recommandation si respectable, je me suis suspendu et j'ay cru avant toutes choses devoir vous rendre compte du fait.
Les magistrats qui ont sçu sans doute la protection dont la princesse de Pologne honore le S' Millier, se sent adressés à M. le Comte de Châtillon , en qualité de grandbailly de la préfecture d'Haguenau , et luy ont fait en* tendre qu'on vouloit les troubler dans la liberté de leur
élection , à roccasion de ]a place vacante ; je ne présume pas qu'ils luy ayent expliqué de quoy il étoit question , mais je ne puis douter que le motif secret qui les a fait agir, n*ait été d'écarter le S' Millier de la magistrature , puisqu'ils ont fait cette démarche à mon Insçu et sans en donner connoissance à M. le Maréchal Dubourg. Vous verrez , Monsieur, par les deux lettres écrites aux magistrats par M. le Comte de Châtîllon et par celle que vous luy ayez écrite à ce sujet, qu'il leur a envoyée et dont je joins icy des copies , quelles sont les mesures qu'ils ont prises pour se précautionner contre toute recommandation, bien' que jusqu'à présent je ne leur aye ny écrit ny parlé de celle de la princesse.
Cette conduite de la part des magistrats paroist peu convenable dans tous les sens, et je croy. Monsieur, que vous en apercevrez facilement toute l'irrégularité , sans qu'il soit nécessaire de vous la faire remarquer, non plus que l'esprit d'indépendance qui règne encore dans ce magistrat et qui se rapporte toujours à l'ancienne domination.
Je pense. Monsieur, qu'il seroit à propos que vous eussiez la bonté de leur écrire pour leur ordonner de mettre en place le S*^ Mûller, sans tirer à conséquence et même sans qu'il soit nécessaire de procéder à une élection. Cela n'est pas sans exemple, et M. de la Houssaye en a usé de la sorte à l'égard même de la ville de Colmar, en deux occasions différentes, pendant qu'il étoit intendant de cette province.
Le S' Millier est un très-bon stget, et il mériteroît
cette place indépendamment de la protection de la Princesse. Je luy remettray à elle-même la lettre que vous écrirez aux magistrats , si vous me faites l'honneur de me Tadresser, et j'ose vous asseurer qu'elle vous en sçaura très-bon gré. Je suis , etc.
A M, de Morville,
A Strasbourg, le 4 Juillet 1725.
MONSEIGNEUB ,
J'ay reçu , avec la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 25 du mois passé , les copies de deux routes , l'une pour les équipages qui partiront' de Paris pour se rendre à Strasbourg, et qui mèneront M"® de Clermont avec une partie de la maison de la Reyne , et l'autre pour le retour des mêmes équipages qui amèneront la Beyne à Fontainebleau.
J'ay pourvu d'avance , Monsieur , à la réparation des chemins dans toute la partie de la route qui est en Alsace. Us sont, dès à présent, en très-bon état.
Quant aux logements , comme il n'y en a qu'un seul de marqué sur les deux routes, qui est celuy qui doit estre pris à Saveme , il ne sera pas nécessaire que je m'en mesle , M. le Cardinal de Rohan étant sur les lieux ; il se propose de loger dans son château M^^® de Clermont et toutes les dames qui arrivent, et d'avoir l'honneur d'y recevoir la Reyne à son passage , de même que toute sa suite. Il seroit à souhaiter qu'on pût trouver de pareils logements sur toute la route. Je suis, etc.