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Laure . “ 27 juillet 1885 . Joseph Perreault
LES ETAPES D’UNE PAROISSE
Cette généalogie est forcément incomplète, notre but principal étant d’y faire figurer seulement celles de ces familles qui ont vécu ou vivent encore dans la paroisse du Bic.
Cliché I*. I. Rioux, Phot.
L,e Bic, Qué.
SOUS LA TENURE SEIGNEURIALE
§ 24. — Jean-Pierre Arseneau. — Une victime du “grand dérangement”. — Son histoire. — Ses descendants.
Après avoir parlé de José Labrie, racontons maintenant Thistoire de Jean-Pierre Arseneau, son gendre et son compagnon de défrichement, dans la seigneurie du Bic. Les évènements tragiques qui se sont déroulés autour du berceau de cet autre pionnier de notre paroisse, et le rôle important qu’il y a joué lui méritent plus qu’une simple mention dans cette monographie.
Jean-Pierre Arseneau était Acadien. Sa mère vivait au pays d’Evangéline, lorsque le tristement célèbre Lawrence consomma cette iniquité sans nom qui a fourni à Emile Lauvrière le sujet de La Tragédie d’un Peuple: le “grand dérangement”.
Victime elle-même de cet acte de barbarie, qui classe à jamais ses auteurs dans le jugement de l’histoire impartiale, elle prit la fuite à travers la forêt, portant dans ses bras, un enfant de quelques mois à peine. Combien de jours erra-t-elle dans ce pays dévasté et désolé ? Les traditions de la famille ne le disent pas. Mais, après quelque temps, on la retrouve à Tracadièche, aujourd’hui Carleton, sur la Baie-des-Chaleurs.
Cet enfant, on l’a deviné, c’était notre Jean-Pierre. Il grandit en entendant raconter par sa mère la tragique histoire de la dispersion et mangea le pain amer de l’exil. Parvenu à l’âge de gagner sa vie,
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imitant en cela tant d’autres jeunes gens de cette époque, attirés d’une façon toute particulière vers cet état, il se fît pilote.
Un jour de 1786, revenant de Québec, en charge d’un navire, les vents contraires le forcèrent à venir chercher un refuge au Cap-à-1’ Orignal et à demander l’hospitalité de José Labrie, qui y vivait, avec sa famille. Or celui-ci avait une fille, Marie-Rosalie,
que notre Jean-Pierre trouva “avenante” . Comme
le beau jeune pilote n’était pas “indifférent” luimême, ils s’aimèrent... Quelques semaines plus tard, le 4 novembre 1786, ils s’épousaient à St-Roch de Québec . C’est ainsi que se faisaient les fréquentations, il y a un siècle .
Après son mariage, Jean-Pierre Arseneau retourna-t-il vivre auprès de sa mère, à Tracadièche ? Il semble que oui, puisque, le 10 mai 1790, il y faisait baptiser son fils ainé, Jean-Pierre, qui devait épouser Marguerite Côté, à Rimouski, le 5 juin 1810. Mais, le 5 décembre 1794, c’est le curé de Rimouski qui lui baptise son autre fils, Clément, décédé dans le bas âge.
D’où il résulte que c’est entre les années 1790 et 1794 que cet autre pionnier vint s’établir dans la seigneurie du Bic. Il s’y était installé d’abord en “squatter”. Vers le centre de la Pointe du Vieux- Bic, ainsi que nous l’avons dit plus haut, il s’était construit une maison de colon, autour de laquelle il avait fait un défrichement assez considérable.
Plus tard, régularisant sa situation avec le seigneur Pritchard, il se fit concéder toute cette Pointe du Vieux-Bic, qui avait eu les prémices de sa
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vocation de colon. En 1810, il y construisit une partie de cette maison ancienne et vénérable, appelée aujourd’hui “la centenaire”, habitée par Monsieur Octave Lavoie, le nouveau propriétaire de la Pointe. Cette demeure, maintenant historique, n’avait pas les vastes dimensions d’aujourd’hui. A l’origine, elle n’était qu’un humble petit bâtiment de trente pieds carrés.
Jean-Pierre Arseneau avait renoncé à sa profession de pilote, depuis quelques années déjà, et se livrait exclusivement à la culture de sa terre, qu’il défricha en grande partie. Il mourut en 1810, âgé de cinquante-quatre ans et fut inhumé dans le cimetière de Rimouski.
Il a laissé une très nombreuse descendance. Nous verrons, en effet, dans la suite de ce travail, que le nom Arseneau se retrouve très souvent dans les actes de concession des terres de la seigneurie du Bic, dans la première moitié du siècle dernier.
Dans l’article précédent, nous avons rendu à la mémoire de José Labrie l’hommage dû aux fondateurs. Avant de terminer celui-ci, donnons à Jean- Pierre Arseneau la part de louange qu’il mérite, à titre de collaborateur du premier. A ces deux héros obscurs reviennent, sans contredit, l’honneur et la gloire d’avoir écrit les premières pages de “l’épopée colonisatrice”, dans la seigneurie du Bic. Et ce n’est pas un mince mérite ! A la façon de tous les humbles, ils étaient inconscients, peut-être, du rôle qu’ils jouaient, ne se doutant nullement du développement futur de leur oeuvre et des causes pleines de conséquences qu’ils posaient. Mais quand ils souffraient
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de l’isolement, de la pauvreté et de toutes les tortures physiques et morales dont la vie du pionnier est
remplie, étaient-ils encore inconscients ? . Incli-
nous-nous donc devant ces fondateurs.
Le livre de l’Ecclésiastique fait une invitation à la louange, en faveur de nos pères dans la foi : Laudemus viros gloriosos, et parentes nostros in generatione sua: Louons ces hommes pleins de gloire, qui sont nos pères, et dont nous sommes la race. Ce texte se présente spontanément à notre esprit et vient se placer naturellement sous notre plume, au moment de terminer cette courte notice sur les deux hardis pionniers qui ont entamé l’immense forêt qui couvrait la seigneurie du Bic, et jeté dans la terre les premières poignées de grain. Oui, louons ces hommes pleins de gloire et rendons-leur l’hommage dû aux fondateurs !
Mais nous avons oublié que nous étions à faire l’histoire de Jean-Pierre Arseneau. Terminons cet article qui devait lui être consacré tout entier, par quelques notes généalogiques sur sa famille, que nous a gracieusement fournies Monseigneur Charles- Alphonse Carbonneau, Protonotaire-Apostolique.
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