L. Guiraud, Les Fondations^ etc., t. III, p. i
2. Cartulaire de l'Université de Montpellier, 1. 1, pp. 29661 suivantes.
peuventvenirinterroger, discuter ; amis et envieux ont droit de suffrage. Aujourd'hui le candidat a devant lui sept des plus fameux docteurs en décrets. Il se recueille, pose ses points, les développe et joute brillamment dans une discussion serrée. Puis il se retire avec son parrain, Paul de Deaux, pour les laisser délibérer. Mais, parce que, sur son mérite, l'unanimité absolue des votes s'est faite, il l'apprend presque aussitôt de la bouche du délégué épiscopal, dans les termes les plus flatteurs. Ses compatriotes, ses condisciples, ses amis sont là, l'entourent, le félicitent. L'épreuve sérieuse est terminée ; l'examen public ne sera que « l'acte triomphal » et « le solennel début » réglés par le protocole.
Par tout le Studium, depuis neuf heures du matin, un millier d'étudiants sont répandus dans les auditoires. Tout à coup, du haut de la tour Sainte-Eulalie, la cloche, à pleines volées, détermine leur prompt exode. On se groupe, on s'ébranle. Sur les pas des deux moines, le licencié et son parrain, chaque docteur s'avance entre deux bacheliers ou écoliers. Revêtus de manteaux blancs, bruns ou écarlate, étroitement fermés, les professeurs viennent ensuite. Tout ce cortège, silencieux et grave, glisse à travers l'encombrement animé des étaux de marché, et pénètre dans le sanctuaire qui leur doit son nom de Notre-Dame des Tables. A une argumentation rapide le vote succède Dès qu'il est proclamé, frère Guillaume prête serment à l'évêque en la personne de son délégué, reçoit de lui licence d'enseigner. Puis son parrain lui confère, sur sa demande, les insignes du doctorat : il le fait asseoir dans la chaire, lui tend le livre, lui impose le bonnet; il lui donne le baiser et la bénédiction. Aussitôt le nou-
veau docteur lit un décret, afin de montrer qu'il a droit d'enseigner partout : uhiqiie terrarum. Enfin il se dirige vers l'autel, se prosterne pour la prière et termine par une oblation.
Professeur goûté au-dessus de tous les autres, Guillaume de Grimoard devint aussi le conseiller attitré des consuls de Montpellier. On possède encore les consultations juridiques qu'il signa avec quelques-uns de ses collègues, et l'une d'elles * n'a certainement pas été sans influence sur la vente de Montpellier au roi de France par Jacques III de Majorque.
Au temps de ces études et de ce professorat, il appartenait, on le sait, à l'ordre de Cluny. En religieux fidèle, il ne manquait pas d'en joindre la qualification à ses titres scientifiques. Il ne semble donc pas douteux que, dans la mesure où il pouvait déserter la colline Sainte-Eulalie, il n'ait souvent partagé la vie des religieux de Saint-Pierre de Clunezet, établis au xii^ siècle par Guillem VI sur les bords du Lez^.
De tout cela le Pape se souvenait, lorsque, écoutant les délégués des Montpelliérains, il répondait par ses faveurs aux doléances des Universités de Médecine et de Droit, des consuls et des marchands. Car la ville n'était plus ce qu'il l'avait connue jadis. Trois mois d'une mortalité qui frappa souvent cinq cents personnes par jour, l'avaient irrémédiablement décimée en i36i. La fureur des routiers ou la nécessité de se défendre d'eux avaient amené la dévastation des faubourgs. Le collège des Cent-Moi-
I . D'Aigrefeuille, Histoire de Montpellier, 1. 1, p. i3t. a. L. Guiraud, Un monastère clunisien à Montpellier.
lies, S tudium générale de l'Ordre des Carmes, était rasé. Maîtres et écoliers désertaient les auditoires en ruines : l'Université de Droit ne comptait plus que deux cents écoliers, celle de Médecine une trentaine seulement^. Les commerçants les plus riches étaient réduits à la pauvreté.
A chacun de ces maux Urbain V porta remède. Mais, surtout, il se préoccupa des écoles. Il commit la réforme de l'Université de Droit à un de ses anciens membres, le lozérien Raymond de Canillac. Afin de réparer l'injustice de certains professeurs locaux envers un étudiant provençal, il envoya un étranger, Gilles de Saint-Munion, prévôt de Lérida, lui confia une chaire de droit civil, le défendit contre la jalousie de ses confrères. De même, il accréditait à l'Université de Médecine le cardinal de Saint-Marc, comme médiateur dans le conflit entre les professeurs Jean Jaume et Jean de Tournemire. A la Faculté des Arts, qui se mourait, il fournit des maîtres émin.ents. Il se laissait solliciter pour l'érection officielle de laFaculté de Théologie. Il favorisa le recrutement des écoliers, en approuvant la '\ fondation du collège Saint-Ruf par son frère, en assurant Texécution de celui de Pézenas, en provoquant la reconstruction de celui des Carmes. Surtout il réalisa un ensemble de fondations personnelles-, si considérable par ses résultats que ce Pape restera toujours le plus grand bienfaiteur de l'Université de Montpellier.
1. Cartulaire de L'Université de Montpellier^ t. I, pp. 4^0 et
2. Voir, pour tout ce qui se rapporte à ces fondations^ les trois volumes que M'^^ L. Guiraud y a consacrés à l'époque du sixième centenaire de l'Université de Montpellier : Les Fondations du pape Urbain F à Montpellier,