‹ Le bienheureux Urbain V (1310-1370)Chapitre 22 sur 103 · SA VENUE A MONTPELLIER · texte numérisé non relu

SA VENUE A MONTPELLIER

enrichi par lui d'indulgences, où trônait, au sein d'une vénération sans pareille, cette vierge noire dite la Mages tat Antîqua, aux miracles si notoires, qui guérissait les malades, calmait les tempêtes, répandait la fertilité ^.

L'Hôtel de Ville, récrépi à neuf, fut, avec des tentures, livré aux ouvriers du Pape, qui le décorèrent à ses frais. Les abords furent dégagés par l'enlèvement momentané des étaux les plus encombrants. On supprima tout impôt sur les montures des étrangers. Un dais tout neuf et très beau fut commandé. Enfin on régla l'ordre du cortège. Mais il fallut déroger aux préséances, afin de placer en bon rang les chers ouvriers de la construction, très fiers de leur rôle, et leur prescrire, la veille encore, de ne point rompre les rangs pour se précipiter plus tôt à la rencontre du Pape.

Le samedi 9 janvier 1867 arriva enfin. Dès l'aube, figurants au cortège ou curieux du spectticle se hâtent de partout. A. ceux qui doivent aller au-devant du Pontife jusqu'au village de Castelnau, c'est-k-dire à l'élément laïque, rendez-vous a été assigné au faubourg de Villefranche peu bâti et voisin de la route d'arrivée. Le cortège se forme, très long, car il comprend les corporations et les magistrats, soit politiques, soit judiciaires, et occupe la majeure partie du trajet. Bientôt de rang en rang un cri joyeux vibre : Le seigneur Pape !...

Au pont de Castelnau, Urbain V et lesMontpelliérains prennent contact. Le voyageur auguste a reconnu le recteur de la Part-Antique, Philippe de Lantilla, un vieil ami. Le cœur a aussitôt parlé plus

I . L. Guiraiid, Histoire du culte et des miracles de Notre- Dame des Tables.

haut que tout cérémonial. Il le relève et le serre dans ses bras. Le magistrat fait sa harangue, il dit les sentiments du peuple, les siens propres, et la marche reprend.

Parvenu au monastère des Augustins, limite des faubourgs, Urbain V met pied à terre, revêt les ornements pontificaux. L'entrée solennelle va commencer. Par la rue droite du faubourg Saint-Gilles, le cortège se dirige vers la porte de ville de ce nom, où l'attend tout le clergé : Pierre de la Jugie, archevêque de Narbonne, et métropolitain du siège de Maguelone, vacant depuis trente mois; les prélats de la province ; les nombreux prieurs et chapelains des églises urbaines et faubouriennes, les délégués des Ordres religieux ; les moines et les scolastiques de Saint- Benoît, chargés des présents du Pape pour son monastère, récemment arrivés. A la porte même se tient le duc d'Anjou, frère et lieutenant du roi Charles V. En apercevant le Pontife, il met pied à terre, prend par la bride le cheval du Pape pour l'escorter ainsi jusqu'à l'Hôtel de Ville. Jamais à Montpellier on ne vit une pareille procession.

Deux larges étendards aux armes d'Urbain V et de la ville ouvrent la marche avec les ménétriers du Pape et ceux du Consulat. La sonnerie de toutes les cloches, faisant au bourdon grave de Notre-Dame de multiples échos, s'unit à leurs fanfares et aux décharges de l'artillerie municipale. Les acclamations populaires y répondent.

Un second étendard de la ville annonce les corporations ou métiers. Réparties en sept classes, dites échelles, des jours de la semaine qui les appellent à la garde des portes, avec, pour chacun de ces jours, un pennon de couleur différente, ces corpo-

Page 1