‹ Le bienheureux Urbain V (1310-1370)Chapitre 27 sur 103 · PALAIS, ARCHITECTES, ARTISTES, DÉCORATION · texte numérisé non relu

PALAIS, ARCHITECTES, ARTISTES, DÉCORATION

M. C. Enlart, conservateur du Musée du Trocadéro, qui connaît à fond l'architecture religieuse, civile et militaire, considère « le Palais des Papes à Avignon comme un des plus beaux édifices du monde ». Où trouver, en effet, un monument qui, par sa situation, ses souvenirs historiques, ses proportions grandioses, puisse être comparé à celui-là?

L'Italie, la France, l'Allemagne ont des châteaux merveilleux, mais pas un aussi original, aussi artistique, aussi fortifié. Qu'on l'envisage du chemin de fer, des routes blanches de la campagne, ou des hauteurs pittoresques de Villetieuve, son apparition est subitement impressionnante. Plus on approche, plus le colossal bâtiment vous saisit, et c'est avec une émotion intense qu'on l'admire en face de son portail et surtout au pied de la Tour des Anges, de la Garde-Robe, de Saint-Laurent, de la Grande- Chapelle, de l'énorme arc-boutant, au milieu de cette rue Peyrolerie trajetée dans le roc le plus dur.

Qu'elles sont limpides, ces formes étranges du Palais! Qu'elles ont du relief, ces patines blondes caressées par le soleil et le vent ! Toute cette bor-

dure architecturale, toutes ces pierres nues, à couleur d'or, enveloppent le monument d'un je ne sais quoi de mélancolique et de fort, d'humain et d'éternel. Ici brilla la lumière théologique et philosophique sur laquelle le monde s'orienta; ici ont convergé les questions capitales pour la marche des sociétés vers l'ordre et la justice; ici s'est rencontré, au XIV® siècle, ce qu'il y a de plus grand, de plus spirituel, de plus saint! En vérité, c'est un monument unique, à la fois château-fort et monastère, prison et palais. Sa restauration intelligente réjouit, de nos jours, tous les bons esprits.

Mais ce Palais des Papes, entre tous sans égal, comme le dit si justement le génial poète de notre Provence ^ était-il entièrement achevé lors de l'élection d'Urbain V? Ce Pontife n'a-t-il rien fait, a son tour, dans cette résidence admirable ?

Grâce au dépouillement des Archives d'Avignon et des Cameralia du Vatican, nous savons que le premier architecte fut Guillaume de Cucuron. A ce Provençal fut confié l'agrandissement du primitif Palais de Jean XXII. Il construisit des terrasses, la salle du consistoire, le cloître...

Pierre Dupuy continue cet œuvre; mais sous Pierre Poisson, compatriote de Benoît XII, commence le vrai Palais apostolique. Tours, rez-dechaussée, étages, campaniles, nouvelle chapelle pontificale, fresques, véritable forteresse, ce qu'il y a de plus robuste, de plus important, voilà la part de Benoît XII.

Le pape Clément VI apporte le goût des somp-

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