‹ Le bienheureux Urbain V (1310-1370)Chapitre 9 sur 103 · URBAIN V ABBÉ DE SAINT-VICTOR · texte numérisé non relu

URBAIN V ABBÉ DE SAINT-VICTOR

tre le légat, et oublia ce ^u'il devait à la personne d'un ambassadeur dont il avait lui-même sollicité la venue.

Celui-ci se hâta de revenir à Avignon raconter au Pape la perfidie de son ennemi et les dangers auxquels se trouvait toujours exposée Bologne, qu'il voulait garder à tout prix.

Aussitôt, il fut décidé que Guillaume repartirait incontinent pour l'Italie, emportant les pouvoirs les plus étendus, afin de subvenir à tous les besoins de la guerre. Il devait aller jusqu'à Venise pour se procurer les ressources nécessaires et sauver l'œuvre d'Albornoz.

Un événement providentiel vint rendre inutiles les préparatifs d'ambassadeur et de troupes.

L'armée que Bernabo avait envoyée pour s'emparer de Bologne fut écrasée par les soldats du cardinal Albornoz. Le voyage de l'abbé de Saint-Germain fut contremandé, comme n'ayant plus de but.

Tandis que la nouvelle de cette victoire réjouissait la vieillesse d'Innocent VI et toute la Cour d'Avignon, l'abbaye de Saint- Victor de Marseille devenait vacante par la mort d'Etienne de Clapiers. Le Pape y nomma Guillaume de Grimoard, dont les récents services méritaient toute sa reconnaissance. C'était le 2 août i36i.

Comment décrire le bonheur qu'éprouva le Bienheureux en prenant le chemin de l'abbaye qui avait abrité sa jeunesse, qui était le nid, ainsi qu'il aimait à le dire, où il avait pris naissance à la vie religieuse, à ses règles vénérables, à sa discipline féconde?

Il savait qu'il aurait beaucoup a œuvrer auprès de ses frères et dans les murs de son abbaye !

« Les antiques constructions, autrefois si remarquables, dit un Chapitre général de cette époque, offraient un aspect affligeant. Consumées par les vents, les eaux de la mer et leur propre vétusté, elles étaient un danger pour ceux qui les habitaient, et menaçaient de tomber sur eux. Une partie déjà était par terre, et ces brèches rendaient la clôture impossible. Le clocher était dans un tel délabrement que la plupart des cloches gisaient muettes sur le sol ; le chœur était insuffisant et hors de service ; les dortoirs inhabitables l'été aussi bien que l'hiver ».

Bientôt, afin de mûrir, loin du tumulte, les projets qu'il méditait pour la rénovation de son monastère, il se retira dans son château d'Auriol. Il s'y trouvait le lo juin de la même année, et, quelques jours après, fut mandé à Avignon par le Souverain Pontife.

Le roi Louis venait de mourir à Naples. Innocent VI, comprenant les graves conséquences de cet événement dans un pays où la reine Jeanne, belle, enjouée, légère, pouvait manquer d'énergie en face des populations remuantes, envoya immédiatement son ancien nonce en Italie. Pour maintenir les droits de l'Église, maîtriser les factions toujours en train de se réveiller, conseiller la princesse dans son veuvage, pouvait-on trouver un diplomate plus habile et plus courageux?

Le second mari de la reine Jeanne était mort le 25 mai 1862, et, déjà le 2^ juin, l'abbé de Saint-Victor était de retour d'Avignon. Après avoir reçu les instructions du Pape, il avait traversé rapidement le diocèse de Marseille, où il ne s'arrêta que deux jours, «t s'était mis en marche. Une lettre du Livre Vert, de l'évêché de Marseille, nous informe qu'il fit

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une halte pressée à Arlacelle, couvent de Bénédictines et de Bénédictins, près de Brignoles ^. Continuant son voyage rapide, il passa à Florence, nous dit Villani, et arriva au lieu de sa destination.

Nous ne savons pas exactement l'endroit où se trouvait Guillaume de Grimoard quand il apprit son élection au Souverain Pontificat, mais une bulie nous assure qu'il vit et consola la reine Jeanne, lors de sa mission à Naples^.

La proximité du Mont-Cassin lui fournit l'occasion d'aller se retremper auprès du berceau de son Ordre. Il y rencontra des ruines morales et matérielles, et se promit bien de les réparer, si jamais il avait quelque pouvoir dans l'Eglise.

Quant aux moines de Saint- Victor, qui l'avaient vu partir précipitamment de l'abbaye où il croyait trouver un refuge définitif contre les naufrages de ce monde, auraient-ils jamais pensé à un retour si glorieux?

Guillaume de Grimoard était parti humble moine, et il revint en toute hâte sur ses pas pour s'asseoir sur le trône de saint Pierre! La Providence, qui l'avait choisi pour être le chef de son Eglise, l'envoyait dans une contrée lointaine, au moment précis où sa volonté allait s'accomplir, afin qu'il fût bien constaté qu'il n'était pour rien dans une élection si extraordinaire.

1. Dans le Chapitre tenu le lo mai, il avait été question de réformer le couvent des Bénédictines d'Artacelle. Le nombre des religieuses y fut fixé à quarante.

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