LES ŒUVRES D'URBAIN V DANS LA LOZÈRE
une messe du Saint-Esprit pour le Souverain Pontife, et chaque mercredi une autre messe pour Anglic, évêque d'Avignon, sans oublier le père d'Urbain V.
A Ispagnac, par exemple, la mémoire d'Urbain V est bénie et charme l'âme de joies exquises, comme ses belles gorges ouvertes à tous les sourires de la nature. Cette petite ville de 1.600 habitants est d'un aspect séduisant par ses prairies, ses pentes et coteaux couverts de vignes et de céréales, de chênes et de vergers. Au moyen âge, Ispagnac possédait une enceinte fortifiée et les moines de son prieuré dépendaient de Saint-Gérauld d'Aurillac. Beaucoup de ses prieurs sortent de la noble famille gévaudanaise de Peyre. Urbain V termina certaines querelles des évêques de Mende et des moines d'Aurillac, en ordonnant l'union d'Ispagnac à Saint-Yictor de Marseille. Une bulle du 2.3 avril i365 prescrit au prieuré d'Ispagnac la résidence de douze religieux. Des ressources copieuses, une juridiction s' étendant jusqu'au gué de Quézac et à l'église priorale de Vebron, le droit de confirmation dans le choix du doyen de Quézac, un séjour délicieux au bord du Tarn, de belles bibliothèques, une confortable installation, faisaient un petit paradis terrestre de ce monastère bénédictin.
« Au-dessus d'une porte, avec linteau en forme d'accolade, on voit aujourd'hui un écusson aux armes de la famille d'Urbain V », et sur les murs de l'ancien prieuré les traces significatives des guerres du XVI® siècle.
Florac est comme un jardin de fleurs et de fruits, dont les terres viennent se baigner aux limpides eaux du Tarnon et du Tarn. Le Pape connaissait, à
l'ouest de ce pays, la source du Pêcher, une des plus fortes de France, et dans un site pittoresque comme celui de Vaucluse. Il aimait surtout ses habitants, qu'il combla de faveurs et employa souvent à ses nombreux chantiers de construction . Dans les registres du Vatican, nous avons des donations à Saint-Martin de Florac. Notons aussi un compte se rapportant au consul, Etienne Capelarius, auquel le Bienheureux fait remettre deux cents florins, pour les fortifications de la ville.
C'est à Bédouès que nous arrivons en côtoyant les bords du Tarn fleuri. « A cet endroit, Urbain V élève et dote, en grande partie de ses biens patrimo- • niaux, une église et un collège de prêtres séculiers. Cette église est dédiée en l'honneur de la Sainte- Vierge , et les chapelains qui la desservent sont au nombre de huit. Pour mettre à l'abri les collégiés, les habitants du voisinage et tous les compatriotes, il bâtit une forteresse avec des tours très hautes, de manière que l'ensemble de cet édifice forme un vrai
castrum^ ». En eflPet, ce Bédoués papal ressemble
à l'architecture militaire de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, et, à ses proportions, on comprend que <c toute la patrie de ce lieu s'y soit réfugiée dans les jours d'hostilité », comme dit le texte du xiv^ siècle.
Les chanoines de Bédouès, pourvus de gros bénéfices, veillaient sur les restes mortels des parents d'Urbain V et de la famille des Grimoard ensevelis dans ce castrum. Leur tombeau n'était pas à l'église paroissiale, distante de quelques centaines de mètres, mais à la butte schisteuse et solitaire qui do-